EGYPTE : La liberté à quel prix ?

Nouvel Obs 21/11/2011

Le bilan des affrontements place Tahrir s’élève à 22 morts

 Des heurts ont émaillé toute la journée de dimanche aux abords de la place Tahrir. (c) AFP
Vingt-deux personnes ont été tuées dans des affrontements en Egypte, a indiqué le ministère de la Santé, lundi 21 novembre. 
Des violences ont éclaté entre la police et des manifestants réclamant la fin du pouvoir militaire, à une semaine du premier scrutin législatif depuis le départ d’Hosni Moubarak. Le précédent bilan, basé sur des sources officielles et médicales, était de 15 morts depuis le début des affrontements samedi, dont 14 au Caire et un à Alexandrie.
Dans la nuit de dimanche à lundi, des milliers d’Egyptiens occupaient la place Tahrir, au Caire, après avoir repoussé la police, tandis que de violents affrontements se poursuivaient dans les rues adjacentes au site emblématique, foyer de la révolte qui a chassé le président Moubarak en février.
Des contestataires lançaient des pierres et des cocktails Molotov en direction des policiers, dont certains, positionnés sur le toit d’un immeuble à proximité du ministère de l’Intérieur, proche de la place Tahrir, répliquaient avec des tirs de fusils et de balles de caoutchouc.
« Le peuple veut l’exécution du maréchal »
Les policiers continuaient également à tirer de nombreuses grenades lacrymogènes, alors que des manifestants leur renvoyaient en criant « Le peuple veut l’exécution du maréchal » Hussein Tantaoui, dirigeant de facto du pays.
Plusieurs médecins ont affirmé soigner de nombreuses blessures par balles. Le docteur Mohammed Taher a déclaré avoir vu un homme ayant reçu une balle dans la tête et un autre au cou, tous deux étaient dans un état grave.
Des manifestants défilaient également à el-Arich, dans le Sinaï et à Ismaïlia, sur le canal de Suez, tandis que des heurts ont éclaté à l’issue des funérailles d’un jeune homme tué samedi à Alexandrie (nord), selon l’agence officielle Mena.
Cinquante-cinq personnes arrêtées
A Suez, des militaires tiraient en l’air pour disperser des manifestants, au lendemain d’affrontements dans cette ville située sur la mer Rouge.
Des défilés réclamant que le pouvoir, aux mains de l’armée depuis plus de neuf mois, soit restitué aux civils, avaient également lieu dans le centre du pays à Qena, où la télévision d’Etat a fait état de heurts, et à Assiout, selon des responsables de la sécurité.
Cinquante-cinq personnes ont été arrêtées dimanche, selon la même source.
Ces affrontements rappelant les scènes de la révolte contre le régime au début de l’année ont débuté samedi au lendemain d’une manifestation place Tahrir de dizaines de milliers de personnes.
Cette démonstration de force, menée par les islamistes, visait à réclamer le retrait d’une déclaration constitutionnelle présentée par le gouvernement, qui exemptait en particulier le budget de l’armée de tout contrôle parlementaire.
Inquiétudes pour les législatives
L’armée s’est engagée à rendre le pouvoir aux civils après l’élection d’un nouveau président. La date de la présidentielle qui doit suivre les législatives n’est toutefois pas encore connue, ce qui suscite de nombreuses craintes de voir les militaires s’accrocher au pouvoir.
Ces troubles ont relancé les craintes que les législatives, qui doivent débuter le 28 novembre et s’étaler sur plusieurs mois, ne soient émaillées de violences.
L’armée a dit « regretter » les événements actuels, appelant le gouvernement a rencontrer les forces politiques pour y mettre fin, tout en réaffirmant s’en tenir au calendrier électoral établi, dans un communiqué lu dans la soirée à la télévision publique.
Auparavant, le général Mohsen al-Fangari avait assuré que les élections auraient lieu comme prévu: « Nous n’allons pas céder aux appels pour reporter le scrutin. Les forces armées et le ministère de l’Intérieur sont capables d’assurer la sécurité des bureaux de vote ».
« Nous ne partirons pas« 
Plusieurs personnalités politiques et des intellectuels, parmi lesquels l’ancien chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) Mohamed ElBaradei, ont réclamé un délai supplémentaire pour ces élections, dans le cadre d’une révision du calendrier politique.
Ils proposent d’élire d’abord une assemblée constituante, puis un président et enfin un Parlement.
Sur la place Tahrir, de nombreux manifestants, la plupart en sang, étaient régulièrement évacués, alors que des manifestants scandaient « Nous ne partirons pas » et « Le peuple veut la chute du maréchal », à l’adresse de ce militaire septuagénaire, ministre de la Défense de Mousni Moubarak pendant vingt ans.
Réactions diplomatiques
A l’étranger, le chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a estimé que la loi et l’ordre devaient être assurés « dans le respect des droits de l’homme », alors que le ministre canadien de la Défense, Peter MacKay, a jugé ces affrontements « très troublants ».
Le ministère britannique des Affaires étrangères a « condamné la violence », tandis que Rome et Berlin ont exprimé leur « extrême préoccupation » face à cette situation et « invité toutes les parties à mettre un terme immédiatement aux actes de violences ».
Par ailleurs, l’ambassadeur d’Israël en Egypte, Yitzhak Levanon, a regagné le Caire ce dimanche plus de deux mois après avoir quitté la capitale égyptienne à la suite d’une violente manifestation contre son ambassade, a déclaré à l’AFP un responsable à l’aéroport. « L’arrivée de l’ambassadeur n’a pas été annoncée et son voyage s’est fait en toute confidentialité », a précisé ce responsable.  L’Egypte est le premier pays arabe à avoir conclu un accord de paix avec l’Etat hébreu, en 1979.
La place Tahrir en vidéos
Le journaliste Amr Moussa, membre du Conseil exécutif pour la défense des acquis de la révolution avait fait savoir un plus tôt dans la journée au « Nouvel Observateur » que 508 personnes ont été blessées, cinq personnes tuées et 10 personnes arrêtées depuis le 19 novembre lorsque des rassemblements place Tahrir ont commencé. Le Conseil exécutif pour la défense des acquis de la révolution a fait savoir également qu’il demandait la démission du maréchal Hussein Tantaoui (à la tête du Conseil suprême des forces armées (CSFA) qui dirige le pays depuis le départ du président Hosni Moubarak) et le transfert du pouvoir à un président élu. Il demande aussi l’élaboration d’une nouvelle constitution, la libération de tous les prisonniers politiques, ainsi que l’arrêt des jugements devant le tribunal militaire. 
Amr Moussa a transmis au « Nouvel Observateur » ces vidéos de la place Tahrir filmée samedi 19 novembre. 

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