Nouvau décret sur les nitrates : l’engrais électoral de Sarkozy

Charlie Hebdo – 19 octobre 2011- Fabrice Nicolino
Si vous préférez les cochonnailles aux huitres, réjouissez-vous, le gouvernement a pensé à vous, en augmentant de 20% le seuil de nitrates pouvant être utilisés par les agriculteurs. Sur les plages bretonnes, on devrait donc bientôt pouvoir trouver plus de sangliers crevés que de coquillages.
 
 
T’occupe, si la main droite de Sarkozy ignore ce que fait sa main gauche, ce n’est pas parce qu’elle est dans la culotte du zouave, mais parce que le président sert bien le public. Démonstration par le Journal Officiel (JO) de la république du 11 octobre 2011. La page 13 arrache des sanglots, surtout le paragraphe commençant par « La limitation de la quantité maximale d’azote contenu dans les effluents d’élevage pouvant être épandue annuellement par chaque exploitation » et s’achevant par «  Toutefois, une quantité supérieure peut être fixée par l’arrêté mentionné au 1 de l’article R. 211-81-3 ».
Concrètement, on ne pourra pas dépasser 170 kg d’azote par hectare. Deux commentaires fielleux. Un, l’azote, qu’il soit contenu dans la merde des élevages industriels ou dans les engrais chimiques des fabricants de maïs, est le grand responsable de l’eutrophisation – une sorte d’asphyxie – des rivières et de l’explosion des algues vertes sur le littoral. Deux, 170 kg à l’hectare, c’est la même chose qu’avant. Sauf que c’est pas du tout la même chose…
C’est un cadeau à la FNSEA
Avant, les 170 kg concernaient un hectare de surface potentiellement épandable (SPE). On avait le droit de faire gicler les tombereaux de chierie sur des champs délimités, excluant par exemple les abords de cours d’eau. Ben oui, quand des milliers de porcs défèquent, pauvres vieux, il faut bien se débarrasser du merdier quelque part. Le JO du 11 octobre parle certes de 170 kg d’azote par hectare, mais aussi de surface agricole utile (SAU). Qui est, comme de juste, plus vaste que la SPE. De combien ? Les bons connaisseurs du dossier interrogés évoquent une augmentation possible, et légale, de 20% des flots de déjections venus des porcheries géantes et des poulaillers concentrationnaires. En somme comme en résumé, les champs de Bretagne ou d’ailleurs, recevront bien plus de saloperies et d’azote qu’auparavant. Reste à comprendre pourquoi un gouvernement aussi soucieux de la qualité des eaux et de la santé publique a pu prendre une telle mesure. On l’aura mal conseillé, pour sûr.
Car regardons de plus près, non sans surprise. D’un côté, on crie très fort qu’on va (enfin) agir contre les algues vertes qui, se décomposant, tuent les sangliers par dizaines et les humains à l’unité. De l’autre, on se prend aussitôt la tête, car attaquer l’éleveur industriel à sept mois des élections, c’est être con. Trop con, même, pour un président aussi malin que le notre. Gilles Huet, l’un des meilleurs connaisseurs de l’eau en Bretagne – il est l’un des piliers d’Eau et Rivières -, déclare : « C’est un deal, il n’y a pas de secret. L’Europe exigeait des mesures à propos de vaches laitières, et au passage, le gouvernement a fait une fleur aux éleveurs de porcs et de poulets. C’est un cadeau. Un cadeau offert à la FNSEA. Depuis deux ou trois ans, le pouvoir parisien détricote toutes les mesures prises pour protéger les eaux et les sols. »
Au royaume des délinquants astucieux, on viole la loi avant qu’elle n’entre en application. Une directive européenne – une loi, donc – impose aux Etats membres un objectif de « bon état écologique » des eaux, y compris côtières, en 2015. Ce sera donc balle-peau, en toute certitude, mais avec un peu de chance, à cette date, Sarkozy sera retiré au Cap Nègre. En attendant, comme dirait Jean-Pierre Pernaud, la pollution de l’eau, ca coûte cher.
Un rapport officiel, mais discret, vient d’être publié par le ministère de l’Ecologie*. Premier extrait : « Les dépenses additionnelles évaluées des ménages générées par ces pollutions liées aux excédents d’azote et de pesticides d’origine agricole se situeraient au minimum dans une fourchette comprise entre 1 000 et 1 500 millions d’euros. » La moitié environ se retrouve sur la facture d’eau, et représente entre 7% et 12% de cette dernière à l’échelon national. Second extrait : « Pour les ménages des localités les plus polluées, ces dépenses supplémentaires pourraient atteindre 494 euros/ménage ou 215euros/personne ». Fume, c’est du belge. Bois, c’est de la bière.
 http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/ED52.pdf

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