Fraude à la sécu : peine capitale pour un kiné du Nord

La Voix du Nord – 01/12/11 – Benjamin Cormier
Un kiné se pend avec son épouse :  ses confrères sous le choc
L’émotion est encore forte, après l’annonce du double suicide d’un couple d’une quarantaine d’années, retrouvé mort mardi au domicile familial d’Esquelbecq, près de Dunkerque. Un geste désespéré, sur fond de difficultés financières vécues par le mari, kiné-ostéopathe, à qui la Sécurité sociale réclamait près de 200 000 euros.
 Sur la porte du cabinet de kinésithérapie, une simple feuille A4 scotchée, et cette phrase : « Les consultations sont annulées pour cause de décès. » C’est dans cette petite maison de briques blanches de l’avenue Leclerc, à Wormhout, gros bourg de 5 200 âmes de la campagne dunkerquoise, qu’exerçait avec un confrère Stéphane Coulier, retrouvé mort par pendaison, mardi midi à son domicile d’Esquelbecq, à 6 kilomètres de là.
L’homme était âgé d’une quarantaine d’années. Son épouse a également été retrouvée morte, à son côté, de la même manière. « Nous nous orientons vers un double suicide, étant donné les éléments recueillis sur place, notamment une lettre, confiait le commandant de la compagnie de gendarmerie de Dunkerque, Éric de Mollans. Il n’y aura pas d’enquête, simplement quelques vérifications auprès des proches qui seront entendus ». Les corps ont d’ailleurs déjà été restitués à la famille.
« Débordé de travail »
Mais le drame, fût-il d’ordre privé, interpelle. Et en particulier parmi les confrères de Stéphane. L’un d’eux, de Dunkerque, qui le connaissait bien, raconte que Stéphane avait reçu il y a quelque temps un courrier de la Sécurité sociale, lui réclamant la somme de 196 000 euros. « Il m’a appelé dimanche, il était effondré… », témoigne-t-il. Une somme pour « trop perçus » pendant deux ans, que l’ostéopathe devait rembourser à la CPAM. « Il avait une charge de travail folle. C’était un bosseur, il commençait très tôt, finissait très tard, les patients étaient là. Mais que faire quand il manque de praticiens dans ces secteurs ruraux ? », tempête avec rage le kinésithérapeute, qui préfère garder l’anonymat (1).
Selon les témoignages recueillis auprès de personnes l’ayant côtoyé, Stéphane était quelqu’un de « très aimable », dixit la voisine de son cabinet professionnel. « Une personne hyper calme », selon l’un de ses confrères.
Michel, un patient régulier, raconte « qu’il n’était pas du genre à rester discuter cinq minutes sur le bord du trottoir, il était tout le temps en train de courir, entre ses consultations à domicile et à son cabinet ».
Pour Patrick Valois, conseiller général du canton de Wormhout et pharmacien à Esquelbecq, où résidaient les victimes, « Stéphane était un entrepreneur. Quelqu’un de très positif. Il nourrissait le projet de créer une maison médicale pluridisciplinaire à Esquelbecq. Il était même le moteur de cette idée ». Et de confirmer que « la charge de travail qui était la sienne était bien réelle. Je suis moi-même arrivé ici il y a vingt-cinq ans et j’ai vu évoluer le monde médical en milieu rural. Les tensions, aujourd’hui, dues à la sous-médicalisation, sont palpables à tous les niveaux. C’est un vrai drame, que j’ai du mal encore à assimiler. » Rotarien et bien impliqué dans la vie locale, Stéphane Coulier avait poursuivi ses études de kinésithérapie à Lille avant de se spécialiser en ostéopathie.
Selon nos informations, il avait pris contact avec les représentants du Syndicat national des masseurs kinésithérapeutes rééducateurs (lire ci-contre) pour tenter de démêler une situation qu’il vivait avec beaucoup de souffrance et d’incompréhension. Stéphane et son épouse laissent derrière eux deux enfants, de 11 et 14 ans et encore beaucoup de questions sans réponse.
 
1. Nous avons tenté, en vain, de joindre la direction de la CPAM de Dunkerque.
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Moralité : il n’y en a pas. Il ya les « fraudeurs potentiels » qui vivent de leur travail et les intouchables qui vivent de spéculation…

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