Affaire Karachi (suite) – Entre la princesse et le roturier, le conte de fées vire au cauchemar

ASSISE BIEN droite, au milieu du tourbillon de ses avocats, elle paraît perdue dans un monde qui n’est pas le sien. Il y a encore quelques jours, sa silhouette blonde et son nom de princesse ne figuraient que dans les chroniques mondaines du gotha.
C’est pourtant sa signature aristocratique, cet Hélène de Yougoslavie, que les policiers lui ont présenté, le 8 septembre, au bas de plusieurs documents signalant l’existence de comptes en Suisse. Au cours de neuf heures d’audition, il a bien fallu raconter son mariage et ce train de vie dont elle avait voulu ignorer l’origine. Confirmer le nom des amis que, pendant vingt ans, elle avait vu chez elle. Et découvrir que tout menait à cette affaire Karachi qui paraît la dépasser.
Ses explications ont entraîné la mise en examen de son mari, Thierry Gaubert, dont elle s’est séparée il y a cinq ans, et de l’un de leurs plus proches amis, Nicolas Bazire, parrain de son fils, ancien directeur de campagne d’Edouard Balladur et intime de Nicolas Sarkozy.  » Je ne l’ai pas voulu « , dit-elle, réfutant cette image  » de blonde qui se venge en balançant son ex-mari « .
D’une voix douce, elle raconte pourtant cette union gâchée qui l’a plongée au coeur du scandale. A l’époque de son mariage, Hélène de Yougoslavie n’a que 24 ans. Elle n’a aucun diplôme, pas même son bac, et n’a jamais travaillé, elle rêve d’échapper à sa famille et à sa nostalgie des royaumes perdus.
 Thierry Gaubert, de quinze ans son aîné, est l’ami de l’un de ses trois frères. C’est un mondain plein de charme et d’entregent et son premier mariage avec Diane Barrière, l’héritière du groupe de casinos et d’hôtels, lui a donné le goût du luxe.
Les parents de la jeune femme ne voient pourtant en lui qu’une menace de mésalliance. Catholiques, ils comptent parmi leurs ascendants les familles royales d’Italie, de Yougoslavie et de Belgique. Thierry Gaubert, lui, est roturier, d’origine juive et divorcé… et Hélène est enceinte. Qu’importe que le mariage civil soit alors célébré à Neuilly par le maire Nicolas Sarkozy. Hormis la mère d’Hélène, les membres de la famille ont décliné l’invitation.
A Bagatelle, où le couple s’est installé, un autre monde a ses entrées. Celui de la politique. Thierry Gaubert est un ami de Nicolas Sarkozy et, presque tous les soirs, le fief RPR du département dîne ensemble.  » Il y avait là, énumère-t-elle, les Balkany, les Devedjian, Brice Hortefeux et son épouse, Nicolas et Cécilia. « 
Dépendance financière
Avant même que l’avènement d’Edouard Balladur à Matignon, en 1993, ait fait de M. Sarkozy le ministre du budget et de M. Gaubert son conseiller à Bercy, sont venus s’adjoindre au groupe Nicolas Bazire, puis l’homme d’affaires Ziad Takieddine et son épouse anglaise Nicola Johnson. L’été, ces derniers reçoivent dans leur maison d’Antibes où ils possèdent un yacht. Les hommes ne parlent que de politique.
A plusieurs reprises, Hélène de Yougoslavie a accompagné son mari en Suisse, où vit une partie de sa famille. Mais elle ne s’intéresse pas, dit-elle, à l’origine de son train de vie confortable :  » Dans ma famille et avec mon éducation, on ne parle pas d’argent. Et, de toute façon, les conversations entre nous étaient rares.  » Elle n’en parlera pas plus, affirme-t-elle, avec son amie Nicola, dont le divorce d’avec Takieddine a pris les allures d’une bataille financière, et qui a pris soin de conserver les documents comptables de son mari et les photos de ses invités, qu’elle fournira bientôt à la justice.
En 2006, Hélène de Yougoslavie s’est séparée elle aussi de Thierry Gaubert. Elle continue de l’accompagner parfois dans les soirées mondaines qu’il affectionne et où le nom de sa femme est un sésame. Il a accepté de lui louer un appartement. Mais elle doit sans cesse quémander de l’argent à cet homme qui la  » traite en idiote « . Ces dernières semaines, c’est cette dépendance qui, croyait-il, serait la garantie de son silence.
Raphaëlle Bacqué
© Le Monde édition abonnés
 

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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