Ces banquiers français qui se croient plus malins que la crise…

Le Canard Enchaîné du 26 octobre 2011 – Nicolas Brimo
Depuis 2008, ils ont vécu comme si la belle vie allait continuer
La question est désormais posée : va-t-il falloir « recapitaliser » certaines banques françaises ? Depuis plusieurs mois,  leurs patrons répétaient en boucle ce credo : primo, elles n’avaient jamais disposé d’autant de fonds propres. Deuzio, elles ne se heurtaient à aucun problème de liquidités. Tertio, elles respecteraient sans difficulté les nouvelles règles de prudence imposées par les accords de Bâle III. Voilà un an, le gouverneur de la banque de France, Christian, Noyer, trouvait même le moyen de déclarer que leur « exposition » à la dette grecque ne présentait « pas de risque particulier »…
En réalité, comme l’a souligné Jézabel Couppey-Soubeyran, professeur d’économie à la Sorbonne :  « les banques françaises n’ont pas retenu les leçons de la crise de 2007-2008 (…). Elles ont refusé d’enfiler un léger pull lorsqu’il faisait encore à peu près beau. Maintenant il fait glacial, je ne suis pas sûre qu’une veste suffira ».
 
Dividendes trop généreux
Après avoir surmonté les effets de la crise des subprimes et de la faillite de la maison américaine Lehman Brothers, nos banquiers ont décidé de se libérer au plus vite de leur dette vis-à-vis de l’Etat pour renouer avec une politique généreuse de distribution de leurs bénéfices, de plus du tiers aux actionnaires. A BNP Paribas, par exemple, le dividende par action a pris entre 2009 et 2010  40% de hausse ! Elles auraient dû, au contraire, en profiter pour améliorer les chiffres clés de leurs bilans.
Or, voici que les cours des principaux établissements financiers de l’hexagone continuent de s’écrouler en Bourse et que les agences de notation brandissent la menace d’une dégradation. Et ce pour une raison toute simple : selon les données de la banque des règlements internationaux, les français sont les plus exposés aux dettes souveraines grecque, italienne, irlandaise, espagnole, ou portugaise. La totalité des leurs engagements, toutes catégories confondues, dans ces différents pays s’élève à 645 milliards de dollars. Soit 110 milliards de plus que nos voisins d’outre-Rhin.
Pour tout arranger, l’affaire Dexia n’a pas amélioré la crédibilité de la France dans le petit monde de la finance internationale. Les autorités de contrôle et la Banque de France connaissaient les difficultés de Dexia depuis 2010, et ils ont laissé s’envenimer la situation, jusqu’à la catastrophe finale. Aujourd’hui, c’est à la Caisse des dépôts et à la Banque postale de tenter de recoller les pots cassés.
Avant, sans doute d’en recoller d’autres en Grèce, en Italie ou ailleurs. Et là , il ne s’agira pas seulement de trouver une petite dizaine de milliards d’euros.
Calcul pervers
Des syndicalistes SUD des Caisses d’épargne se sont livrés à cet exercice instructif : rendre publics les revenus des présidents de leurs caisses régionales en 2010. Résultat : leurs heureux dirigeants ont encaissés entre 691 000 euros pour le mieux loti (Ile-de-France) et 391 000 pour le traîne-misère (Alsace). Soit en moyenne 541 000 euros. Un chiffre que ces esprits tordus ont eu le mauvais goût de comparer, dans leurs tracts, aux émoluments du président de la Banque Centrale Européenne, Jean-Claude Trichet : 367 863 euros par an.
« Alternatives Economiques » (hors-série N°90) s’est attelé, avec le sociologue Olivier Godechot, à un autre genre de calcul : mesure en euros constants, l’évolution des revenus des hauts cadres de la finance entre 1996 et 2007.Et c’est du lourd : leurs émoluments ont été multipliés par 8,7 alors que ceux des patrons qui œuvrent dans l’industrie ou dans les services ne l’on été « que » par 3,6.
Faut-il ajouter qu’en 2010 les rémunérations moyennes des dirigeants des banques françaises ont augmenté de 44,8%… Beaudouin Prot, le pédégé de BNP Paribas, a ainsi touché 6,2 millions d’euros, tout compris. Il ne se situe pourtant qu’au dixième rang dans le palmarès des patrons de banques européennes. Le pauvre !
 

A propos werdna01

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