France 2 – Vivre avec 1 500 euros : Cinq ans après le tournage de ce film émouvant, on se doute bien que le quotidien de ses quatre personnages n’a pas dû  » s’arranger « .

Le Monde 04/12/2011

Le quotidien de la classe moyenne, sur la corde raide

 A 61 ans, Martine ne cesse de voir ses conditions de vie se dégrader, alors qu’elle a travaillé toute sa vie.
Cela fait un drôle d’effet et, surtout, cela remet les idées en place. Les images de ce film ont été tournées il y a tout au plus quatre à cinq ans (sa production a été achevée en septembre 2008 et il a été diffusé pour la première fois en janvier 2009).
Pourtant, à travers le quotidien des Français qu’elles exposent, ces images semblent datées, elles reflètent des tendances en matière de décoration et des modes vestimentaires bien antérieures… Pourquoi ? Parce qu’en 2007, les quatre personnes dont ce documentaire édifiant brosse le portrait n’avaient déjà plus les moyens de renouveler leur garde-robe et de redécorer leurs appartements depuis bien longtemps.
Avec un salaire de 1 500 euros par mois, entre économies et privations, Yann, Alexandre, André et surtout Martine luttent en permanence pour se maintenir à flot. Ils sont représentatifs de la majorité des Français, et subissent de plein fouet la paupérisation de la classe moyenne.
A 61 ans, et alors qu’elle a travaillé toute sa vie, Martine ne cesse de voir ses conditions de vie se dégrader. Aide à domicile dans la région parisienne, elle intervient dans des familles victimes de la précarité et se trouve elle-même dans une situation critique : deux mois de loyer de retard, 8 000 euros de dettes sur les épaules, et une fille de 24 ans au chômage et fragile psychologiquement qu’elle porte à bout de bras.
 » JE N’AI PAS PEUR « 
 » Je suis sur la corde raide. C’est-à-dire qu’il ne faudrait pas que je me retrouve dehors « , précise cette femme au langage soigné et au visage creusé. Lorsqu’on lui demande si elle a peur de l’avenir, elle poursuit d’une voix sage et résignée :  » Non, je n’ai jamais peur de l’avenir. Je fais ce qu’il faut. S’il arrive quelque chose, je sais que je n’ai rien à me reprocher, j’ai fait ce que j’ai pu, j’ai la conscience tranquille… Donc je n’ai pas peur, non. J’ai cette chance, et j’ai l’expérience de la vie. « 
Si le cas de Martine, mère célibataire et citadine, est sans doute le plus alarmant, ceux d’André, l’ancien catcheur, d’Alexandre, le jeune professeur de musique, et de Yann, le père de famille, saisonnier dans une station de ski, sont tout aussi éloquents.
 » Si on se projette trop dans le futur, on n’arrive pas à avancer dans le présent. Parce que avec la conjoncture actuelle, si on se pose trop de questions, on ne fait rien. Il faut être confiant, se dire que ça va s’arranger un jour « , tente de se convaincre Cécile, l’épouse de Yann.
Cinq ans après le tournage de ce film émouvant signé Géraud Burin des Roziers, on se doute bien que le quotidien de ses quatre personnages n’a pas dû  » s’arranger « . Car la crise financière n’a fait qu’accentuer la dégradation sociale de la classe moyenne. Un documentaire en forme de constat, accablant.
Hélène Delye
Géraud Burin des Roziers (France, 2008, 60 minutes).
Date : 08/12/2011 Horaire : 22H21 – 23H25 Durée : 64 mn

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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