UMP : Haro sur les fonctionnaires, les nouveaux boucs émissaires de la crise

Nouvel Obs 10 novembre 2011 Par Thierry de Cabarrus Observateur indépendant

La crise, c’est la faute aux fonctionnaires ! Ou comment l’UMP divise pour mieux régner

Les fonctionnaires, premiers à glander ? Ouh, le vilain cliché ! C’est pourtant ce qu’affirme en substance un courant de l’UMP, qui prétend que supprimer leur statut privilégié endiguera la crise.
L’UMP se lâche ! Encore traumatisée par la leçon que lui a donné le Parti socialiste en réussissant sa primaire démocratique (près de 6 millions de votants!), la droite libère ses courants les uns après les autres avec la bénédiction de Jean-François Copé et de Nicolas Sarkozy. Sans complexe, voilà qu’un de ses courants veut… supprimer les fonctionnaires !
Une quatrième droite à l’UMP
Car pour ratisser large et attirer l’électeur dans six mois à la présidentielle, il faut lui donner le sentiment que l’UMP est capable de couvrir tout le prisme des sensibilités politiques. Alors, après la Droite populaire (qui chasse sur les terres du FN), après la Droite sociale (qui drague les travailleurs pauvres), après Les Humanistes (qui défendent le drapeau et le bénévolat), voilà les Réformateurs libéraux du secrétaire général adjoint de l’UMP, Hervé Novelli (50 parlementaires).
Leur mission ? Séduire les électeurs salariés du privé en désignant les « vrais » responsables de la crise économique et financière que la France traverse : ses 5,2 millions de fonctionnaires.
 Les boucs émissaires de la crise
« La discrétion, c’est fini ! » a lancé mercredi 9 novembre Hervé Novelli qui réunissait, sous la coupole du Printemps Haussmann à Paris, la galaxie des libéraux les plus décomplexés, 500 personnes parmi lesquelles Alain Madelin, candidat DL à la présidentielle de 2002 (3,2%), Luc Chatel, ministre de l’Éducation et Gérard Longuet, ministre de la Défense. Et Novelli de lancer « sa contre-offensive politique » en défendant la mondialisation et en désignant les vrais responsables de la crise : les États trop dépensiers.
 Or, quelles sont les plus grosses dépenses de la France, qui compte parmi les pays les plus endettés d’Europe? Les traitements et les retraites des fonctionnaires (plus de 40%) ! Et voilà tout désignés les boucs émissaires de la crise, ceux qui « plombent » notre pays « à force de privilèges » (garantie de l’emploi, meilleures conditions de départ à la retraite, revenus en moyenne supérieurs de 16 euros à ceux du privé).
 Réduire les dépenses de 100 milliards d’euros
Les libéraux considèrent que la crise leur donne raison et qu’il faut tailler d’urgence dans les dépenses publiques. Et d’expliquer que Nicolas Sarkozy va « dans le bon sens » en ne remplaçant pas un fonctionnaire sur deux qui part à la retraite et en gelant leur point d’indice (80.000 postes supprimés en cinq ans) mais qu’il s’arrête en chemin.
 Dans une tribune publiée par Slate.fr, Aurélien Véron, président du Parti Libéral Démocrate écrit: « Au terme de presque quatre décennies de déficits ininterrompus, nous devons réduire nos déficits d’au moins 100 milliards d’euros en rythme annuel. Nous devons le réaliser par la dépense, car notre pression fiscale figure déjà parmi les plus décourageantes d’Europe ».
 Et de proposer la suppression du statut de fonctionnaire pour les enseignants, et leur alignement sur celui des profs de l’enseignement privé. De quoi, dit-il, réduire de 30% le budget de l’Éducation nationale et économiser 20 milliards par an.
 Réduire des deux-tiers le nombre des fonctionnaires
Mais les libéraux vont encore plus loin. Hervé Novelli propose carrément de ne maintenir le statut de fonctionnaires qu’aux seuls personnels des secteurs régaliens tels que la Justice, la Défense ou la police. Ainsi, sur les 5,2 millions de fonctionnaires que compte notre pays (22% des salariés), il envisage la suppression pure et simple du statut pour plus de 3 millions d’entre eux ! Non seulement il confirme son désir de privatiser l’école publique (900.000 enseignants) mais il y ajoute l’hôpital (900.000 salariés) et les collectivités locales (1.600.000 agents). On croit rêver…
 Les fonctionnaires en exercice ne seraient pas touchés, s’empresse-t-il de rassurer, mais, à leur départ en retraite, ils seraient remplacés par des contractuels de droit privé qui rempliraient les missions de service public. Enfin, ultime précaution de langage: pour l’éducation et l’hôpital, la question serait tranchée lors d' »états généraux de la dépense publique », avec les partenaires sociaux.

 Diviser pour régner

Ainsi, selon le principe qui veut que plus on est minoritaire, plus il faut parler fort, les libéraux n’hésitent plus à dire tout haut ce qu’ils pensaient tout bas. Il faut dire que l’époque est favorable à ce genre de délires et qu’il fait les affaires du président-candidat.
 Le pays, répète François Fillon, est au bord de la faillite. Les Français ont peur et Nicolas Sarkozy, qui retrouve des couleurs dans les sondages en jouant le Père la rigueur, leur fournit des boucs émissaires, par UMP interposée.
 Or, ce genre d’outrances offre deux avantages à la droite dans la campagne présidentielle qui s’ouvre. Rassurer les salariés du secteur privé en les cajolant et en les opposant aux agents de la Fonction publique. Faire peur aux fonctionnaires en leur démontrant qu’ils ne sont plus à l’abri en ces temps de crise. Une manière d’appliquer au pied de la lettre le célèbre principe de Machiavel : diviser pour régner.
 Novelli
 
 
 
 
 
Chatel

 
 
 
 
 
Longuet

 

 

 

 

 Madelin

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Economie, Politique, Social, Travail, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.