L’adversaire-savonnette du président de la République

Nouvel Obs 28 octobre 2011

François Hollande, une cible insaisissable pour Nicolas Sarkozy

 L’intervention télévisée du chef de l’Etat a montré qu’il n’était pas simple pour le président-candidat d’empoigner au collet un adversaire-savonnette.
L’intervention de Nicolas Sarkozy a clairement illustré ce dont on se doutait de longue date : le chef de l’Etat ne voulait absolument pas affronter François Hollande en mai prochain. Pour le président sortant, entré de fait en campagne jeudi soir, le député de Corrèze est bel et bien le pire des adversaires. On s’en souvient, Nicolas Sarkozy a longtemps fanfaronné en expliquant à ses visiteurs qu’il ne ferait qu’une bouchée de Dominique Strauss-Kahn si celui-ci se présentait. On mesure chaque jour un peu plus, au fil des révélations touchant le mode de vie de l’ancien directeur général du FMI, à quel point Nicolas Sarkozy avait raison. DSK, en effet, n’aurait pas tenu bien longtemps dans la « lessiveuse » de la campagne présidentielle… Au passage, Nicolas Sarkozy n’a pas manqué de s’indigner de certains propos machistes tenus au printemps à l’occasion de l’affaire DSK.
Vint ensuite le « moment » Martine Aubry. A l’Elysée, les conseillers du Président cachaient mal, au fil des débats des primaires, leur espoir de voir désigner la première secrétaire du PS. L’argumentaire était fin prêt et Nicolas Sarkozy l’a dévidé hier soir sans nuance: feu sur la « catastrophe » des 35 heures et « l’archaïsme » des années Jospin, symbole à ses yeux d’une gauche ringarde, à rebours des sociaux-démocrates « modernes » allemands ou espagnols.
Mais tout le problème pour Nicolas Sarkozy, c’est que le candidat socialiste ne s’appelle ni Dominique Strauss-Kahn, ni Martine Aubry (et pas davantage Lionel Jospin…), mais François Hollande. Et que les handicaps du député de Corrèze, soulignés par certains de ses concurrents durant la primaire, pourraient bien devenir des atouts au moment du duel final. François Hollande n’a « rien fait en 30 ans », avait méchamment taclé Ségolène Royal il y a quelques semaines.
« Il n’a aucune expérience » ressasse en écho Nicolas Sarkozy. Mais justement, homme sans CV, voire sans passé, et en tous cas sans bilan, François Hollande n’offre guère de prises aux assauts du chef de l’Etat. Il n’était qu’un obscur conseiller à l’Elysée sous le premier septennat Mitterrand, et fit ses classes au service d’un homme, Jacques Delors, que l’UMP aura du mal à transformer en inspirateur d’une lignée de socialistes étatistes et dépensiers.
Puis, François Hollande ne fut pas même ministre au sein du gouvernement Jospin, une faille qui devient un avantage dès lors que le chef de l’Etat s’escrime à noircir le (lointain) bilan de la « gauche plurielle ». Avec un tel pedigree, François Hollande passe assez aisément entre les balles, voire entre les gouttes, Nicolas Sarkozy n’ayant trouvé pour l’heure qu’un angle d’attaque pour charger son adversaire, sa promesse de créer 60.000 postes d’enseignants, un engagement qui risque en effet de devenir un fardeau pour le candidat PS. Voilà donc pour l’inexpérience.
Quant à l’autre principal reproche fait à François Hollande, celui qui vise son refus de prendre des risques, sa pusillanimité et sa trop grande prudence, il apparait aisément réversible. D’abord parce qu’il renvoie à l’énergie brouillonne d‘un Président dont les excès et coups de menton en tout genre ont lassé l’opinion.
Mais surtout parce qu’en lui accolant l’étiquette de « gauche molle », Martine Aubry a rendu une fière chandelle au député de Corrèze, sans le vouloir, c’est un euphémisme… Car quand la gauche de la gauche dénonce une « gauche molle », le centre droit, voire la droite, entend « gauche fréquentable ». Les électeurs centristes, ce « marais » dont dépend le sort de chaque joute élyséenne, n’ont aucune envie d’une « gauche dure » pour en finir avec la brutalité d’un sarkozysme qui les a épuisés…
Reste un troisième reproche accolé à Hollande, celui d‘être le « candidat du système ». Martine Aubry l’avait dégainé juste avant le second tour de la primaire avec le succès que l’on sait, Nicolas Sarkozy l’a ressorti hier avec les même chances de réussite. Pas plus que la première secrétaire du PS, Nicolas Sarkozy n’a la moindre chance de se grimer en candidat « anti-système » rebelle à l’ordre établi.
Le chef de l’Etat a d’autant moins de chance d’y parvenir que de la soirée inaugurale du Fouquet’s à l’affaire Bettencourt, son règne a plutôt été marqué par une proximité inédite avec les puissances d’argent et ses nombreux amis patrons qui peuplent son carnet d’adresses personnel. Pour sa première intervention de campagne, le Président-candidat a eu bien du mal à cibler directement François Hollande. Pour l’heure, et sans préjuger de son punch futur, il ressemble à un boxeur sonné qui déploie directs et uppercuts dans le vide tandis que son rival gambade sur le ring. Pas simple d’empoigner au collet un adversaire-savonnette.
Renaud Dély – Le Nouvel Observateur
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