1er Novembre – Patrimoine : un peu d’histoire sur la lanterne des morts

La nouvelle République 31/10/2011
Ces lanternes qui veillent sur les défunts
Il ne subsiste que trente lanternes des morts dans l’Hexagone, dont trois dans la Vienne. Une seule veille encore sur les défunts, à Château-Larcher.
Nombreux sont celles et ceux qui iront se recueillir, ce jour, sur les tombes de leurs proches. Certains d’entre eux passeront sans doute sans les voir, tant leur présence leur est familière. Ce sera certainement le cas au cimetière de ChâteauLarcher.
 Les habitants du cru connaissent l’existence de leur lanterne des morts, et ce, depuis des lustres. Certains Castel-Larchériens d’adoption se sont pris de passion pour cet élément exceptionnel de l’architecture religieuse médiévale, à l’image de Philippe Blonde, vice-président de l’association des Amis du patrimoine de Château-Larcher. 
 
 » Ne pas confondre avec une croix hosannière  »
Depuis son installation dans le village, il y a onze ans maintenant, ce Breton originaire du Finistère a effectué des recherches, compulsé nombre de documents sur l’histoire locale et en particulier sur cette lanterne. « Elle fait partie des trente dernières lanternes des morts inventoriées à ce jour en France. Elles sont réparties sur treize départements du Centre Ouest correspondant à peu près à la géographie de l’ancien duché d’Aquitaine, au X e siècle. » Selon lui, leur implantation géographique est associée à l’influence des moines bénédictins et particulièrement dans le Limousin.
Cet historien amateur est incollable sur le sujet. On apprend que l’édification de la dite lanterne remonte à la première moitié du XIII e siècle et qu’elle est classée depuis sa restauration en 1840. Sa particularité est qu’elle est demeurée dans le cimetière du village, a contrario des deux autres situées sur les places publiques d’Antigny et de Journet. « Durant la période révolutionnaire, beaucoup ont été détruites, d’autres au début du XX e siècle. De nombreux cimetières situés autour des églises furent déplacés en périphérie des communes, en vertu de lois de salubrité publique. »
Certaines lanternes seront détruites. D’autres reconstruites et d’autres resteront non plus au milieu d’un cimetière mais d’une nouvelle place publique et même d’un parking. C’est le cas à Saint-Pierre d’Oléron.
Toutes les lanternes des morts présentent les mêmes caractéristiques. « Si les formes diffèrent, – elles peuvent être rondes, carrées, polygonales, hexagonales, couvertes d’un toit conique ou pyramidal – c’est toujours une tour creuse. C’est d’ailleurs ce qui permet de ne pas la confondre avec une croix hosannière. » Ce terme religieux désigne une croix voire une chapelle où la procession du jour des Rameaux s’arrêtait pour chanter le Hosanna.
Le lanternon, surmonté d’une croix en pierre ou en fer, ouvert de plusieurs baies (jusqu’à huit selon la forme de la lanterne) est également l’élément qui fait toute la différence, il abrite la lampe. Certains étaient vitrés.
C’est par une porte latérale, située au bas de la tour creuse, à l’aide d’une poulie ou d’un simple anneau qu’était hissée une lampe à huile allumée. C’était le cas à Château-Larcher où des siècles durant, la lanterne a veillé sur le sommeil des vivants et le repos des morts.
repères :
Associées aux morts et à la mystique de la lumière
Un certain mystère a toujours entouré ces édifices. A quoi servaient-ils ? Pléthore d’hypothèses fut émise au XIX e et début du XX e siècle, période durant laquelle les lanternes des morts suscitaient l’intérêt de bien des membres de sociétés savantes. « Pour certains, ajoute Philippe Blonde, il s’agissait d’une tour indiquant l’entrée d’un souterrain refuge, d’un fanal remplaçant les cierges lors de services funèbres célébrés dans les cimetières lorsque les défunts étaient amenés de loin. Pour d’autres, il s’agissait d’une tour fanal pour l’éclairage des pèlerins sur les routes de Saint-Jacques de Compostelle ; or, toutes les lanternes ne figurent pas au bord des chemins de Saint-Jacques ! »
De tout temps, le feu a été employé par les hommes pour honorer leurs morts. Au V e siècle on allumait des cierges dans les cimetières. C’est toujours le cas aujourd’hui à la Toussaint, en Amérique centrale, aux Antilles, en Europe et notamment en Pologne.
« Ces lanternes sont associées au culte des morts et à la mystique de la lumière, explique encore l’historien amateur. Le premier texte de référence est celui de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, qui écrit au XIII e siècle : ce qui occupe le cimetière de Cherlieu est une construction en pierre. Elle comporte à son sommet une cavité pouvant contenir une lampe qui, en l’honneur des fidèles qui reposent là, éclaire toutes les nuits ce lieu consacré. »
Si la période d’édification des lanternes des morts a pris fin au XIII e siècle, plusieurs de ces monuments ont été réalisés au XX e siècle, en mémoire des victimes des deux guerres.
On trouve une lanterne à Oradour-surGlane (Haute-Vienne), Douaumont (Marne), Poitiers au cimetière de la Pierre-Levée. « C’est une réplique de la lanterne de Château-Larcher.
Elle a été édifiée en 1931 par le Souvenir Français, devant le carré militaire 14-18. Électrifiée, une lumière veille les sépultures des soldats, nuit et jour. »
 
Sylvaine Hausseguy
 
 
Lanterne des morts de Sarlat (Périgord Noir )

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