Bordeaux – Stade : un véritable réquisitoire contre le projet porté par la mairie

Sud Ouest 17 décembre 2011 Par denis lherm

Un stade à 551 millions ?

Annoncé à 175 millions d’euros par la mairie, le futur stade coûterait au final 551 millions selon Trans’Cub, qui vient de saisir le préfet

 
Une vue du futur stade, un ouvrage signé Herzog et de Meuron. Illustration Cabinet Herzog et Meuron
 ( CABINET HERZOG ET MEURON)
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L’association Trans’Cub s’est livrée hier à un véritable réquisitoire contre le projet de stade porté par la mairie de Bordeaux, une enceinte de 43 500 places qui sera construite d’ici à 2015 dans le quartier du Lac, en vue d’accueillir l’Euro 2016 de football. Trans’Cub avait déjà dit tout le mal qu’elle pense d’un projet qualifié « d’inutile, de servile et de nocif ».
 Elle est allée plus loin hier, lors d’une conférence de presse, en explorant le volet financier du projet. Un examen d’où il ressort, selon elle, que l’ouvrage aura un coût faramineux, très supérieur aux 175 millions d’euros votés en conseil municipal
Au terme des trente ans du partenariat signé entre la ville de Bordeaux et la société constructrice et exploitante (formée à parts égales entre le géant Vinci et le local Fayat), l’ouvrage reviendrait en effet à 551 millions d’euros.
Crédit à très long terme
Le décalage entre le coût annoncé par la mairie et le coût final avancé par Trans’Cub n’est pas en soi une découverte. Le système du partenariat public privé (PPP) choisi pour réaliser le projet est comparable à un système de crédit sur du très long terme. Ce crédit a un coût d’autant plus élevé qu’il est étalé sur trente ans.
Selon l’association, d’une part il est démesuré, d’autre part il n’aurait pas été clairement porté à la connaissance des citoyens et des élus. Pour parvenir à 551 millions d’euros, Trans’Cub s’est plongée dans le plan de financement du PPP. Un document de 330 pages certes joint en annexe à la délibération votée en conseil municipal, donc à ce titre consultable par tout le monde, mais absolument impénétrable pour le commun des mortels.
« Coûts omis »
Jacques Dubos, président de Trans’Cub, et Patrick du Fau de Lamothe, l’un des membres les plus actifs, par ailleurs conseiller régional (EELV), ont détaillé ce montage financier. Pour parvenir à 551 millions d’euros, ils font l’addition suivante sur trente ans : 356 millions d’euros de coût de revient de l’investissement et des intérêts, 111,3 M€ de redevances versées par la Ville à l’exploitant. Soit 469 millions d’euros auxquels s’ajoutent ce que Trans’Cub appelle des « coûts omis par la ville de Bordeaux » : 3,6 M€ pour la location du terrain du Lac à la CUB, et 79 millions d’euros d’impôts et taxes payés par la société exploitante mais qui lui seront remboursés par la Ville.
Ce qui fait à peu près 551 millions d’euros. Face à ces dépenses, voici les recettes : 270 millions d’euros au total (location du stade pour des concerts, redevance versée par les Girondins à la ville, etc.). « Ce qui donne un solde à la charge du contribuable de 281 millions d’euros, soit 51 % du total du projet », indique Patrick du Fau de Lamothe.
La ville de Bordeaux bénéficiant de subventions venues de l’État, de la CUB et de la Région, le contribuable bordelais devra porter au final 223 millions d’euros (répartis en 17 millions d’euros de subvention municipale apportée au projet et 6,8 M€ de redevance annuelle versée à l’exploitant).
« Dans tout cela, il n’y a aucun chiffre de chez nous, nous avons tout trouvé dans le plan de financement annexé à la délibération du conseil municipal », précise Jacques Dubos. Les griefs ne s’arrêtent pas là. Trans’Cub estime aussi que les grands bénéficiaires de ce montage, ce sont les Girondins de Bordeaux. Le club résidant ne financerait en effet que 25 % du projet.
Le préfet ou le recours
Et maintenant ? Après avoir écrit à Alain Juppé courant novembre pour lui demander de faire la lumière sur le vrai coût du stade, Trans’Cub vient d’envoyer une lettre au préfet Stefanini. L’association veut le pousser à déférer au juge administratif le contrat de partenariat et la convention d’occupation du stade par les Girondins, dans le cadre du contrôle de légalité. Elle estime entre autres que le montant du financement public (281 millions d’euros) est une « aide prohibée au sens de l’article 88 du traité de la Communauté européenne ».
Faute de réponse du préfet, l’association saisira elle-même la justice administrative. Ce qui pourrait intervenir dès la semaine prochaine, le délai de recours contre le projet de nouveau stade prenant fin le 26 décembre. En pleine période de cadeaux. Mais sur ce dossier, Trans’Cub n’en fera aucun cette année.
« Absurdité et amalgame »
Dans un communiqué laconique, la mairie de Bordeaux conteste mais n’argumente pas.
Mépris ou manque d’arguments ? Alors que l’adjointe aux sports, Arielle Piazza, avait semblé désignée un temps pour défendre le projet municipal, c’est finalement par un communiqué pour le moins laconique que la mairie de Bordeaux a réagi, hier en fin d’après-midi, aux informations délivrées par l’association Trans’CUB.
Titré « absurdité et amalgame », le communiqué explique que « la démonstration faite par Trans’CUB sur le prétendu coût du projet du nouveau stade de Bordeaux relève de la pure fantaisie. Les chiffres énoncés sont en effet le résultat d’un amalgame qui n’a pas lieu d’être car il confond investissement, fonctionnement, participation du club, subventions, part publique et recettes du groupement. »
Pas de contre-argument, pas de démonstration chiffrée d’éventuelles erreurs véhiculées par Trans’CUB, pas de précisions sur le plan de financement.
D. L.
 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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