Les paradis fiscaux, le secret bancaire, c’est terminé…

Le Canard Enchaîné du mercredi 9 novembre 2011 – H.L.
On ne dit plus « rigueur » et « austérité », on répète « effort » et « courage ». Ce sont les deux maîtres mots des nouveaux éléments de langage que toute la Sarkozye est sommée de marteler à l’envi. Mais quels efforts, quel courage ?
Ceux dont Sarkozy s’est lui-même auréolé en gesticulant pour se sortir de son dernier G20, englué dans la moussaka ? Cet ultime sommet sous la présidence française devait être une apothéose, consacrer le grand retour de SuperSarko, l’homme qui terrasse la spéculation, ravage les paradis fiscaux, jugule dette et sauve l’euro. Il avait promis des résultats « concrets ». Or nous avons eu droit à une tragicomédie grecque écrite par Papandréou et à un sketch de promo récité par Obama à la télé. (Edito d’Erik Emptaz)
L’enfer du décor
Tartarin de Sarkozy a encore frappé. A la clôture du G20 de Cannes, le Président a rugi devant la presse : « Nous ne voulons plus de paradis fiscaux ! Le message est très clair, les pays qui demeurent des paradis fiscaux seront mis au ban de la communauté internationale. » Il ne se passe d’ailleurs plus une réunion internationale sans que Sarkozy pousse le même refrain. En 2009, après le G20 de Pittsburg, il avait même claironné : « Les paradis fiscaux, le secret bancaire, c’est terminé… »
Aujourd’hui, pourtant, les dits paradis ne sont toujours pas devenus des enfers, ni même des purgatoires. Certes, la plupart d’entre eux (sauf la Suisse et le Liechtenstein) ont accepté de communiquer quelques informations aux agents di fisc des autres pays. Mais ces bonnes résolutions ne valent que pour les particuliers, et non pour les sociétés, qui peuvent toujours planquer leurs profits dans des contrées exotiques.
 
Un reportage de France2 réalisé dans l’île anglo-normande de Jersey et diffusé le 2 novembre donne la mesure du phénomène. Dans cette dépendance de la couronne britannique, les banques ne paient que 10% d’impôts sur leurs bénéfices, les déposants et es entreprises 0%. Résultat, c’est la ruée : 33 000 sociétés, 1 500 fonds d’investissement et des dizaines de banques sont immatriculées à Jersey. Une île qui ne figure pourtant plus, depuis 2009, sur les listes noires ou grise établies par le G20…
Les donneurs de leçons ne sont d’ailleurs pas les mieux placés. Les Etats-Unis, qui ont voté les résolutions anti-paradis fiscaux, tolèrent que leur Etat du Delaware serve de boîte aux lettres à des trusts opaques. Une adresse en r : les sociétés peuvent y rapatrier leurs bénéfices réalisés sous d’autres cieux et ne pas payer d’impôts.
La France entretient elle aussi son petit paradis bien à elle. Dans l’île antillaise de Saint-Barthélemy, les entreprises et les personnes qui y résident depuis au moins cinq ans sont exemptées d’impôt sur le revenu ! Et, si la CSG et la CRDS sont officiellement dues, aucun fonctionnaire de Bercy n’a jamais pensé à les réclamer.
Sarkozy va sûrement se mettre lui-même au « ban de la communauté internationale »… Il n’empêche, Joëlle Ceccaldi-Raynaud, députée UMP et amie du Président, qui avait planqué plusieurs millions d’euros au Luxembourg, a dû être terrorisée par sa diatribe anti-paradis fiscaux.

A propos werdna01

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