» La maison  » de Claire germondy – Un nouvel  » héros  » de polar : Le triple A, le saint Graal

La politique de la France ne se fait pas à la corbeille, disait le général de Gaulle, mais c’était au XXe siècle !
Dans La Maison (Albin Michel, 320 p., 20 euros), la journaliste Claire Germouty raconte les marchandages auxquels les gouvernants français se livrent pour éviter in extremis que notre pays ne perde sa notation triple A, le Saint Graal du refinancement sur les marchés de capitaux internationaux.
Imaginez en effet que la note de la France soit suspendue aux virées nocturnes d’un certain Abdellaziz, rejeton bourré de pétrodollars et neveu du prince Souleyman, numéro quatre du royaume d’Arabie saoudite, qui a, au volant de son bolide, renversé malencontreusement un policier sur les Champs-Elysées, et qui se retrouve incarcéré, en dépit de ses hautes protections.
Imaginez aussi que la politique de la France se joue à La Maison,  » un mélange entre Le Siècle et Les Chandelles « , un bordel logé dans le coeur du 7e arrondissement de la capitale, où se croisent les plus grosses fortunes du CAC 40. Le premier conseiller du président de la République,  » sec comme un raisin et aussi aimable qu’un CRS en tenue « , s’y rend pour sauver ce qui peut encore l’être de notre grandeur nationale.
Dans ce polar de gare, la France est à deux doigts de  » devenir une grande Grèce, une Irlande avec TGV ou encore un Portugal amélioré « . Plutôt que la dégradation, elle s’en sort avec une perspective négative, attribuée par l’agence de Marc Ladreit de Lacharrière, pardon de Luc Marchelierre !
Moyennant un bout de la Côte d’Azur, bradé à de riches bailleurs de fonds arabes, en tordant au passage le bras du Conservatoire du littoral, mais aussi grâce à la location de l’armée française et notamment du porte-avions Charles-de-Gaulle, la France passe entre les gouttes de l’orage financier et reste membre du club très fermé,  » des premiers de la classe qui peuvent emprunter partout, quand ils veulent, comme ils veulent « .
Réalité financière
Afin de dissiper tout malentendu, il est écrit sur la couverture de La Maison le mot  » roman « , juste sous le titre. L’auteur, diplômé d’HEC et juriste, n’est pas à son coup d’essai. En 2009, elle avait déjà prêté sa plume aux Confessions d’un banquier pourri, un document choc paru chez Fayard, qui avait eu un gros retentissement.
Cruelle et désopilante, cette fiction romanesque qui habille la réalité financière, décrite à longueur de colonnes dans les journaux, est en librairie depuis le 6 octobre. Elle a jusqu’à présent bénéficié d’un accueil plutôt discret. Pourtant, tout y est ou presque. Mieux, Claire Germouty explique qu’elle a terminé de la rédiger, il y a dix-huit mois, preuve s’il en est, que les tractations entre les conseillers économiques de Nicolas Sarkozy avec les riches saoudiens ou chinois d’un côté, les responsables des principales agences de notation de l’autre, occupent leur emploi du temps, depuis très longtemps.
Comme dans L’Exercice de l’Etat, de Pierre Schoeller, qui montre comment un ministre des transports se débat avec un projet de privatisation des gares, La Maison pourrait servir de trame à un film burlesque et tragique.
Alain Beuve-Méry
Edition du 2/12/11 © Le Monde

 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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