Quand Sarkozy joue au train, c’est la SNCF qui rince et son budget qui trinque !

Le Canard Enchaîné du 14 septembre 2011- Brigitte Rossigneux

« Le train, c’est la France ! » s’est enflammé Sarkozy, lors de l’inauguration de la ligne à grande vitesse Dijon-Belfort, le 8 septembre. Il aurait aussi pu ajouter : « Oui, mais pour son président, c’est l’avion et la bagnole. » Car, avant cette déclaration d’amour au chemin de fer, le chef de l’Etat avait emprunté son Falcon 7X pour se rendre à Dijon (263 km à vol d’oiseau). Une fois sur le tarmac de la base 102 de Longvic, il s’est engouffré dans sa voiture blindée, arrivée par la route, et indispensable pour parcourir les 18 km qui le séparaient de la gare de Genlis.

Sur le parcours, tous les services de l’Etat étaient mobilisés depuis plusieurs jours. Les banderoles de protestation contre les fermetures de classes, à Magny-Tille, avaient été décrochées des Abribus pour ne pas blesser l’âme sensible du Président, et des barrières métalliques installées un peu partout. Le souterrain de la gare, qui d’ordinaire empeste l’urine, avait été désinfecté et fleurait bon la parfumerie chic.

Train d’enfer.

Dans la rame présidentielle de sept voitures, se pressaient Kosciusko-Morizet, Mariani, Sauvadet, Joyandet (naguère expert en trafic aérien), et une brochette de caciques locaux, avec Guillaume Pepy, patron de la SNCF, en monsieur Loyal. Sarkozy a fait un premier arrêt de vingt-cinq minutes à la nouvelle gare TGV d’Auxon, près de Besançon. Un rapide discours, un petit coup de ciseaux dans un ruban, et hop ! en voiture, tout le monde, pour le clou de la journée : les 30 ans du TGV et l’inauguration, à Belfort, de ce début de nouvelle ligne à grande vitesse, un tronçon de 140 km. Le premier train ne quittera cette gare que le 11 décembre, mais le Président souhaitait faire cette petite sortie maintenant.

 Sur chacun des 160 ponts que compte le parcours, deux pandores avaient pris place, chargés de veiller à la sécurité du train présidentiel. Compte tenu des centaines de policiers que mobilise déjà le moindre battement de cils du chef de l’Etat, des brigades motorisées ont été appelées en renfort, et des réservistes de la gendarmerie réquisitionnés à prix d’or.

A Belfort, la SNCF a vu les choses en grand. Sous la houlette de l’agence DDB Live, spécialisée dans l’«événementiel » et vainqueur de l’appel d’offres, une centaine d’ouvriers se sont activés jour et nuit durant une semaine. Un boogie de sept tonnes a été acheminé depuis Le Creusot par convoi spécial et une grue louée pour le déposer, depuis la route, sur le quai. Il s’agit de montrer au Président le savoir-faire d’Alstom. Tous les ouvriers sont rassemblés, en bleu de travail. Une occasion à ne pas rater. Sarkozy s’agace : « Où est mon photographe ? »

Un autre TGV a été amené là en surplomb, juste pour la déco. Pour que chacun puisse apercevoir cette merveille technologique, ordre a été donné aux petites mains d’abattre un mur de cinq mètres de hauteur. Sur l’estrade, dans le hall de la gare transformée en salon VIP, 11 enceintes ont été installées pour amplifier la forte parole présidentielle, 17 spots pour illuminer sa pensée, 15 écrans plats pour magnifier son image. Les 2 300 invités de cette petite sauterie se disputent les 1 750 sièges.

Classe cocktail

Côté réception, deux tentes dites « de cocktail » sont semées d’arbres en pot et équipées de 14 écrans plats Panasonic ou Samsung permettant aux morfales de suivre le discours. Pour régaler, c’est Kieffer, un des tout meilleurs traiteurs de Strasbourg qui a été choisi. On s’arrache ses petits cakes au saumon sauce morille, ses poissons, ses viandes tendres, ses petits-fours. Champagne, bons pinards à volonté… Prix par tête de pipe : entre 80 et 100 euros. Les journalistes ont leur salle de presse. Ecrans plats encore, clim en prime. Pour les claustrophobes, une terrasse a été aménagée au-dehors. Bordée de buissons de bambous, elle propose 26 tables de rotin tressé, à la lumière des lampadaires allumés en plein jour.

Interrogée par « Le Canard » sur le montant des festivités, estimé à quelques centaines de milliers d’euros, la SNCF a répondu qu’elle ne s’exprimait jamais sur les coûts. Explication pédagogique : « Les prix, c’est toujours hors de proportion par rapport à l’entendement des gens. » C’est à ce point là ?

Quant au Président, sitôt son discours terminé, il a filé. Voiture pour les 41 km qui séparent Belfort de Luxeuil, et re-Falcon7X (7 800 euros l’heure de vol) jusqu’à Paris. Arrivée alors que s’achevait le débat à l’Assemblée nationale sur le plan d’austérité…

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