Musique classique – Hélène Grimaud : son jeu s’est fossilisé dans une rhétorique parfois brillante, sinon erratique.

Le Monde  02/ 12/2011

Le clavier trop tempéré d’Hélène Grimaud

En concert Salle Pleyel, la pianiste semble avoir perdu ses capacités d’effusion et de fulgurance
Ces dernières années, il est devenu plus difficile de parler d’Hélène Grimaud. La pianiste française mène toujours la carrière que l’on sait, mais l’écart entre ce que l’on dit d’elle et ce qu’on entend en concert s’est creusé. Privé des capacités d’effusion et de fulgurance qui ont désigné son exceptionnelle jeunesse, le jeu d’Hélène Grimaud s’est fossilisé dans une rhétorique parfois brillante, sinon erratique.
Certes, la jeune femme, qui vient de fêter ses 42 ans le 7 novembre, pour aussi lumineuse et juvénile qu’elle paraisse, a traversé une  » sale période « , comme on dit. Fragilisée en 2010 par une grave opération, elle a ensuite eu de longs mois de doute et de découragement avant de reprendre goût à la musique au cours de l’été. Dans un entretien paru le 2 novembre dans L’Express, elle confie qu’elle a vécu  » une forme de renaissance et d’émancipation « , la rappelant au sentiment précieux de  » l’instant présent «  – une leçon apprise au contact des loups, pour lesquels elle a créé en 1999 un zoo scientifique, le Wolf Conservation Center à South Salem (Etat de New York).
Ce 28 novembre, l’instant présent est celui du Concerto en la mineur op. 54 de Schumann, point final au cycle de concerts et  » Domaine privé  » que lui consacraient la Cité de la musique et la Salle Pleyel. Au pupitre, le chef d’orchestre et directeur du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, Valery Gergiev, à la tête de son second orchestre, le London Symphony Orchestra. Difficile de reconnaître Schumann dans le jeu brouillon et brouillé d’harmoniques, comme affolé, de la pianiste. Un clavier sans feu ni lieu, comme absenté par la musique. Le bis joué à la diable après les ovations confirme la déception : des Danses populaires roumaines de Bartok d’une sécheresse têtue sans la contrepartie du moindre réchauffement climatique.
 » Symphonie de guerre « 
Hausse notable de tension avec la sombre et pessimiste Dixième symphonie op. 93 de Chostakovitch, dont le compositeur dira dans ses Mémoires :  » Il s’agit de Staline, et de l’époque de Staline. «  Mais l’élégance des Londoniens et la direction stylisée de Gergiev n’atteindront pas l’intensité hallucinatoire d’un Evgueni Mravinsky (chez Melodya), créateur de cette  » symphonie de guerre  » à Leningrad, en 1953. Ni même à la transcendance tragique du jeune Russe qui monte, Vassily Petrenko (35 ans), auteur d’une remarquable version parue chez Naxos. Vassily Petrenko que l’on retrouvera d’ailleurs à Pleyel à la tête de son Orchestre philharmonique d’Oslo, le 30 novembre, dans Sibelius et Tchaïkovski.
Marie-Aude Roux

 

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