Lille : L’affaire du Carlton tourne au séisme

Sud Ouest 23 octobre 2011Par Yann Saint-Sernin

L’affaire du Carlton à Lille tourne au séisme

La tentaculaire affaire de proxénétisme présumé se resserre autour du commissaire Lagarde et s’approche dangereusement de DSK, qui a demandé à être entendu
Sale temps pour la police. Après la retentissante affaire Neyret, qui a secoué la PJ lyonnaise ces dernières semaines, la mise en examen du patron du renseignement intérieur Bernard Squarcini dans l’affaire des « fadettes », voici le commissaire Jean-Christophe Lagarde et la non moins explosive affaire du Carlton de Lille.
Mis en examen pour proxénétisme aggravé, placé sous contrôle judiciaire et suspendu de ses fonctions depuis hier, le policier lillois crie son innocence. Décrit par certains collègues comme un policier « atypique », musicien à ses heures, ancien de la PJ de Bordeaux, puis adjoint de Michel Neyret à la PJ de Lyon, le patron de la Sûreté de Lille est pourtant officiellement embarqué dans une affaire où l’on parle de notables, de BTP, de franc-maçonnerie, de prostituées de luxe et… de DSK.
L’affaire aux ramifications encore sans doute incomplètes aurait débuté autour de deux personnages : René Kojfer, chargé des relations publiques du Carlton, roi de la nuit lilloise et indic à ses heures, ainsi que « Dodo la Saumure », un présumé proxénète français installé en Belgique.
Pour faire simple, René est soupçonné de faire équipe avec Dodo dans le cadre d’un réseau de proxénétisme. Les filles de Dodo pourraient avoir participé à des parties fines dans l’hôtel de René. Les patrons de René, le propriétaire du Carlton Hervé Franchois et son directeur Francis Henrion, ont également été mis en examen pour proxénétisme aggravé en bande organisée, une accusation dont ils se défendent.
Des soirées et des voyages
Mais les enquêteurs vont également s’interroger sur le rôle du patron de la Sûreté départementale Jean-Christophe Lagarde et sur ses liens avec René et Dodo. Les limiers de l’IGPN (la police des polices) s’appuieraient notamment sur de nombreux rendez-vous entre le commissaire divisionnaire et René Kojfer, mais aussi sur un déjeuner en Belgique avec Dodo la Saumure. Pratique de flic à l’ancienne à la recherche de tuyaux, comme le pensent certains de ses collègues ? Des extraits, révélés par « Le Figaro », de l’audition de David Roquet, responsable d’une filiale du groupe Eiffage (il a été mis à pied depuis la révélation de l’affaire), également mis en examen, semblent aller plus loin. Dans ses déclarations, il cite nommément celui qui aurait certainement espéré un retour plus policé sur la scène médiatique : Dominique Strauss-Kahn.
Au cours de sa déposition, l’homme d’affaires décrit par le menu une partie friponne organisée à Paris en présence de l’ancien patron du FMI et du commissaire de Lille. Une soirée dont il aurait « réglé une partie des frais » avec sa société. Ces soirées auraient été organisées via un « facilitateur », un homme d’affaires lillois, Fabrice P., également mis en examen (pour proxénétisme et abus de biens sociaux), comme son ex-compagne (pour proxénétisme et escroquerie).
Dans ce volet, les enquêteurs se penchent sur le financement de trois voyages à Washington auprès du directeur du FMI et auxquels aurait participé le commissaire Lagarde. Les enquêteurs s’interrogent également sur la présence de prostituées au cours de ces équipées.
Dans cette affaire qui prend de jour en jour des dehors toujours plus tentaculaires, on se doute que, si l’ensemble des faits étaient établis au terme de l’enquête, les débats se porteraient notamment sur l’éventuelle qualification de proxénétisme et de recel d’abus de biens sociaux, seuls faits réprimés par la loi. Être seulement client d’une prostituée, fût-elle fournie par René ou Dodo, ne constitue pas un délit.
Dès l’évocation de son nom dans la presse, dimanche dernier, Dominique Strauss-Kahn avait demandé à être « entendu le plus rapidement possible par les juges » afin que « soit mis un terme aux insinuations et extrapolations hasardeuses et malveillantes ». Un événement qui ne devrait plus tarder.
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A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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