neuf-quinze – Pascal Bruckner, petit nouveau, sur le marché …

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 9h15Bruckner, les Verts et Pétain 04/10/20110

Après Allègre, voici un petit nouveau, sur le marché apparemment bankable des anti-écolos : Pascal Bruckner, philosophe.
En vertu d’impératifs mystérieux, et sans doute parce que l’actualité est creuse ces jours-ci, France Inter lui offre la tribune royale de l’interview de 8 heures 20. Pourquoi ? Quelle est exactement l’urgence à offrir une tribune à Bruckner ? Une clairvoyance exceptionnelle, justifiant que sa promo prenne le pas sur l’actualité en général ? Un accord ultra-secret avec les éditions Grasset ?
Au moins, celui-ci ne conteste pas le réchauffement. C’est déjà ça. Pour le reste, c’est un festival. Bruckner s’est plongé dans « létextes » (lesquels ?) Et il a découvert que l’écologie emprunte au christianisme, au pétainisme, et à la radinerie. Christianisme : le « moins c’est plus », des décroissants, est évidemment la traduction moderne du « les derniers seront les premiers » de l’Evangile.  Pétainisme: sait-on assez que le Maréchal fut un ardent propagandiste du vélo ? (Tout juste s’il ne le pratiquait pas lui-même). Quant à la « terre mère » des écolos, c’est la descendante de la terre pétainiste qui, chacun s’en souvient, « ne mentait pas ». Radinerie : Bruckner s’offusque qu’on apprenne à sa fille, à l’école, à fermer le robinet quand elle se brosse les dents.
 Tout est à l’avenant. La désignation d’Eva Joly comme candidate ? « On va mettre les menottes à la planète. » Autre argument, plus intéressant: la convergence des injonctions « des marchés » et « des décroissants » à se serrer la ceinture. Les écolos, en quelque sorte, seraient les idiots utiles des marchés (mais Bruckner n’invente rien. Ce reproche fut un des grands arguments classiques anti-écolos de certains marxistes, lors de l’apparition de l’écologie politique).
Bref, l’exercice est dispensable, mais distrayant (même si pas aussi drôle, apparemment, que le livre de Iegor Gran, que l’on peut écouter ici (1)). Il ne faudrait pas rendre à Bruckner le service qu’il attend, et accueillerait d’un grand « je vous l’avais bien dit »: l’excommunication immédiate. Quant à lui reprocher de se mêler de ce qui ne le regarde pas, ce serait aussi idiot que de reprocher à Todd, historien et démographe, ou à Jorion, ethnologue, de parler d’économie. Vivent ceux qui parlent de ce qui ne les regarde pas ! Tout au plus, s’il faut vraiment se donner la peine de la réfutation, pourra-t-on remarquer que la connotation religieuse de cet l’appel à l’expiation des jouissances passées, ne se trouve pas seulement chez les écolos. Elle affleure partout, dans nombre de discours politiques, et dans toutes les images apparemment contemporaines, comme le remarque souvent, ici, Alain Korkos (2). On la sent frémissante, contenue, (pour ne prendre qu’un exemple) dans l’incantation millénariste des grands prophètes de la dette, nous appelant matin et soir à expier notre prodigalité passée. Les écolos sont en bonne compagnie
1) http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=3979
(2) http://www.arretsurimages.net/chroniqueur.php?id=8
Daniel Schneidermann
 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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