France – Le grand cimetière de la droite : Comment le président les a tués. Acte 3

Nouvel Obs  09-septembre 2011
Dans « le Nouvel Observateur », un grand dossier sur le président et ses flingueurs. Comment Nicolas Sarkozy élimine un à un ceux qui osent lui résister. Acte 3, par Carole Barjon
C’est par un coup de fil de Claude Guéant que Dominique Paillé, ex-conseiller à l’Elysée, a appris qu’il était démis de ses fonctions à la tête de l’Office français de l’Immigration et de l’Intégration, une semaine avant que la nouvelle ne soit rendue publique jeudi 1er septembre. « Je dois te dire que tu ne seras pas reconduit », lui annonce le ministre de l’Intérieur. « Mais je n’avais pas besoin d’être reconduit puis que je suis en principe nommé pour trois ans », fait mine de s’étonner Paillé, nommé en janvier dernier. Gêné, Guéant précise alors : « C’est une décision venue d’en haut. » Pas besoin d’un dessin, Paillé avait déjà compris.
« T’es avec moi ou contre moi ? » La vieille formule du Sarkozy des débuts vaut toujours aujourd’hui. Il tranche la tête de ceux qui lui résistent. Depuis quelques mois, Paillé, ancien député UDF des Deux-Sèvres qui fut porte-parole de l’UMP pendant trois ans, est dans le collimateur du président de la République. Certes, à plusieurs reprises, il avait pris ses distances avec la politique d’immigration menée par Guéant et avec les positions de l’UMP en dénonçant une « droitisation » ou un « durcissement ».
Le crime : rouler pour Borloo
Mais ce n’est pas là la pire de ses fautes aux yeux de Nicolas Sarkozy. La preuve ? Aucun rappel à l’ordre de l’Elysée ou de Guéant n’est jamais venu lui conseiller de la mettre en sourdine. Et Paillé, par égard pour Guéant avec lequel il a longtemps travaillé en bonne intelligence à l’Elysée, savait jusqu’où ne pas aller trop loin dans ses interviews. Non, le crime de Dominique Paillé est de rouler désormais pour Jean-Louis Borloo et d’avoir résisté à la tentative de Nicolas Sarkozy de le ramener au bercail lorsqu’il l’a reçu à l’Elysée au mois de juin.
Idem pour Rama Yade. L’ancienne secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme, puis aux Sports, a multiplié les incartades lorsqu’elle était en fonction. Réserves sur l’immigration, soutien aux squatteurs d’Aubervilliers, propos incendiaires à propos de la venue de Kadhafi à Paris… Sarkozy lui avait toujours tout pardonné.
L’heure de sa disgrâce a sonné avec son refus de mener la liste d’Ile-de-France aux élections européennes en 2009. Rama Yade évincée du gouvernement, Sarkozy veille pourtant à ne pas la maltraiter et lui confie en décembre 2010 le poste d’ambassadeur de France auprès de l’Unesco avant de songer à la démettre… six mois plus tard. Sachant que son sort était scellé, Rama Yade préfère devancer le couperet et annonce sa démission.
Sarkozy de plus en plus nerveux
Pour l’Elysée comme pour le ministère des Affaires étrangères, sa présence médiatique et ses déclarations publiques contreviennent au devoir de réserve. On relève en outre qu’elle est trop souvent absente. De fait, par son comportement, la jeune ambassadrice a parfois donné des arguments à l’Elysée. Mais Sarkozy se serait-il vraiment soucié de son assiduité à l’Unesco si entre-temps elle n’avait pas quitté l’UMP et rejoint le Parti radical de Jean-Louis Borloo ? Il y a fort à parier que non.
Coïncidence ? C’est à partir du moment où elle s’engage derrière ce dernier que l’exécutif commence à examiner la qualité de son travail à la loupe. Rama a conservé une popularité intacte. Pour Sarkozy, il est insupportable de l’entendre régulièrement défendre la candidature d’un homme qui, s’il se présentait, menacerait sérieusement sa propre réélection en 2012.
Le chef de l’Etat n’a pas changé d’analyse. Son objectif est d’être en tête au premier tour afin, espère-t-il, d’enclencher la dynamique qui le fera gagner au second. Tout autre candidature à droite que la sienne est donc mortelle. Et ces derniers temps, Sarkozy est de plus en plus nerveux sur le sujet. « Il est obsédé par Borloo », confie un ministre.
Après Rama Yade, Jean-Pierre Raffarin
C’est aussi à l’aune de cette obsession qu’il faut interpréter l’incident de la semaine dernière avec Jean-Pierre Raffarin. On connaît l’histoire : au cours du petit déjeuner de la majorité jeudi 1er septembre, Sarkozy juge « irresponsable » l’ancien Premier ministre, coupable de s’être élevé contre l’augmentation de la TVA sur les parcs de loisirs, l’une des mesures du plan Fillon.
Quelques jours auparavant, Raffarin, sénateur de la Vienne, département du Futuroscope, avait en effet dénoncé une « erreur sociale » qui pénalise « les gens qui ne partent pas en vacances ». L’ancien Premier ministre, comme tous ceux qui osent le critiquer, sera donc puni. Sarkozy s’assure que ses propos seront rapportés à l’AFP. C’est le clash. La décision annoncée par un Rafarin « profondément choqué et blessé » de ne plus participer au petit déjeuner de la majorité pollue d’entrée l’université d’été de l’UMP.
Raffarin est également sidéré par la méthode. Il n’était pas présent à cette réunion. Mais d’ordinaire, entre Sarkozy et lui, le téléphone fonctionne plutôt bien. Pourquoi pas cette fois-ci? Et pourquoi tant d’histoires à propos d’une mesure que d’autres élus ont également critiquée. Pourquoi ? D’abord parce que l’angle d’attaque de Raffarin a fait bondir Sarkozy. Voilà des mois que ce dernier s’efforce de gommer son image de « président des riches «  et voilà que Rafarin suggère qu’il s’attaquerait aux pauvres !
Mais il y a autre chose. Le président n’a pas oublié que le sénateur de la Vienne a reçu Jean-Louis Borloo sur ses terres au mois de juillet. Il lui pardonne encore moins d’avoir déclaré publiquement qu’une candidature Borloo « pourrait être utile » à la majorité. Le fait d’avoir pris soin d’ajouter dans la même phrase que s’il y avait un risque Le Pen, Borloo devrait comprendre qu’il ne peut pas courir ce risque » ne change rien à l’affaire pour Sarkozy. « Irresponsable », Raffarin ? Oui, d’avoir encouragé Borloo…
Carole Barjon – Le Nouvel Obs
Retrouvez l’intégralité du dossier « Sarkozy, le président flingueur » dans l’hebdomadaire du 8 septembre 2011

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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