La Côte d’azur plaît aussi aux sangliers …

Nouvel Obs Publié le 01-09-11

 VAR. Les sangliers, squatteurs du cap Nègre

Le Var. La côte et ses grandes propriétés, ses pelouses bien vertes et ses piscines fraîches. Les Bruni-Sarkozy et leurs voisins adorent. Les sangliers aussi… Par Claire Fleury
 « Au cap Nègre, ils sont venus chercher de la vermine. » Rien à voir avec une saillie anti-sarkozyste. Emile Samat est président, dans le Var, de l’Association des Lieutenants de Louveterie, corporation de chasseurs assermentés créée à l’origine par Charlemagne pour lutter contre les loups. Ses ennemis d’aujourd’hui sont moins effrayants mais plus envahissants. Il les méprise un peu. « Les sangliers sont comme les citoyens, ils deviennent des assistés. »

Au cap Nègre, les « assistés » ont trouvé leur eldorado : des pelouses bien arrosées qui regorgent de vers de terre. Au printemps, les premiers dégâts sont signalés, une compagnie est repérée (comme les CRS, les sangliers se déplacent en compagnie). La préfecture est saisie ; un lieutenant de louveterie est mandaté illico. Même pour la bête du Gévaudan on n’avait pas réagi aussi rapidement. « Peut-être que le préfet nous a donné très vite son accord parce qu’il y a la famille Sarkozy. Mais nous avons invoqué le fait que les habitations seraient pleines en été. C’est quand même dangereux ! », explique Patricia Lemoine, présidente de l’Association des Propriétaires du Cap Nègre, dont fait partie la famille Bruni Tedeschi.
« Pour le cap Nègre (…) on ne fait jamais traîner ! »
Après l’affaire du tout-à-l’égout du cap Nègre, qui valut au préfet de l’époque d’être limogé en juin 2009, cette histoire de sangliers en balade est-elle remontée jusqu’au sommet de l’Etat ? Michel Pignol, directeur départemental des territoires et de la mer (DDTM du Var), se défend de tout favoritisme. « C’est vrai, pour le cap Nègre, on n’a pas fait traîner ; mais on ne fait jamais traîner ! » Le temps pressait, les grandes vacances approchaient. En mai, les louvetiers ont débarqué. Mais difficile de tirer dans le tas : les villas sont proches et un accident est vite arrivé. « Ils n’ont tiré qu’une seule fois, précise Patricia Lemoine. Et ils les ont ratés ! » On imagine l’ambiance, le soir, à la préfecture… Après le fusil, on a essayé les cages-pièges. Six marcassins sont attrapés. Ils ont sans doute été abattus dès le lendemain.
Dans le Var, la guerre aux sangliers est déclarée. Pas de quartier. Mais discrétion de rigueur. « Dernièrement, la gendarmerie m’a appelé pour une laie qui allait mettre bas dans son chaudron [une cabane en broussaille que la femelle construit pour accueillir les petits, NDLR], à 3 mètres de la piscine de Parisiens, raconte Emile Samat. Il y avait cinq marcassins dedans. Mais je n’ai rien fait. Vous imaginez « Varmatin » le lendemain si je les avais tués ! »
« De plus en plus de bêtes et de moins en moins de chasseurs »
Les sangliers ont bonne presse et ils en profitent. « Ils descendent de plus en plus vers les propriétés », constate Michel Pignol, de la DDTM. Dans le Var, l’urbanisation est galopante, et dans les coins les plus chics, la végétation de moins en moins adaptée au climat. Même sous un soleil de plomb, on veut du gazon. Et des piscines. Les sangliers en raffolent, surtout quand il fait chaud. Et puis le sanglier n’est plus ce qu’il était. Dans les années 1990, des éleveurs les ont croisés avec des cochons, plus prolifiques. Les cochongliers ont été lâchés par les sociétés de chasse, qui ont toujours peur de manquer de gibier ; ils se sont multipliés au point de supplanter les vrais sangliers. Dans le Var, leur population approcherait les 28.000! De beaux rôtis en perspective. « Mais s’il y a de plus en plus de bêtes, il y a de moins en moins de chasseurs », explique Michel Pignol. L’équilibre n’est plus assuré. Alors, comme on manque de fusils, on avance chaque année l’ouverture de la chasse. Et comme ça ne suffit encore pas… « On organise des battues administratives, et nous, les chasseurs, payons pour les dégâts occasionnés par le gibier », dit Marc Meissel, président de la Fédération départementale des Chasseurs du Var. 700.000 euros l’an dernier.
Effet collatéral du « dossier cap Nègre » ?, la DDTM a rencontré les chasseurs, le 22 août, pour tenter d’endiguer la ruée. Un objectif atteignable : dans les Alpes-de-Haute-Provence, département voisin, les ruraux lassés des saccages causés par les sangliers se sont mobilisés voilà dix ans. Ils ont réclamé une revalorisation des indemnités. Le préfet s’est impliqué, les chasseurs ont plié et les sangliers se sont repliés. « Mais nous restons vigilants. Nous ne sommes pas à l’abri d’une nouvelle invasion. » De cochons varois, bien sûr.
Claire Fleury – Le Nouvel Observateur
Article publié dans l’hebdomadaire du 1er septembre 2011

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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