Rwanda – Paul Kagame à Paris : La visite du président rwandais fait grincer des dents

 La première visite en France du dirigeant rwandais depuis le génocide de 1994 suscite des remous dans la classe politique et chez les militaires.
Le président rwandais Paul Kagame arrive dimanche 11 septembre  à Paris, où il doit rencontrer la diaspora rwandaise, avant de s’entretenir lundi avec son homologue Nicolas Sarkozy. Il s’agit de sa première visite officielle en France depuis le génocide de 1994.
Cette visite, qui apparaît comme le dernier acte d’une réconciliation amorcée en 2009 entre les deux Etats, a suscité des remous dans la classe politique et chez les militaires français, toujours accusés par Kigali d’être impliqués dans les massacres de Tutsi il y a 17 ans.
Paris comme Kigali ont affiché leur désir de rebâtir une relation abîmée, mettant en avant la relance de partenariats économiques. « On sait bien que cette visite ne fait pas plaisir à un certain nombre de personnes, mais le président a décidé de tourner la page des relations douloureuses de la France avec le Rwanda », souligne-t-on dans l’entourage de Nicolas Sarkozy.
Kigali a souligné de son côté qu’il s’agissait « d’un pas (de plus) dans la normalisation » des relations bilatérales.
Un président fragilisé
Pour l’universitaire André Guichaoua, « cette visite intervient à un moment où les deux parties sont en position de faiblesse ». Paris « cherche à rompre son isolement dans la région des Grands Lacs », où le petit Rwanda reste un acteur clé, et Kigali se cherche de nouveaux soutiens internationaux alors que ses traditionnels alliés américains se font plus distants.
Critiqué par des ONG pour des « violations répétées » des droits de l’Homme, Paul Kagame est en outre « fragilisé par la contestation interne ». « A chaque fois que le Rwanda est en difficulté, que s’éloignent ses puissants soutiens anglo-saxons, il redécouvre la France », souligne le chercheur.
Dès son arrivée, en début d’après-midi, Paul Kagame ira à la rencontre de membres de la diaspora rwandaise à Aubervilliers, en proche banlieue parisienne. Des bus entiers de partisans du président sont attendus, convoyés depuis la Belgique, ancienne puissance coloniale où la communauté rwandaise est importante.
Alain Juppé absent
 L’entretien entre Paul Kagame et Nicolas Sarkozy sera consacré « au développement du partenariat entre nos deux pays et à l’approfondissement de notre coopération », a indiqué l’Elysée. Les grands dossiers régionaux et internationaux seront »également évoqués ».
Cette visite répond avant tout à celle du président français en février 2010 à Kigali.
Nicolas Sarkozy avait alors reconnu « une forme d’aveuglement » de la France pour n’avoir pas « vu la dimension génocidaire » du régime rwandais hutu que Paris soutenait à l’époque. Et dont les éléments extrémistes allaient orchestrer le massacre de plus de 800.000 personnes, dans leur immense majorité des Tutsi, entre avril et juin 1994.
Cette visite mettait un terme à trois ans de rupture des relations diplomatiques, consécutive au lancement de mandats d’arrêt français contre des proches de Paul Kagame. Censée parachever cette réconciliation, la venue de Paul Kagame fait cependant grincer des dents en France.
Un rapport d’enquête rwandais de 1998 affirme que la France a participé à la formation des génocidaires et accuse ses soldats d’avoir directement pris part aux massacres. « Une insulte » pour les militaires français, qui ont vivement dénoncé la venue en France de Paul Kagame.
Marque d’un malaise persistant dans le corps diplomatique, le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé, poste qu’il occupait en 1994, sera absent pendant toute la visite officielle.
Un vif contentieux oppose les deux hommes. Après sa prise de fonctions en mars au Quai d’Orsay, Alain Juppé avait dit n’avoir aucune intention « ni de serrer la main » de Paul Kagame ni de se rendre au Rwanda, tant qu’y circulerait un rapport accusant la France de complicité avec les génocidaires, rapport que le ministre avait qualifié de « tissu de mensonges et d’inventions ».
L’opposition rwandaise a aussi prévu de se faire entendre, en organisant des rassemblements à Paris, notamment mardi matin au moment d’une rencontre entre le dirigeant rwandais et le patronat français.
Le Nouvel Observateur avec AFP 11 septembre 2011

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