Crise de la Grèce – réponse au défi de la rue par le défi des urnes : le recours au peuple, stade ultime de la Démocratie

Les-Crises.fr 3 novembre 2011

Grèce : et si nous choisissions plutôt la Démocratie ?

L’Europe en finira-t-elle un jour avec le poison grec ?- […] Georges Papandréou, avec une incroyable désinvolture a décidé de jouer l’avenir de son pays et de la zone euro sur un coup de Poker […] L’austérité imposée aux grecs laisse planer peu de doute sur le résultat d’une telle consultation. [La Grèce est] entrée par effraction dans la monnaie unique avec des comptes publics falsifiés, réputée pour son laxisme fiscal et son inefficacité administrative- [Le Figaro]

Georges Papandréou “fait un pari fou”. [Le Monde]
“La Grèce, ça suffit ! Il n’y a qu’un mot pour qualifier la décision de Georges Papandréou […] : irresponsable. [C’est une] réponse au défi de la rue par le défi des urnes. [Cela donne] un sentiment de lassitude pour ne pas dire de ras-le-bol. La Grèce s’est d’abord appuyée pendant dix ans sur l’euro et des taux d’intérêt faibles pour doper son économie par l’emprunt ; elle a ensuite triché sur ses comptes ; puis s’est montrée incapable de construire un minimum de consensus national sur les mesures de redressement à prendre”. [Les Échos]
“Le comportement de la Grèce est un comportement anormal, qui n’est pas loyal, à l’égard des chefs d’État européens, à l’égard des peuples européens.” [Laurence Parisot]
“Je crois que ce qu’il faudra bien dire au peuple grec, c’est que ce référendum, ça n’est pas “est-ce que vous êtes d’accord avec l’accord qui a été passé ?” mais “est-ce que vous voulez rester dans la zone euro ou non ?”. Ca, c’est une question acceptable.” [Jean Leonetti, ministre français des Affaires européennes]
“Le Premier ministre grec a ouvert une boîte de Pandore qui est dangereuse pour son peuple, dangereuse pour la Grèce et dangereuse pour l’ensemble de la zone euro” [Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture]
Que répondre à ça ?
 Le bourrage de crâne est décidément sans limites – même s’il a l’heureux avantage de nous permettre de discerner les démocrates des autres pour qui les décisions sont “loyales” et les questions “acceptables” seulement quand elles sont largement refusées par la population.
Que répondre devant tant de haine, d’incompétence, de mauvaise foi et de mensonges ?
D’abord, que la décision de Georges Papandréou n’a tout simplement pas à être critiquée, car on ne peut jamais critiquer le recours au peuple, stade ultime de la Démocratie. Rappelons qu’elle a d’ailleurs été inventée à Athènes – et que nous ferions mieux de plus nous inspirer de ce pays que de “l’exemple chinois”, magnifique dictature communiste à qui nous sommes prêts à vendre notre avenir.
Bien entendu, quand on pratique le piétinement des peuples depuis le début de la Crise, il est certain que laisser le peuple s’exprimer est une terrifiante “boîte de Pandore”. Je préfère pour ma part ceci plutôt que le peuple en soit réduit à devoir voter pour les extrêmes afin qu’on l’écoute. Bien sûr, cela ne plait pas à nos “géniales élites” – qui ont réussi l’exploit de mettre le système bancaire en faillite, puis les États en faillite, et se préparent à mettre la Banque centrale en faillite…
Rappelons aussi l’exemple slovaque : quand le parlement slovaque refuse le plan d’aide à la Grèce, on lui tord le bras et on le fait revoter – les socialistes sachant alors s’allier aux conservateurs pour faire plus de dette. Détail insignifiant, le revenu moyen d’un Slovaque est la moitié de celui d’un Grec, mais peu importe, c’est cela la nouvelle “solidarité” du financiarisme : les pauvres doivent aider les riches…

Manifestation devant le Parlement grec, le 20/10/11 (LOUISA GOULIAMAKI/AFP)
 La situation des Grecs aujourd’hui
Le manque d’information objective sur la Grèce empêche de comprendre ce qui se passe.
La Grèce a déjà augmenté la TVA, fortement diminué le salaire des fonctionnaires, puis toutes les retraites. Le seuil d’imposition sur le revenu est passé à 420 € mensuels (étonnez-vous qu’ils fraudent…). Mais la Troïka vient de demander de baisser le SMIC grec (actuellement de 750 €) et de toucher aux conventions collectives.
Alors la réaction est féroce, et les manifestations et les émeutes se multiplient. Ce week-end, le président de la République a été pris à partie par la foule, et pour la première fois n’a pas pu participer aux célébrations nationales (imaginez Nicolas Sarkozy chassé le 14 juillet). 25 % des Grecs ne peuvent plus répondre à tous leurs besoins de première nécessité (logement, nourriture, …). Des hôpitaux ne sont plus livrés en certains médicaments par les laboratoires pharmaceutiques. Certaines écoles sont privées d’électricité et de chauffage, et il arrive que des élèves tombent d’inanition en raison de la sous-nutrition. . Les centres grecs de Médecins du Monde soignent désormais des Grecs et non plus des réfugiés irakiens.
L’Accord de la semaine dernière – qui n’a en fait effacé qu’environ 10 % de la dette grecque – a prévu la mise sous tutelle permanente du pays : “Il y aura un régime de surveillance renforcée relatif à la mise en œuvre des engagements de la Grèce. Ce sera inscrit dans un protocole d’accord. Il y aura une présence permanente.” [Angela Merkel]. Remplacez Grèce par France, et réfléchissez pour voir ce que cela donnerait…
Étonnez-vous qu’on veuille égorger la Grèce et qu’elle ne se laisse pas faire… Alors merci pour ce référendum, M. Papandréou. Puissiez-vous garder le pouvoir vendredi, car de nombreuses forces sont à l’œuvre pour l’empêcher.
Aider les Grecs ou aider les banques ?
Dernier point. Ne nous laissons pas enfumer. Chaque euro que nous donnons (pardon, prêtons) à la Grèce est un euro qui n’aide nullement le peuple grec, mais qui est utilisé par le gouvernement pour rembourser ses créanciers, donc un euro qui finit dans les banques et les poches des plus riches possesseurs d’épargne. Ce n’est nullement illégitime, mais ce qui l’est, c’est de faire croire qu’on aide les Grecs quand on aide les banques.
Ce qui est illégitime c’est de faire croire que le défaut de la Grèce, inéluctable car elle est totalement insolvable, comme nous, entraînera la mort de l’euro. Qui peut croire que le défaut de la Californie entraînerait la mort du dollar ? Le propre “père de l’euro”, le prix Nobel d’économie Robert Mundell ne dit pas le contraire à propos de la Grèce : “La restructuration de la dette pourrait être inévitable. Cela ne signifie pas la fin de l’euro, cela signifie la restructuration de la dette” [Robert Mundell, mai 2010]
Si l’euro était mis en danger par un simple référendum en Grèce, il serait un petit colosse aux pieds d’argile…
Non, ce qui risque fort de détruire l’euro, c’est la volonté acharnée d’empêcher les prêteurs obligataires qui ont follement prêté à des pays insolvables de prendre leurs pertes. Ils ont joué, ils ont encaissé les primes de risque, ils ont perdu – c’est la règle du jeu, la vie continue, comme aurait dit Thomas Sankara.
Ce qui risque fort de détruire l’euro, c’est le non-respect des Traités européens qui ont toujours expressément prévu que:
1/ la BCE n’avait pas à acheter de la dette publique
2/ les Etats ne devaient pas se renflouer mutuellement
Nous n’avons respecté ni l’esprit ni la lettre de nos propres Traités, et avons bafoué ces règles de prudence élémentaire – car le financiarisme c’est aussi un autre PIG : le Principe d’Imprudence Généralisé. Nous avons voulu combattre des problèmes de dette avec plus de dette encore, ce qui revient à vouloir éteindre un incendie avec de l’essence.
Tous les pays occidentaux ont dépensé depuis 30 ans plus qu’ils ne gagnaient, et on veut nous faire croire qu’il n’y aura pas de conséquences…
Ces commentateurs se permettent de donner de grandes leçons à la Grèce, alors que nous sommes dans des situations financières pires que celles d’États africains en faillite dans les années 1980 – ironie de l’Histoire, c’est nous qui les tancions alors,
D’ici quelques semaines, l’Histoire nous remettra sur la voie de la Raison – probablement violemment, comme elle sait le faire…
“On ne va pas se transformer en Inde !” [Georges Papandréou, octobre 2011]
P.S. Merci à Okéanos
Billet publié sur le site du NouvelObs

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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