Présidentielles 2012 – La stratégie de Nicolas Sarkozy : prendre la tête du premier tour est un objectif décisif ! Ah ! … la soif dévorante du pouvoir …

 Nouvel Obs 08/12/2011

Les quatre étapes de Sarkozy pour virer en tête au premier tour

Objectif du président-candidat: créer un choc psychologique chez les électeurs. Par Philippe Chriqui, analyste politique
La stratégie manifeste du président-candidat est de chercher à prendre l’avantage sur son adversaire au premier tour afin de créer un choc psychologique à même de l’aider à surmonter son handicap de second tour.
Premier stade : tabula rasa à droite. La candidature Borloo s’est auto-détruite par elle-même. Les dissidents Morin et Villepin ne sont plus menaçants. Les chances de les voir aller au bout s’amenuisent à vue d’œil. Et Nicolas Sarkozy n’a pas encore récupéré l’ensemble des suffrages de ceux qui envisageaient de voter pour Jean-Louis Borloo avant son retrait. Il reste dans sa famille éclatée-recomposée, des marges de progression. Limitées mais réelles.
Second stade : remobiliser ses électeurs. C’est au retour de ses électeurs au bercail que Nicolas Sarkozy doit l’essentiel de sa remontée actuelle. En moins de six mois, la proportion de ses électeurs du premier tour de 2007 prêts à voter pour lui en 2012 est passée de la moitié aux trois quarts. C’est sa force et sa faiblesse du moment. Force, car le président part de bas et donne l’impression de rattraper rapidement son concurrent. Faiblesse, car cette mobilisation est « plafonnée » par son score de 2007.
Troisième étape : fragiliser l’adversaire. En multipliant les thèmes de diversion. Le droit de vote des étrangers, l’embauche d’enseignants, la défense du nucléaire, la lutte contre la fraude sont autant de sujets polémiques qui mettent François Hollande sur la défensive alors qu’il s’agit d’enjeux secondaires pour l’opinion. Cela a pour effet de réactiver le clivage gauche/droite. De repolariser le débat. De l’élargir le champ d’action au-delà de la seule famille UMP. Car à ce stade, la droite n’est encore pas mobilisée derrière son président-non-candidat, tandis que la gauche l’est davantage grâce à l’effet primaire.
Dernière étape : le « strike » européen. Le président cherche à poursuivre sa progression en bouleversant les clivages. En changeant de terrain. D’où le pari d’avancer à marche forcée vers la réforme des traités européens. Or l’option de l’intégration budgétaire au sein de la zone euro divise toutes les familles politiques. Si Nicolas Sarkozy peut compter sur le légitimisme de sa famille, les socialistes sont très partagés. En prenant le risque de ranimer le clivage de 2005, le président  tente un « strike ». Casser tout. Et espérer recomposer un rassemblement autour du président dans un moment historique critique. Une audace dont on ne saurait prédire l’issue.
La mise en œuvre des trois premières étapes a donné des premiers résultats. En un mois, l’écart entre François Hollande et Nicolas Sarkozy est passé de plus de 10 points à environ 3 points (Ifop/TNS-NouvelObs). La quatrième étape donne des résultats plus incertains. Depuis le discours de Toulon, l’écart en faveur du candidat socialiste est plus important (environ  6 points selon Ipsos). La capacité de Nicolas Sarkozy à bien défendre les intérêts de la France à l’étranger a été affectée par les critiques sur le couple « Merkozy ». Il perd 7 points sur cette dimension.
Pour Nicolas Sarkozy, prendre la tête du premier tour est un objectif décisif. En virant en tête au premier tour, il créerait un choc psychologique puisque une large majorité de Français pronostique la victoire de Hollande. La portée politique resterait cependant limitée. S’il dépasse Hollande tôt dans la campagne, il n’y aura plus de choc. En outre, à ce stade, François Hollande est crédité de près de 60% des suffrages pour le tour décisif. Le rassemblement se fait aujourd’hui en sa faveur contre le président sortant. Les électeurs centristes et frontistes ne sont pas prêts à rejoindre Nicolas Sarkozy entre les deux tours. Mais les sondages de second tour ne prennent pas en compte un éventuel changement d’ordre d’arrivée du premier tour. Pour Nicolas Sarkozy, gagner le premier tour est une donc condition nécessaire pour conserver toutes ses chances sans être toutefois une condition suffisante. La campagne est encore très longue.
Philippe Chriqui, analyste politique et spécialiste opinion publique pour « le Nouvel Observateur »
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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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