neuf-quinze – Danielle Mitterrand, la convention et les interdits

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Danielle Mitterrand,
09h15 – 8 h 28 : un flash annonce la mort de Danielle Mitterrand. Il ne reste que deux minutes aux intervieweurs du matin pour arracher leur première réaction à leurs invités, et improviser eux-mêmes une nécrologie en quelques secondes.
Moments rares de l’irruption soudaine d’un événement, où l’improvisation révèle les personnalités et les inconscients des hommes du direct. Recevant le lieutenant de Hollande André Vallini, Elkabbach tient tout d’abord à dire qu’il le savait avant tout le monde. Il avait été prévenu dans la nuit, et Vallini aussi, par le PS, mais il « attendait la confirmation officielle » pour donner la nouvelle. Edifiant autoportrait du Grand Journaliste en gardien des secrets d’Etat, en initié conscient de ses responsabilités (peut-être se souvient-il aussi de la malencontreuse affaire Pascal Sevran (1), mais il ne le dit pas). Et de poser à Vallini cette question fondamentale: « c’est une période qui s’achève ? »
Sur France Inter, Patrick Cohen, lui, reçoit le secrétaire général de la CFDT François Chérèque. Classiquement, Chérèque tire la disparue dans son sens, évoquant leur combat commun pour un partage équitable de l’eau. Puis, Cohen et Guetta improvisent un duo. Guetta: « elle était beaucoup plus à gauche que son mari ». Cohen: « y compris par ses voyages à Cuba, et quand elle était intervenue pour faire recevoir Fidel Castro en France ». Guetta, clarifiant alors ce que Cohen n’ose dire: « si vous voulez dire qu’elle était plus à gauche que lui, dérapages compris, oui ».
Que se joue-t-il dans cette petite passe d’armes confraternelle, et spontanée ? Le jeu avec la convention et l’interdit. La convention généralement admise dans lémédias, particulièrement audiovisuels, impose, après un décès, de taire toute forme de critique à l’égard du disparu. Mais Cohen, il le montre régulièrement, ne déteste pas signifier sa réticence à respecter ce type de conventions. Aussi transgresse-t-il l’interdit, mais sans signifier explicitement qu’il le transgresse, en s’abritant derrière la neutralité incontestable des faits.
C’est un fait: Danielle Mitterrand aimait bien le dictateur cubain. Vieux routier militant et provocateur, Guetta se souvient, lui, à cet instant qu’il est entré en journalisme par la couverture des dissidences anticommunistes dans les pays de l’Est, dans les années 70. C’est donc à la fois l’anticommuniste, l’éditorialiste payé pour « donner son avis », et qui n’entend pas renoncer à ses prérogatives, et le « metteur de pieds dans le plat » du siècle dernier, naturellement ironique à l’égard de toute parole officielle (que de chemin parcouru !) qui s’exprime. Il n’est, en outre, pas mécontent de signifier au jeune Cohen qu’à insolent, insolent et demi.
1) http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=667
 Daniel Schneidermann

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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