France – Ministère de l’Intérieur obnubilé par sa traque aux immigrés : Les diplômés étrangers indésirables

Nouvel Obs  13-10-11

Diplômés étrangers : embauche interdite !

 Il y a cinq ans, on cherchait à attirer des cerveaux en France, au nom de l' »immigration choisie ». Aujourd’hui, ces professionnels formés chez nous mais venus d’ailleurs sont indésirables. Par Patrick Fauconnier.
Nos deux plus récentes gloires universitaires, le médaillé Fields Ngô Bao Châu et le Nobel Jules Hoffmann, ont débuté en France comme étudiants étrangers.
La France va-t-elle, en restreignant l’accès de ses universités aux étudiants étrangers, rater une occasion historique d’accroître son influence dans le monde ?
D’après l’OCDE, 4 millions de jeunes dans le monde étudiaient hors de leur pays en 2009, soit 77% de plus qu’en 2000. Ce nombre devrait être multiplié par cinq d’ici à 2025. Mais ces étudiants se précipitent moins qu’avant dans les facs américaines, où leur nombre a baissé de 23 à 18% depuis 2000.
278 000 étrangers étudient en France
La France a beaucoup accru sa part. L’agence Campus France, créée par Claude Allègre à la fin des années 1990 pour « vendre » nos facs et nos écoles à l’étranger, a fait un carton : 278.000 étrangers étudient en France, 100.000 de plus qu’il y a dix ans, ce qui nous place juste derrière les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, à égalité avec l’Allemagne et l’Australie. Campus France est une réussite : implanté dans 97 pays, contre 28 en 2001, son site internet accueille 10 millions de visiteurs.
La tension monte contre Guéant
Mais ce sont surtout les universités et les écoles qui ont payé pour ce résultat : elles financent plus de la moitié du budget de l’agence, quatre fois plus qu’en 2002, alors que l’Etat n’a pas mis un sou de plus entre-temps.
 Cela explique pourquoi la tension vient de monter soudainement entre les universitaires et Claude Guéant. Le ministre de l’Intérieur, obnubilé par sa traque aux immigrés, a expédié une circulaire aux préfets, leur demandant de restreindre les demandes d’embauche formulées par des étudiants étrangers.
Attirer des cerveaux comme les Anglo-Saxons
Un revirement total par rapport à la loi de 2006 relative à l’immigration et à l’intégration, qui autorise les diplômés étrangers sortant d’un master à travailler en France s’ils ont une offre dans les six mois suivant leur diplôme.
Le législateur voulait attirer des cerveaux comme le font les Anglo-Saxons. Même si les textes précisent que « cette acquisition d’expérience professionnelle doit se faire dans la perspective d’un retour au pays d’origine ». Façon hypocrite de dire qu’on ne veut pas siphonner les élites étrangères… Mais une aubaine pour les employeurs cherchant des profils pouvant les aider à exporter.
Priorité aux chômeurs
Pour l’ombrageux Pierre Tapie, président de la Conférence des Grandes Ecoles, ces mesures risquent de plomber l’attrait de la France pour les élites étrangères. Il a écrit à Guéant pour se faire préciser les termes de sa circulaire. Guéant l’a envoyé sur les roses en lui rappelant que le pays compte déjà 2,7 millions de chômeurs et que priorité doit être donnée à ceux-ci, « qu’ils soient français ou étrangers ».
Indigné, Pierre Tapie a alors écrit à tous les directeurs de grandes écoles : « Faites remonter tous les cas où les autorités administratives ont pris des décisions peu compatibles avec la loi de juillet 2006. »
La Conférence des Présidents d’Université (CPU), emmenée par Louis Vogel, un universitaire à poigne, est également montée au créneau. Même Valérie Pécresse, furieuse, a écrit à Guéant. En visite à HEC, où il y a près d’un tiers d’étrangers, elle a découvert que les préfets refusent beaucoup de dossiers. On en est là.
Les étudiants étrangers, un nouveau poste de recette ?
Mais l’ire de Pierre Tapie a aussi des raisons économiques. Ce polytechnicien féru de calculs, impressionné par les millions d’Asiatiques qui vont aller étudier à l’étranger, a théorisé l’importation d’étudiants comme poste de recettes pour notre budget. Il voudrait porter leur nombre de 280 000 à 750 000 en dix ans, et facturer les études au prix coûtant à 80% d’entre eux – les plus fortunés -, soit 12 500 euros par an.
Recette escomptée : 6 milliards d’euros, sur lesquels 1 milliard irait à des bourses pour les moins fortunés. Resteraient 5 milliards, soit, martèle Tapie, « sept fois les recettes du grand emprunt destinées à notre-secteur ».
Sans aller jusque-là, il est piquant de noter que nos deux plus récentes gloires universitaires, le médaillé Fields Ngô Bao Châu et le Nobel Jules Hoffmann, ont débuté en France comme étudiants étrangers.
Patrick Fauconnier – Le Nouvel Observateur

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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