Le roi est nu, – L’homme seul par Françoise Fressoz

Chronique « Politique » 30.09.11
Si Nicolas Sarkozy parvient à se faire réélire en 2012, il ne le devra qu’à lui-même. Trois défaites électorales en cinq ans ont creusé la distance entre lui et la droite qu’il avait su souder et galvaniser en 2007. Municipales de 2008, régionales de 2010, sénatoriales de 2011, l’addition est salée et la défiance palpable.
Le craquement se lit à la base, dans la multiplication de candidats dissidents aux sénatoriales, que les admonestations présidentielles combinées à celles de François Fillon et de Jean-François Copé ont été impuissantes à contrer. « A moins de les faire tous entrer au gouvernement, il était impossible de les faire renoncer », a admis le premier ministre, signifiant par là la totale impuissance de l’exécutif à faire régner l’ordre dans le parti majoritaire. Le craquement se lit aussi au sommet de l’UMP, où tout le monde, sauf le président, est entré en campagne, mais dans le plus grand désordre, sans que l’on sache si cette débauche d’énergie sert à meubler 2012 ou à prendre date pour 2017.
François Fillon vante chaque jour la rigueur dont Nicolas Sarkozy récuse pourtant le terme. Alain Juppé défend les quatre E (éducation, emploi, environnement, Europe). La droite populaire court après le Front national, la droite sociale tente de rattraper le centre. L’UMP écartelée ressemble à un canard sans tête. Et pendant ce temps, de jeunes loups aux dents longues cultivent leurs réseaux. Bruno Le Maire, François Baroin, Valérie Pécresse, Nathalie Kosciusko-Morizet, Laurent Wauquiez, Xavier Bertrand, une pléthore d’ambitions pour plus tard.
Le roi est nu, mais il n’est pas encore mort. Car, dans cet étrange ballet de prétendants, il ne s’en trouve aucun pour lui disputer la place. Alain Juppé qui avait bougé un cil après la défaite aux régionales se tient coi. Il est au gouvernement, associé au bilan comme tous les autres, qui doutent mais restent enchaînés à celui qui les a fait gagner en 2007. « Il n’y a pas d’espace pour la nuit des longs couteaux », dit un ministre. Nicolas Sarkozy n’a plus la confiance de son camp, mais il n’a pas à lutter contre lui. Son sort dépend de deux choses : de la crise qu’il n’est pas parvenu à dompter, mais qui s’annonce si grave qu’elle relègue au rang d’accessoires les autres procès ; de l’évolution du Parti socialiste, dynamisé par la primaire, mais qui a encore à prouver sa crédibilité tant paraît osée l’idée d’un grand choc fiscal, quand les prélèvements obligatoires absorbent déjà plus de 43 % de la richesse nationale.
fressoz@lemonde.fr 
 Le Monde

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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