Les indignés ne servent à rien. Et la révolution, bordel ?

24 heures Genève – Suisse – 9 décembre 2011
Octobre a été le mois des indignés. Novembre les a vus se résigner. Décembre les aura oubliés. Constat triste d’une promenade, mercredi soir, dans les rues de Genève. Des campeurs-contestataires, contrairement aux autres villes de suisse d’où ils ont été chassés, nous en avons encore ici. Tolérés par une municipalité à majorité « gauche molle », aussi génialement libérale pour les uns qu’elle est indignement laxiste pour les autres.
A Genève le mouvement le plus surprenant de l’année 2011 s’essouffle au feu faiblissant des braseros. Ils ne sont plus que quelques-uns, une dizaine selon le maire Pierre Maudet, à dormir chaque nuit au camp du parc des Bastions, résistant tant bien que mal aux nuits de pluie.

A l’époque de Calvin, les indignés auraient été mis en prison ou jetés dans le Rhône. Mais le réformateur aurait surement partagé plusieurs idées des contestataires

Le camp des indignés, sur la pelouse du parc des Bastions à Genève, surveillé par les statues du mur des réformateurs
Ironie de l’Histoire, ils ronflent à deux pas du mur des Réformateurs. Un édifice érigé à la gloire des premiers altermondialistes des temps modernes, Calvin en tête. Des humanistes pour certains, des talibans pour d’autres. Et de ce monument aux lignes austères, j’ai vu le regard perçant de la statue de Jean Calvin observer les rêveries anémiques de nos indignés genevois. Qu’en penserait ce révolutionnaire génial et intransigeant ?
Certes, il aurait modérément apprécié le concept de camping indiscipliné, où les chiens sans laisse errent entre les tipis, les tentes et les bidons d’eau. A son époque, les indignés, pour autant qu’ils soient bourgeois de Genève, auraient passé quelques jours en prison pour troubles à l’ordre public, les autres auraient simplement été jetés hors des murs de la Ville ou directement dans le Rhône.
Mais le fondateur de l’Hospice général et de l’Université – créateur d’une cité presque égalitaire au milieu de l’Europe inique du XVIe siècle; le défenseur de la République, de l’épargne; le pourfendeur des dérives matérialistes de l’Eglise romaine, de la dépense et du luxe, ressentirait probablement une certaine sympathie pour ces rêveurs radicaux près à affronter l’inconfort d’une tente en hiver plutôt que de renoncer à leurs idéaux.
J’ai cru un moment avoir manqué un train avec les indignés. Mercredi, en rentrant de promenade, j’ai donc demandé à mon frère s’il pensait que nous étions tous passés à côté d’une révolution majeure, d’un bouleversement fondateur? Il a 25 ans. Il m’a répondu : « Les indignés ? C’est un mouvement utile et sympathique. Mais ils n’ont rien fait. Rien proposé, rien changé. Je ne sais pas s’ils servent à quelque chose».
Que lui répondre ? Chez nos indignés suisses, je ne repère aussi que de brumeuses palabres, obscurcies par des procès verbaux d’interminables assemblées générales. La flamme qu’ils ont allumée il y a quelques mois s’est affaiblie dans l’inaction, étouffée par un exercice démocratique poussé à l’extrême. Les bougres n’ont même pas entretenu leur feu dans l’éther rose et bleu des twitter, Facebook et youTube.
Décembre aura donc fait oublier les indignés? Triste constat auquel je me refuse à croire. Peut-être parce que je suis chrétien et que le christianisme est la graine primitive et vivace du communisme révolutionnaire. Du coup, les contestataires me fascinent, les idéalistes me remplissent d’amour et les utopistes illuminés m’arrachent des applaudissements admiratifs.
Comme Stephane Hessel, qui est venu les visiter la semaine dernière, je garde donc au fond de moi une lueur d’espoir pour le mouvement des indignés genevois. Et j’aimerais que cette flamme puisse se nourrir du souffle d’idées nouvelles, qu’un mouvement vivifiant vienne repousser les ténèbres matérialistes de l’époque. Je ne sais pas : une renaissance du saint-simonisme peut-être, un renouveau collectiviste, un élan solidaire. L’indignation certes, mais l’indignation courageuse et déterminée, prenant le casque du salut et l’épée de l’Esprit.
Mercredi, dans le silence du campement des indignés, j’avais envie de tous les réveiller en criant : « Et la révolution, Bordel? »

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