PSYCHOLOGIE – duo de clowns : des comédiens aident les jeunes patients et à supporter l’univers médicalisé

Des clowns au chevet des enfants malades

A l’hôpital Robert-Debré, des comédiens aident les jeunes patients et leurs familles à supporter l’univers médicalisé
Dans la salle de soins du service d’hématologie pédiatrique, à l’hôpital Robert-Debré, à Paris, les transmissions sont un peu particulières. Tous les mardis et jeudis, les clowns viennent visiter les petits malades. Bernard Plantié, alias Dédé, et Bruno Gare, nom de scène Jacolivier, viennent aux nouvelles et s’enquièrent auprès du personnel soignant de l’état psychologique et médical des enfants qui sont atteints d’hémopathies malignes (leucémies, lymphomes), ou d’hémopathies bénignes sévères (aplasies médullaires, drépanocytoses). La plupart ne peuvent pas sortir de leur chambre en raison des risques infectieux. Aux portes sont inscrites les consignes d’hygiène à respecter.
Sébastien Perriguey, un infirmier, informe le duo de clowns qu’un petit garçon atteint de leucémie voudrait qu’ils soient présents quand on va lui faire un myélogramme. Cet examen, douloureux, consiste à prélever de la moelle osseuse au niveau de bassin. Tel adolescent n’a pas le moral du fait des effets indésirables de sa chimiothérapie, tel autre va pouvoir rentrer à la maison. Autant d’informations précieuses pour les clowns, qui vont adapter leurs animations à l’état des petits patients.
Le tandem commence sa tournée sous l’oeil amusé des soignants, les invectivant joyeusement : Dédé vêtu d’une chemise à fleurs, d’une veste bariolée et d’une casquette orange, Jacolivier habillé façon Coluche d’une salopette, d’une veste à carreaux, une grande paire de lunettes sur son nez, et une pince à linge dans les cheveux. Dédé agite une sorte de maraca tandis que son acolyte joue du ukulélé.
Chef du service, le professeur André Baruchel travaille de longue date avec les clowns de l’association Le Rire Médecin, d’abord à l’hôpital Saint-Louis, maintenant à Robert-Debré.  » Ils apportent des bénéfices aux enfants, mais aussi aux parents et aux soignants, confie-t-il. Pour les enfants, ils rompent leur isolement, on les remet dans quelque chose qui tourne autour de la vie, ils s’ouvrent progressivement. Pour les parents, dans l’angoisse et tendus, voir leur enfant rire, s’autoriser à rire eux-mêmes, est un bienfait extrêmement riche. Et pour les soignants, ils changent l’ambiance du service, réintroduisent de la joie, du bruit. «  Et parfois, quand le chagrin des parents est si fort qu’ils éprouvent des difficultés à communiquer avec leur enfant, les clowns peuvent être des médiateurs précieux.
Dédé et Jacolivier s’engouffrent dans la chambre d’une fillette trisomique de 9 ans. Très excitée, elle les traite de cochons, leur envoie un jouet à la figure. Puis se calme en les écoutant chanter Mexico, esquisse des mouvements de danse sur son fauteuil, rigole. Sa grande soeur et une amie profitent aussi du spectacle et applaudissent.
Pour pénétrer dans la chambre voisine, il faut mettre blouse, charlotte sur les cheveux, surchaussures et masque. Du déguisement des clowns, on n’aperçoit plus que le nez rouge. Le duo entame une partie de cache-cache avec une petite fille de 2 ans et demi. Elle s’enfouit sous les draps et s’en extrait, triomphante, en criant  » Coucou ! « . Puis Dédé prend un doudou et commence à raconter une histoire. De retour dans le couloir, le duo fait signe par le hublot ornant les portes de chaque chambre, à l’adolescent qui a des complications du fait de sa chimiothérapie. Veut-il les voir ? Très fatigué, il ne préfère pas.
Vient l’heure du myélogramme de Guilhem, 5 ans. Le petit garçon a pris un comprimé contre la douleur et il respire, à travers un masque, un gaz pour rendre l’examen moins pénible. Il a voulu être hospitalisé  » le jour des clowns « . Le duo arrive, et il ne les quitte pas des yeux. Maintenu assis par deux soignants pour l’examen, il se concentre sur les chansons de Dédé et Jacolivier : Faire pipi sur le gazon, Les Petits Poissons… Les clowns détournent les paroles et Guilhem s’en amuse. Il prend un grand plaisir à hypnotiser Jacolivier, pousse un cri au moment de la ponction, quelques pleurs fugaces vite chassés par le duo de choc.  » Il a été pendant six semaines en chambre stérile, et les clowns, qui venaient deux fois par semaine, lui apportaient de la joie et beaucoup de légèreté, confie sa mère. Il pouvait un peu se lâcher. Et pour les soins, cela a une vertu anxiolytique. « 
 » J’adore les clowns, déclare Elisa Seror, médecin du service. Ils n’ont pas un effet thérapeutique direct mais aident les enfants à tenir. Par ailleurs, pour ceux qui ont des examens répétés, le fait qu’ils les appréhendent moins, c’est déjà une petite victoire. «  Ariane Bonnefont, psychologue du service, collabore avec eux.  » On leur signale certains enfants particulièrement inhibés qui ont besoin d’être apprivoisés, ou des enfants excitables. A ceux-là, ils permettent de donner libre cours à leur excitation, mais tout en la contenant « , dit-elle.
Jouer, pour les enfants hospitalisés, ne s’improvise pas. Et les comédiens qui intègrent l’association bénéficient d’une formation initiale de plusieurs semaines pour comprendre l’univers hospitalier, apprendre à respecter ses règles et son fonctionnement. Par ailleurs, ils bénéficient une fois par mois de deux jours de formation artistique ou médicale. Bernard Plantié, alias Dédé, artiste burlesque, travaille depuis trois ans et demi pour l’association.  » A un moment donné, j’ai eu envie d’avoir un peu plus de profondeur. La piscine était bonne, j’y suis resté « , conclut-il.
Martine Laronche
Le Monde Edition du 20/21/2011© Le Monde

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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