Le message de Vaclav Havel – L’irrépressible  » pouvoir des sans-pouvoir  » : L’acte, même minime, de résistance …

VACLAV HAVEL disparaît au moment où le  » pouvoir des sans-pouvoir « , qu’il avait décrit en 1978 dans un essai retentissant, continue de démontrer toute son actualité.
Vingt ans après la disparition du bloc soviétique, le puissant message légué par Vaclav Havel, celui de la résistance morale que tout individu peut opposer à un système autocratique, prend une résonance particulière en cette année 2011 de soulèvements populaires, dans le monde arabe et, plus récemment, en Russie.
Face aux dictatures, Havel appelait à  » la vie dans la vérité « , qui  » comprend n’importe quel acte par lequel un individu ou un groupe d’individus se révolte contre la manipulation dont il est l’objet « . C’est le coeur des résistances civiles à l’oeuvre dans les révolutions pacifiques : l’effet d’entraînement qui peut naître d’une multitude d’actes, petits et grands, d’insoumission individuelle. Cela peut aller de la simple participation à un concert rock  » underground  » aux grandes campagnes de désobéissances civiles.
En 2011, les  » printemps arabes «  puis, en décembre, la contestation de la rue face aux fraudes électorales en Russie, ont constitué une formidable nouvelle  » validation «  du message de Havel, estime l’ancien ambassadeur tchèque à Paris, Pavel Fischer, qui fut un proche collaborateur du  » président-dissident « .
Havel et ses réseaux d’amis, jusqu’au sein de la diplomatie tchèque, dirigée aujourd’hui par un de ses vieux compagnons, Karel Schwarzenberg, n’auront jamais cessé cet engagement pour les valeurs. Que ce soit pour venir en aide aux opposants birmans, pour militer en faveur de l’attribution, en 2010, du prix Nobel de la paix au dissident chinois Liu Xiaobo, pour soutenir les dissidents à Cuba, ou encore pour appuyer l’opposition en Biélorussie, pays où les signataires de la Charte 97 se sont directement inspirés de l’exemple de la Charte 77.
Le  » pouvoir des sans-pouvoir « , c’est le pouvoir de ceux d’ » en bas « , ceux qui, par une gamme infinie d’actes individuels, peuvent parvenir à lever la chape de peur qui constitue le fondement de tout pouvoir répressif. Havel, dans son fameux essai, avait illustré cela par le choix qu’avait un marchand de légumes de placer – ou non – au-dessus de son étal, une banderole avec un slogan communiste.  » Toute la logique du système, écrivait-il, est d’intégrer l’individu dans la structure du pouvoir, non pour qu’il y réalise sa propre identité, mais pour qu’il y renonce au profit de l’identité supérieure du système. « 
L’acte, même minime, de résistance, s’inscrivait dans ce que le  » père spirituel  » de Havel, le philosophe Jan Patocka (mort en 1977, victime d’un terrible harcèlement de la police politique), avait appelé  » la communauté des ébranlés « . Les  » ébranlés  » étant ceux qui s’émancipent de ce qui les rive au quotidien pour exercer pleinement leur liberté d’homme.
Havel et les dissidents du bloc de l’Est, avaient identifié le talon d’Achille des pouvoirs qu’ils combattaient : leur légalisme, à la fois tatillon et de façade. Ils mettaient en demeure les autorités de respecter les engagements internationaux auxquels elles avaient souscrit : le  » panier  » droits de l’homme des accords de Helsinki de 1975. Celui-là même qui permet, aujourd’hui, aux manifestants russes de se référer au constat de  » bourrages des urnes «  établi par les observateurs de l’OSCE (organisation héritière des accords d’Helsinki), lors des récentes législatives en Russie.
Le dernier appel de Havel, avant sa mort, s’adressait aux Russes.  » Pour les encourager à se souvenir qu’il y a des valeurs plus importantes que le profit, et que l’action non violente doit préparer l’avenir « , relève Pavel Fischer. Ce combat était aussi celui d’une autre grande figure de la dissidence antisoviétique, décédée cette année, le 18 juin, à Boston : Elena Bonner, la veuve d’Andreï Sakharov. Lorsque, en mai, le Centre Sakharov de Moscou a célébré le quinzième anniversaire de sa création, le ministre tchèque, Karel Schwarzenberg, l’ami de Havel, était l’un des rares responsables gouvernementaux européens à avoir fait le déplacement.
N. No. 20/12/2011 © Le Monde
 Vaclav Havel avec sa femme, Olga Splichalova, dans leur maison de campagne de Hradecek, au nord-est de Prague, dans les années 1970.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Débats Idées Points de vue, Politique, Résistance, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.