La production et la consommation mondiale de viande ne cessent d’augmenter

Notre-planète.info – 25 novembre 2011
tripes
Le projet « Nourishing the Planet » du Worldwatch Institute commandé par « Vital Signs Online » vient de publier son rapport. Il relève que la production et la consommation de viande augmentent à un rythme soutenu depuis plusieurs décennies, affectant l’environnement et la santé publique, et, plus largement, les économies dans le monde. La production mondiale de viande a triplé en quarante ans, un rythme qui s’est accéléré de 20 % dans la dernière décennie. Les pays industrialisés consomment de plus en plus de viande, presque deux fois plus que tous les pays en voie de développement.
« La forte progression de la production de viande reflète largement l’augmentation de l’élevage industriel » note Danielle Nierenberg, responsable de recherche au Worldwatch Institute, à la tête du projet « Nourishing the Planet ». « Les élevages intensifs sont responsables d’une importante pollution environnementale car ils dépendent exclusivement d’intrants comme les pesticides, herbicides et fertilisants qui servent à la fabrication des aliments pour les animaux.
L’élevage intensif pour la boucherie a en outre un gros impact sur le climat : les excrétions animales dégagent du méthane (CH4) et du protoxyde d’azote (N2O), deux gaz à effet de serre respectivement 25 et 300 fois plus puissants que le dioxyde de carbone. « La part excessive réservée à la viande dans les régimes alimentaires est l’une des principales causes de l’explosion des émissions de gaz à effet de serre, » souligne pour sa part le Président du Worldwatch, Robert Engelman. « Pourtant une production carnée bien gérée et dimensionnée, comme on la pratique dans les petites exploitations des prairies sèches, pourrait au contraire séquestrer efficacement le dioxyde de carbone. L’enjeu est donc de repenser toute la filière viande d’un bout à l’autre de la chaîne de la production à la consommation.« 
Les conditions de surpeuplement et d’insalubrité des élevages industriels favorisent la propagation des maladies entre les animaux, comme les grippes porcine (H1N1) et aviaire (H5N1), la fièvre aphteuse ou la maladie de la vache folle (encéphalopathie spongiforme bovine). Ces maladies ne se traduisent pas seulement par des pertes économiques colossales chaque année (le seul Royaume Uni a dépensé 18 à 25 milliards de dollars pendant trois ans pour combattre la fièvre aphteuse), mais ces maladies peuvent aussi se transmettre à l’homme.
En outre, l’injection massive d’antibiotiques administrés aux animaux de boucherie pour réduire le risque de maladies renforce la résistance des bactéries aux antibiotiques chez les animaux (mais aussi chez les humains). En effet, 80 % de tous les antibiotiques vendus dans le monde en 2009 ont été consommés par du bétail et des volailles, contre seulement 20 % pour soigner des maladies chez l’homme. Les antibiotiques présents dans les déjections animales sont aussi un enjeu de santé publique car ils s’infiltrent dans l’environnement, contaminant cultures et nappes phréatiques.
Le poids excessif de la viande dans les régimes alimentaires est une autre source de maladies. Si, consommée avec modération, la viande est une bonne source de protéines et de vitamines et autres nutriments tels que le fer, le zinc et les vitamines B3, B6, et B12, un régime à base de viande rouge ou pré-cuisinée est source de multiples maladies comme le diabète, les maladies cardiovasculaires, le cancer ou encore l’obésité.
Inversement, la consommation de viande bio élevée en plein air a un impact positif tant sur la santé que sur l’environnement. Le bœuf nourri à l’herbe est moins gras et plus nourrissant que son équivalent élevé industriellement et réduit les risques de maladies chroniques et l’exposition aux produits chimiques toxiques. Les systèmes de pâturage bien gérés peuvent séquestrer les émissions de dioxyde de carbone et améliorer le bilan écologique de la viande. En outre, l’utilisation d’intrants moins gourmands en énergie contribue à protéger le sol, réduit la pollution et l’érosion et préserve la biodiversité.
« Le système d’exploitation pastoral, notamment celui des pays en voie de développement, contribue à la sécurité alimentaire et à la subsistance de millions d’agriculteurs dans le monde, » souligne le Dr Nierenberg, qui conclue : « le combat contre les effets dévastateurs de l’élevage industriel passe par une réduction de la consommation de viande et par le soutien aux communautés rurales à tous les niveaux de la chaîne.« 
Chiffres clés sur la consommation de viande
  • La viande de porc est la plus consommée au monde, devant (en ordre décroissant), la volaille, le bœuf et le mouton.
  • Le segment « volaille » est le plus dynamique du secteur de la viande, en hausse de 4,7 % en 2010 à 98 millions de tonnes.
  • La consommation mondiale de viande par tête et par an est passée de 41,3 kg en 2009 à 41,9 kg en 2010. Les populations des pays en voie de développement mangent en moyenne 32 kg de viande, contre 80 kg dans les pays industrialisés.
  • Sur un total de 880 millions de ruraux disposant de moins d’1 dollar par jour, 70% dépendent en tout ou partie de la production de viande comme source de revenu et de nourriture.
  • La demande en produits carnés devrait doubler en Afrique sub-saharienne et en Asie du sud, doublant de 200 kilocalories par personne et par jour en 2000 à 400 kilocalories d’ici 2050.
  • L’élevage représente environ 23 % de la consommation mondiale d’eau liée à l’agriculture, soit 1,15 litre par personne et par jour.
  • La production de viande représente environ 18 % des émissions de gaz à effet de serre imputables à l’homme (40 % des émissions de méthane et 65 % des émissions d’oxydes de nitrate).
  • 75% des antibiotiques administrés aux élevages ne sont pas absorbés mais rejetés dans l’environnement, ce qui pose un sérieux risque de santé publique.
  • On estime que 11 % des décès chez l’homme et 16 % chez la femme seraient évités si leur consommation de viande rouge était comparable à celui des populations les plus frugales.
  • La consommation de viande bio, nourrie à l’herbe, est plus saine pour l’homme et l’environnement que la consommation de viande d’animaux élevés en batterie.
Source
Global Meat Production and Consumption Continue to Rise – Worldwatch Institute
Traduction Michelle Vuillerot pour notre-planete.info
Auteur
Worldwatch Institute

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans Agroalimentaire, Santé, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.