Pollution – cadmium, polluant nocif pour l’organisme dans le Lot et la Garonne

Sud-Ouest 06 octobre 2011

Lot, Garonne, Gironde : les eaux toujours polluées par le cadmium

Les PCB ne sont pas les seuls polluants présents dans les rivières de la région. Depuis plusieurs décennies, le cadmium empoisonne la vie des riverains du Lot et de la Garonne
Les eaux de la Garonne sont régulièrement contrôlées. ILLUSTRATION PHOTO JC SOUNALET
Longtemps on a haussé les épaules, pris les scientifiques pour des fous, fait « comme on faisait toujours ». Puis on a regardé ailleurs, un temps, avant de se rendre enfin à l’évidence. Dès la fin des années 70, les signaux d’alerte étaient au rouge sur les rives du Lot et de la Garonne. Des analyses menées sur des huîtres et des moules, essentiellement dans la Gironde, montrait des taux conséquents de cadmium, polluant nocif pour l’organisme, dont l’origine était encore inconnue. L’étude menée par une équipe scientifique de l’université de Bordeaux I a permis de remonter le fil de cette pollution industrielle jusqu’à sa source, à 400 kilomètres de l’estuaire, sur les rives du Riou-Mort, au cœur de l’Aveyron.
Dans la classification périodique des éléments, la fameuse table de Mendeleïev de notre enfance, le cadmium apparaît à la colonne 12, celle des métaux de transition. Pour les industriels, il apparaît dans les listes des matériaux utiles à l’élaboration de batteries rechargeables, des écrans de télévision ou de composés métalliques divers. Il apparaît également dans la liste des matériaux de rejet des sites sidérurgiques travaillant le zinc, dont il est l’un des sous-produits. Cet élément à la toxicité connue et redoutée, élément trace métallique, a été déversé durant des années, en quantité importante, dans les eaux de ce petit affluent du Lot. Les courants ont fait le reste, charriant chaque année leur quota de « métaux lourds »
Un polluant « cumulatif »
Le cadmium une impureté du zinc, présente en grande quantité dans les terrils, ces déchets liés au travail du métal au XIXe et au début du XXe siècle dans le bassin de Viviez, dans la région de Decazeville, dans l’Aveyron. Il fait partie des polluants classiques de ces sites industriels, tant dans les sols que dans les eaux de surfaces. Une pollution industrielle entraînant des risques sanitaires suffisamment importants pour qu’en 2006, à la faveur d’un dossier de demande d’autorisation relatif à la réhabilitation du site d’Umicore de Viviez, les services de l’Etat diligentent une étude sur les sols pollués au plomb, au cadmium et à l’arsenic en Aveyron, investigations menées par l’Institut national de veille sanitaire (INVS).
Le rapport rendu en 2008, depuis remis à jour, conclut pour ce qui est du cadmium, polluant qui s’accumule dans l’organisme en cas d’exposition chronique, à une sur-imprégnation des populations locales. L’étude épidémiologique concluait sur une augmentation du risque de développer une pathologie, essentiellement des atteintes rénales, si aucune mesure n’était prise. Un effort très important a depuis été fourni pour la dépollution des sols par la société Umicore, qui a investi pour la dépollution des sols.
Cette localisation n’a étonné personne sur place, même si les études menées alors ne mentionnaient pas forcément le cadmium. De nombreux incidents avaient déjà été enregistrés localement, avec pour conséquence notable, immédiate et visible, une importante surmortalité du poisson dans le Lot. Le dernier épisode en 1986, si l’on en croit un rapport diligenté en 2006 par la Ddass de l’Aveyron, lié à un rejet accidentel de 13 000 m3 de boues toxiques dans le Riou-Mort et le Lot, a occasionné une mortalité piscicole importante ressentie jusqu’à 100 km en aval.
Les quantités de cadmium charriées par la Garonne sont heureusement bien moindres aujourd’hui. Cela n’empêche pas les spécialistes de surveiller ce métal nocif pour la santé. Ce polluant, aujourd’hui, est en effet stocké de manière « cumulative » dans l’organisme dès lors que l’on y est exposé de manière chronique. Son accumulation dans le bouchon vaseux du fleuve a entraîné le classement, en juillet 1995, des eaux de la Gironde en zone D, entraînant l’interdiction de toute production ou ramassage de coquillages pour cause de dépassement de la norme de consommation fixée par l’Organisation Mondiale de la Santé. Une décision qui avait alors sonné le glas de l’ostréiculture traditionnelle sur les rives de la Gironde.
Il inquiète encore au-delà. Les courants à la sortie de l’estuaire mènent le cadmium jusque dans les eaux de Marennes-Oléron, autre région ostréicole par excellence. La section régionale conchylicole a ainsi demandé aux scientifiques de l’Ifremer d’effectuer des mesures pour suivre l’évolution du taux moyen de cadmium dans les huîtres produites dans ce bassin ostréicole. Le taux est, heureusement pour les professionnels locaux, en décroissance constante. A quelques exceptions près, comme sur le site de Bonne Anse, en Charente-Maritime, il est resté,  en dessous des seuils préconisés par l’OMS et l’Europe, alors même que ces derniers ont été divisés par deux, en 2001. Les regards restent cependant fixés sur les vases de Garonne, boîte de Pandore chimique , anxieux d’évènements comme des travaux de curage, qui pourraient libérer de fortes quantités de cadmium captif.
DOCUMENTS :
La directive cadre européenne (DCE) sur la qualité de l’eau, votée en 2000. 
L’inscription de la DCE en droit français en 2004
Modification de la DCE en 2008.
Liste des substances toxiques prioritaires établies par la Communauté européenne.
Le document d’objectifs du Schéma directeur d’aménagement et de gestion de l’eau de la Gironde.
Étude épidémiologique Cassiopée : cadmium et arsenic dans les sols impact observé sur une population exposée, dans la région de Decazeville (Aveyron) 2008
Qualité du milieu marin littoral : bulletin de la surveillance (juin 2011) – pages 75 à 90 (observation de la contamination chimique)
L’Aveyron veut tourner la page du cadmium
Si elle reste attachée à sa tradition industrielle, la petite commune de Decazeville sait qu’elle ne peut plus vivre sur le passé. L’exploitation du charbon a disparu, la sidérurgie est en berne, le bassin de vie travaille à « sauver l’existant » et à réhabiliter son environnement.
Ce travail sur l’avenir se passe très bien d’un constant rappel des origines géographiques de la pollution au cadmium du Lot et de la Garonne. « Il y en a de moins en moins, commente sobrement Joël Maurel , premier adjoint au maire de Decazeville. Une étude épidémiologique a été menée, il y a quelques années, dont les résultats pouvaient sembler alarmistes. Mais les quantités de cadmium ont bien baissé dans l’environnement. De par le lessivage des sols, d’une part, mais aussi suite aux premiers travaux de dépollution débutés il y a déjà un an par l’entreprise Umicore. »
 Le groupe métallurgique, qui a absorbé les actifs de feu la « Société Anonyme des Mines et Fonderies de Zinc de la Vieille-Montagne », opérateur historique des installations de Viviez, à côté de Decazeville, a lourdement investi dans ce sens. « C’est un plan de 40 millions d’euros, souligne Joël Maurel. C’est assez rare pour être salué. Le problème est pris ici à bras le corps. » La commune, ses terrains dépollués, doit bientôt détruire les installations industrielles en friche, qui doivent, dans la vision municipale de l’avenir proche, laisser place à une zone d’activité, une place publique et une zone commerciale. « Nous sommes en train de tourner la page. Mais cela reste difficile. Il reste la question des coûts… » 
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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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