Pharmacies Gers : Boycott des ventes du traditionnel flacon d’alcool à 90°.

Sud-Ouest 29/11/2011

Avec l’alcool à 90°, les pharmaciens trinquent

Traqués par les douanes qui les soupçonnent d’alimenter quelque alambics clandestins, des pharmaciens boycottent la vente des traditionnels flacons d’alcool à 90°.
Les agents des douanes viennent réclamer aux pharmacies une taxe jusqu’alors quasiment ignorée de tous. Photo AFP
Grand cru de nos armoires à pharmacie, voilà pourtant l’incontournable flacon d’alcool à 90° en sursis. Se rappelant au bon souvenir des pharmaciens, les agents des douanes viennent ainsi discrètement d’entamer la tournée des officines afin de récolter une taxe jusqu’alors quasiment ignorée de tous. Selon une ordonnance du Code général des impôts, rédigée en 2001, le bon vieux désinfectant des familles aurait en effet dû rapporter à l’État 15 euros par litre revendu au public.
1700 euros d’amende
« Puisqu’il paraît que je suis une fraudeuse, me voici avec une amende de 1 700 euros à régler », n’en revenait toujours pas hier Martine Dubosc. Revancharde devant ses rayons désormais vierges de tout flacon d’alcool à 90°, cette pharmacienne gersoise vient à son tour de recevoir la visite des douaniers. « C’était au mois octobre. Ils sont venus éplucher le registre sur lequel nous consignons toutes nos ventes. Je sais bien que nul n’est censé ignorer la loi, mais je subis là trois ans de rétroactivité alors que personne ne nous a informés de ce changement de règle… Je vais payer, oui, mais pour le reste, c’est terminé, vous ne trouverez plus ce produit chez moi. Les clients ne comprendraient d’ailleurs pas une telle augmentation. »
Jouant sur la subtilité d’un texte distinguant l’alcool utilisé dans le cadre des préparations médicinales du reste – commercialisé au détail -, les douanes sont donc à demi-mot accusées de racler les fonds de tiroir-caisse des pharmacies. Mais si aucun responsable de l’institution fiscale ne brûle visiblement de justifier l’opération (1), certains agents assurent pourtant ne lutter ainsi que contre les dérives éthyliques de certaines officines. À l’image, par exemple, de ce pharmacien savoyard soupçonné d’avoir écoulé à lui seul 7700 litres d’alcool en trois ans. Abondance il est vrai assez troublante en ce pays ou le génépi maison coule à flots.
Secret de Polichinelle vieux comme le monde apothicaire, l’emploi d’alcool à 90° dans la distillation de gnoles artisanales ne saurait en revanche révéler la présence d’un alambic clandestin dans l’arrière-cour de chaque pharmacie. « La nôtre est l’une des plus grandes d’Auch, et malgré tout, nous en écoulons moins de 100 litres par an. Vous croyez vraiment que l’on vend des flacons de 125 ou 250 millilitres pour fabriquer de la liqueur et des apéros ? » s’irrite Martine Dubosc.
De la gnole de contrebande ?
« J’ai bien entendu dire que des dérives ont été constatées dans les Alpes, mais je n’ai pas la connaissance de tels cas chez nous », poursuit Thierry Guillaume, le président de la Chambre syndicale des pharmaciens de Gironde. « De toute façon, à moins que vous soyez médecin ou professionnel de santé, personne en France n’a le droit de vous vendre plus de 500 ml d’alcool à 90° à la fois. »
Où l’on glissera alors le mot à cette retraitée de l’agglomération bordelaise passée maître dans l’élaboration d’un délicieux limoncello, recette entre autre détaillée à longueur de sites Internet. « La première fois que je lui ai acheté 1 litre d’alcool, mon pharmacien m’a demandé ce que je comptais en faire, c’est vrai. Je lui ai parlé de ma liqueur … Il m’a simplement répondu que je devrais lui faire goûter. »
À toutes fins sanitaires utiles, signalons que la plupart des officines prennent ces jours-ci la précaution de remplacer l’ancienne formule par un alcool dénaturé, c’est-à-dire réhaussé d’un adjuvant le rendant aussi impropre que dangereux à la consommation. Y compris celle des tord-boyaux.
(1) Sollicité hier par « Sud Ouest », le service communication des douanes n’a pas donné suite à notre demande. 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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