Appel pour nos montagnes – du béton … : davantage de projets alors qu’il y a moins de neige

Le Monde 10/12/2011 Grenoble Envoyé spécial

Cent signatures pour  » sauver  » la montagne

Des militants, sportifs, chercheurs et artistes lancent un appel pour en finir avec le bétonnage des stations
Moins de capital machine, moins de spéculation financière et plus de capital humain !  » Nouveau slogan du Parti de gauche, de Lutte ouvrière, ou d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) ?
 Que nenni. Il s’agit de la conclusion de l’Appel pour nos montagnes lancé vendredi 9 décembre, à Grenoble, par des personnes aussi pondérées que l’astronome Pierre Léna, la navigatrice Isabelle Autissier, le physicien Etienne Klein, le botaniste Jean-Marie Pelt, l’alpiniste Catherine Destivelle ou le chanteur Jean-Louis Murat – mais aussi le maire de Grenoble et député (PS) Michel Destot et le maire (divers droite) de Chamonix, Eric Fournier.
Avec une centaine d’autres signataires, ils s’alarment :  » Les projets de développement lourd, dignes du siècle passé, s’enchaînent, s’accélèrent même, comme si de rien n’était. Le béton coule à flots. « 
Résultat : une  » perpétuelle extension des espaces aménagés au détriment de la haute montagne vierge ou des espaces réservés à l’agriculture « . Les signataires interrogent :  » Qui profite réellement de cette fuite en avant dans l’artificialisation de nos montagnes ?  » A leurs yeux, il est temps de marquer une pause et de  » redéfinir la notion d’intérêt général « .
A l’origine de cet appel, la Commission internationale pour la protection des Alpes (Cipra) et l’association Mountain Wilderness.  » Voilà quatre ou cinq ans, le mouvement de construction en montagne s’était presque arrêté, mais on voit refleurir de très nombreux projets, note Patrick Le Vaguerèse, vice-président du Cipra. Ce qui nous hérisse le plus, c’est qu’il y a davantage de projets alors qu’il y a moins de neige. « 
De fait, le changement climatique se fait déjà sentir : la température de montagne augmente sensiblement depuis les années 1980, a constaté l’Observatoire savoyard du changement climatique.
L’avenir ne se présente pas différemment, selon une étude menée par plusieurs organismes de recherche.  » La tendance sur le long terme est à la réduction significative de la durée d’enneigement, même s’il y aura des variations annuelles « , indique Michel Déqué, chercheur à Météo France et coordinateur de l’étude.
Or cette évolution n’a pas entraîné de modification dans la gestion de l’espace montagnard, si ce n’est une utilisation massive de canons à neige. Ceux-ci, outre leur forte consommation d’énergie, requièrent de l’eau en grande quantité.  » Le rapport du conseil général de l’environnement, en 2009, indiquait qu’ils étaient un élément de la solution, mais ne pouvaient pas l’être à long terme, observe Jean-Pierre Chomienne, commissaire à l’aménagement des Alpes. On est passé d’un système où la neige de culture était une roue de secours à une situation où elle répond à l’absence de neige. « 
Logique de fuite en avant

Les canons à neige sont le symptôme d’un modèle économique prisonnier d’une logique de fuite en avant, pensent les défenseurs de la montagne.  » Les investissements lourds en remontées mécaniques et en canons à neige exigent de l’argent frais, explique Claude Comet, conseillère régionale Rhône-Alpes (EELV, Haute-Savoie) déléguée à la montagne et au tourisme. Pour en trouver, on construit de nouveaux bâtiments, qui finissent par ne plus convenir au marché ; alors, on en construit des neufs. Et l’on continue sans fin. Il n’y a plus de frein dans la machine. « 
C’est ainsi qu’apparaissent des  » friches touristiques  » : des immeubles de résidence datant des années 1970 ou 1980, qui ne trouvent plus de locataires parce qu’ils sont décatis. Dans les stations les plus élevées se développent aussi des programmes de luxe, autour de complexes  » aqualudiques  » – gros consommateurs d’eau et d’énergie. Quant aux stations de moyenne montagne, elles sont confrontées au manque de neige, qui rend de moins en moins rentable l’imposant parc de remontées mécaniques.
En fait, nombreux sont les observateurs qui jugent qu’une bulle immobilière s’est formée en montagne, qui n’attend que d’éclater.  » Le problème est connu depuis plusieurs années, rappelle Mme Comet, mais rien n’avance, parce qu’il n’y a pas de plan B. «  Peut-être l’Appel pour nos montagnes servira servira-t-il d’électrochoc salutaire.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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