Chaumont et merveilles pour un déplacement ordinaire en province du président candidat

Le Canard Enchaîné du 26 octobre 2011
Le déplacement de Nicolas Sarkozy le 13 octobre à Chaumont (Haute-Marne) avait pour thème la Culture. Pourquoi Chaumont ? Parce que son ministre chouchou Luc Chatel en est le maire, voyons !
Acte I. Comment faire compliqué et très cher pour parcourir 262 km ? Sarkozy aurait pu prendre un Falcon et atterrir directement sur l’aérodrome de Chaumont-Semoutiers. Mais il a préféré emprunter son Airbus présidentiel pour atterrir sur la base militaire de Saint-Dizier, à 75km de là, puis monter à bord d’un des deux hélicos spécialement acheminés de Paris pour se rendre à Chaumont, où l’attendait une voiture blindée.
Or, comme la météo était incertaine, une autre voiture blindée l’attendait aussi sur la base de Saint-Dizier, au cas où le chef de l’Etat aurait dû faire le tronçon Saint-Dizier-Chaumont par la route ! Et un gendarme avait été posté à chaque carrefour, sur les 75 kilomètres séparant les deux villes… Pour rien, au bout du compte.
Acte II. Comme à chaque visite de Sarkozy en province (deux par semaine, bientôt trois !), la ville avait été transformée en forteresse : rues barrées, flics à chaque carrefour, badauds tenus à distance… Installé au milieu d’une ancienne caserne militaire, le Centre Pompidou mobile, que le chef de l’Etat venait officiellement inaugurer, avait des allures de camp retranché. Des syndicalistes qui avaient osé installer des banderoles de la CGT dans la cour de leur entreprise située sur son passage ont ainsi été priés de les retirer. Malgré tout, il s’est trouvé une jeune femme pour lancer de très loin à l’adresse du Président sa fameuse phrase du Salon de l’agriculture en 2008 : « Casse-toi pov’ con ! » La coupable a été aussitôt interpellée et fait désormais l’objet d’une procédure judiciaire. 
Acte III. Sarkozy s’est ensuite rendu dans le gymnase du lycée Charles-de-Gaulle pour présider une table ronde sur la Culture. En présence mille invités, dont nombre de militants UMP, il a en fait tenu un long monologue. Personne ne pouvait poser de questions à part les trois « témoins » admis sur la scène. Mais Sarkozy s’est dit heureux, à la fin, d’avoir « partagé ».
Or, pour éviter que le Président ne fasse un (petit) détour  en passant par l’entrée principale afin d’arriver dans ce gymnase, un escalier spécial de ciment, avec rampe, et un chemin goudronné avaient été spécialement construits à son usage exclusif. Le Président a ainsi pu rejoindre directement les vestiaires des filles, transformés en loge présidentielle, où il a été coiffé et maquillé ! Désormais, cet escalier à un coup ne servira plus à rien.
En tout cas, pas à remonter dans les sondages !
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Fillon plane aussi
Quelques jours plus tard, c’est au tour de François Fillon de voyager pour l’occasion, à bord de  l’Air Sarko One, l’Airbus présidentiel. Le 21 octobre, le Premier ministre s’est rendu en Corée du Sud, puis au Japon, avant de rentrer le 23 à Paris.
Lors de cette tournée asiatique, Fillon était accompagné d’Eric Woerth, de Thierry Mariani ministre des transports ( et candidat aux législatives dans cette partie du monde) et d’Edouard Courtial, sous-ministre chargé des français de l’étranger. Plus leurs entourages immédiats. Soit en tout et pour tout une quinzaine de personnes pour un Airbus de 60 places !
Pendant qu’Air Sarko One filait sans escale vers Séoul, les conseillers, flics et autres journalistes empruntaient un banal A 310 de la République. Lequel a dû faire escale à Novossibirsk, où il est d’ailleurs tombé en panne et où il a fallu envoyer le Falcon 900 de secours.
La réduction du train de vie aérien de la République est bien partie.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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