Règne végétal : La mineuse du marronnier – l’agression du tigre du platane

Sud Ouest Mardi 11 octobre 2011 par jean denis Renard

Le marronnier en alerte rouge

Il n’y a pas de solution à ce jour. Partout dans la région, les représentants de l’essence sont malades, victimes d’un minuscule insecte nommé « mineuse du marronnier ».
 La mineuse, une bestiole venue de l’est, fait dépérir les marronniers. Il n’y a pas de solution à ce jour. Selon Christel Rapaport, « toute la France est contaminée par le parasite, y compris les zones littorales »
Leur couleur était suspecte. Curieux, tout de même, le brunissement accéléré des feuilles de marronnier cet été. Étonnant, ce feuillage clairsemé avant l’heure, et ces marrons tombés à terre dès la deuxième quinzaine d’août. Un effet retard de la sécheresse de printemps ? Malheureusement non. Partout dans la région, les représentants de l’essence sont malades, victimes d’un minuscule insecte nommé « mineuse du marronnier ».Apparu en 2000 en Alsace

Platanes : l’attaque du tigre
Autre essence très prisée sur les places des villes et des villages, les platanes font face aux agressions du tigre du platane, une punaise apparue en France en 1975. Il pique, suce les feuilles et pousse le bouchon jusqu’à provoquer des démangeaisons chez l’homme. Mais il n’est pas mortel pour l’arbre, au contraire du chancre coloré qui sévit le long du canal du Midi. Pour le platane comme pour le marronnier, la concentration des plantations en ville pose problème en ce qu’elle favorise la prolifération des ravageurs. 20 % des 5 000 platanes bordelais poussent par exemple sur un seul site, la place des Quinconces.
« Ce lépidoptère vient des Balkans. Il s’attaque spécifiquement aux marronniers blancs, l’essence majoritaire en France, et à divers types d’érables, comme le sycomore et l’érable plane. Il est apparu sur le territoire en 2000, en Alsace. Depuis, il n’a cessé de progresser, ce qui laisse penser qu’il n’y a pas une seule porte d’entrée. Toute la France est maintenant contaminée, y compris les zones littorales. Je l’ai constaté récemment du côté d’Arcachon », souligne Christel Rapaport, qui travaille à la surveillance biologique du territoire à la Fredon Aquitaine (Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles). Selon celle-ci, seules quelques pentes pyrénéennes et auvergnates restent épargnées. Pentes sur lesquelles le marronnier est très peu présent.
Si le Sud-Ouest est l’une des dernières régions de France touchées par le phénomène, le ravageur y a été repéré il y a plusieurs années déjà. La Ville de Pau confirme l’infestation de ses arbres et déplore la défoliation précoce qu’elle provoque. Christophe Dangles, le gestionnaire des arbres de la Ville de Bordeaux, indique que la mineuse y a été diagnostiquée dès 2004. Même si ses dégâts restaient moins spectaculaires que cette année au long des rues et dans les parcs publics. C’est la nymphe du petit papillon qui met les arbres à mal. À son éclosion, au début du printemps, elle pénètre dans l’épaisseur de la feuille du marronnier et y creuse des galeries. Ce faisant, elle fait mourir les parties atteintes, ce qui limite la photosynthèse.
« Vous pouvez avoir 4 % de la surface foliaire dégradée en juin, mais jusqu’à 96 % à la fin de l’été. L’enjeu pour l’arbre est de conserver ses feuilles vertes jusqu’à la fin juin, c’est indispensable à sa santé », poursuit Christel Rapaport.
« Pas une espèce d’avenir »
Ce grignotage à la mode puceron ne tue pas l’arbre, il l’affaiblit. Il le rend plus sensible aux aléas climatiques et aux maladies qui sont susceptibles de le décimer. Comme le chancre bactérien, un agent mortel qui sévit en Europe de l’Ouest. « On manque de recul pour évaluer la mortalité. Mais d’ores et déjà, le cumul des problèmes nous fait dire que le marronnier n’est plus une espèce d’avenir. Ses qualités esthétiques sont durablement affectées, il ne joue plus convenablement son rôle d’ornement. On reçoit beaucoup d’appels sur ce thème », précise Christophe Dangles.
Ce verdict chagrinera tous les partisans de ces arbres d’ornement emblématiques des parcs et jardins. Mais la mineuse est une déferlante que personne à ce jour n’est capable d’endiguer. L’insecte est arrivé en Europe de l’Ouest délesté de son prédateur naturel, un hyménoptère parasitoïde, une petite guêpe des Balkans. Chaque femelle mineuse pond 1 000 à 2 000 œufs, et trois générations, voire plus, peuvent se succéder dans l’année. Les nymphes, qui se conservent l’hiver dans les feuilles mortes tombées à terre, ne sont pas sensibles au gel.
Voilà bien des atouts pour bâtir une nouvelle « success story » au chapitre des espèces invasives, ces animaux et ces végétaux que les hasards de la mondialisation ont acclimatés dans nos écosystèmes. Plus petite que le ragondin, moins piquante que le frelon asiatique, moins urticante que la chenille processionnaire du pin, à peine moins vorace que l’écrevisse de Louisiane, la mineuse du marronnier fait elle aussi son trou par ici…
Des mesures de prévention
Les spécialistes ne baissent pas les bras pour autant. Dans une commune comme Bordeaux, où le « zéro pesticide » a été adopté, il n’est pas envisageable de traiter les arbres. « Avec plus de 1 000 marronniers dans la ville, la lutte globale est impossible de toute façon. Elle ne vaudrait le coup que pour défendre un arbre particulièrement remarquable », note Christophe Dangles.
D’autres solutions ont été imaginées. Le piégeage des mâles grâce à des hormones a des effets avérés : jusqu’à 35 % d’attaques en moins. L’arme biologique la plus efficace consisterait à importer le prédateur de la mineuse pour l’introduire lui aussi dans le milieu naturel. Des études sont en cours pour vérifier l’innocuité du procédé.
En attendant, la prévention repose sur la collecte des feuilles mortes. Pour éviter l’infestation au printemps, il faut les mettre à distance des arbres déjà atteints par le passé. « On fait des petits tas de compost que l’on recouvre de terre ou de déchets végétaux, comme de l’herbe de tonte par exemple. L’élévation de température qui s’ensuit à l’intérieur du tas détruit les larves. Ces mesures de bon sens peuvent être appliquées par tous les particuliers. Si la lutte devient collective, on limitera les dégâts », explique Christel Rapaport.
L’inaction ne peut qu’activer le fléau. Avec le vent, les feuilles mortes emportent les larves et infestent de nouveaux spécimens. Il est l’heure de les ramasser à la pelle.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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