France – Le débat  » urgent  » qu’on adore pour gommer les réalités du pays … « Non mais ça va pas ».

Plein de « Petit Nicolas »
Le Monde  « Vie moderne »  par Sandrine Blanchard
« Non mais ça va pas ! C’est débile ! Riche ou pauvre, tout le monde est « looké » à notre époque ! ». Vous souhaitez animer vos repas familiaux ? Lancez le débat sur le retour de l’uniforme à l’école : succès garanti !
Après la médaille pour les bacheliers (or, argent, bronze suivant la mention) qui a fait « pschitt », les leçons de morale à l’école primaire, voici le retour de l’uniforme et je vous parie bientôt celui de la fin de la mixité filles-garçons. C’est la nostalgie d’un prétendu âge d’or, d’un passé mythifié, comme si rien n’avait changé, ni la jeunesse ni l’école, c’est une envie de Petit Nicolas qui saisit la droite à intervalles réguliers.
Dans ses propositions sur « le pacte républicain et la nation », destinées à alimenter le projet 2012 de leur futur candidat, l’UMP préconise d’expérimenter le port d’un « vêtement commun » à l’école. En 2003 déjà, Xavier Darcos, alors ministre de l’éducation nationale, avait évoqué son intérêt pour une tenue identitaire à chaque établissement. Les objectifs sont toujours les mêmes : « gommer les inégalités sociales », renforcer « un esprit de cohésion et d’appartenance » et – pour caresser les profs dans le sens du… pli – « créer un climat favorable au renforcement du prestige de l’enseignant », puisqu’il serait le seul à être habillé différemment.
C’est le genre de débat qu’on adore aimer ou détester. Chacun y va de ses souvenirs de jeunesse. Alors, allons-y. Je me rappelle (j’ai 46 ans) avoir porté la blouse à l’école primaire publique de ma petite ville de province. Unie, à fleurs, à carreaux ou à rayures, on pouvait acheter celle qu’on voulait (j’adorais aller les choisir avec ma mère), c’était obligatoire, mais pour… éviter de salir ses vêtements ! Dans le secondaire, il n’y avait aucune obligation. A l’époque, la mode était aux chaussures Kickers, aux tee-shirts Fruit of the Loom, au cartable en toile US, c’était déjà une histoire de marques et on adorait déjà « parler fringues ». L’uniforme était un passé à jamais révolu.
Désormais, on attend de lui qu’il règle les différences sociales, la violence et qu’il redonne le goût de l’école. Ça fait beaucoup ! Bon, l’UMP y va mollo : la mesure s’adresserait aux établissements « volontaires » mais de préférence dans les zones « sensibles » – pour les différencier encore plus ? – et le terme « vêtement commun » gomme le mot « uniforme ». Peut-être que si c’est un chouette sweat à capuche avec une belle inscription et que la paire de baskets est fournie (important les chaussures !), ça pourra le faire ! Et pourquoi pas un concours pour élire la plus belle tenue ! « Non mais ça va pas ».
blanchard@lemonde.fr

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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