Santé – Mutuelles : bras de fer avec l’Etat – La santé et son coût devraient s’inviter dans le débat électoral.

 Sud Ouest 23 octobre 2011  Par Hélène Rouquette-Valeins

 Les assurés paieront plus

 Malgré les dénégations gouvernementales, la Mutualité française n’a pas caché que « le gouvernement mène une politique injuste, incohérente et inefficace ».
Le bras de fer entre les mutuelles et le gouvernement sera payé d’abord par les assurés et arbitré plus tard par les citoyens
Les décisions gouvernementales obligeront les mutuelles à augmenter leurs tarifs. archives T. david 
«Qui veut la peau des mutuelles ? » s’interroge un site consacré aux assurances. « La guerre est déclarée entre les mutuelles et l’État » croient savoir « Les Échos » qui, avec ce titre guerrier, attirent l’attention sur une double question : le doublement (de 3,5 % à 7 %) de la taxe que le Parlement a décidé de prélever sur les contrats solidaires et responsables et la création du secteur optionnel. Un double choix gouvernemental qui contraint de toute façon les mutuelles à augmenter leurs tarifs et à faire payer l’assuré quoi qu’il arrive.
Claquer la porte
Pour ce qui est de la seconde question, Étienne Caniard, président de la Mutualité française, a donné jeudi dernier un signe bruyant, en claquant la porte des négociations portant sur la création du secteur optionnel alors qu’il ne manquait plus que sa signature au bas de la convention médicale paraphée en juillet par trois des syndicats de médecins et l’Assurance-maladie.
Marc Paris, responsable de la communication du Collectif inter-associatif pour la santé (CISS), qui regroupe plus de 30 associations, rafraîchit la mémoire des oublieux. « Que ceux qui s’apprêtent à créer le secteur optionnel, avec de bonnes ou de mauvaises raisons, dit-il, se souviennent qu’en 1981, quelques mois avant la présidentielle, un certain Premier ministre, Raymond Barre, inventa le secteur 2… à titre exceptionnel ! Quelques années après, les dépassements du secteur 2 n’ont plus rien d’exceptionnel, ils constituent une norme pour les médecins. »
Pas d’améliorations durables
Le CISS est d’ailleurs favorable à « une solution idéale » : la fermeture du secteur 2 et la revalorisation tarifaire de certains actes pour permettre à tous les médecins d’exercer dans de bonnes conditions financières dans le cadre des tarifs de la Sécurité sociale.
Le représentant des mutuelles – 600 en France – estime en effet que « les conditions d’une signature ne sont pas réunies, le secteur optionnel n’apportant pas d’améliorations durables dans l’accès aux soins, qui est une de nos priorités ». Ce secteur optionnel concernerait les praticiens du bloc opératoire (chirurgiens, obstétriciens, anesthésistes), dont Étienne Caniard craint qu’ils ne fassent encore plus de dépassements d’honoraires.
C’est d’ailleurs aussi ce que Mathieu Escot, chargé de mission auprès de l’Union fédérale des consommateurs, avait clairement exprimé en évoquant « le désastreux projet de création d’un secteur tarifaire optionnel » qui serait selon lui « susceptible de remettre en cause l’accès aux soins pour tous ».
Malgré les dénégations gouvernementales, la Mutualité française n’a pas caché que « le gouvernement mène une politique injuste, incohérente et inefficace ». Son président se retrouve en première ligne face à un Xavier Bertrand menaçant de recourir à des dispositions réglementaires. Six Français sur dix sont protégés par une mutuelle de la Mutualité française (39 millions, dont 18 millions d’adhérents). Les prendre en tenaille entre hausse des tarifs due à la taxation et hausse consécutive à la création du secteur optionnel n’est peut-être pas une très bonne idée à quelques mois de la présidentielle. La santé et son coût devraient s’inviter dans le débat électoral.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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