Vaclav Havel – Sa disparition rappelle à quel point l’audace et la vision de quelques individus peuvent, parfois, bouger des montagnes

 Editorial – Où sont les héritiers de la génération Havel ?

Jusqu’au dernier moment, Vaclav Havel sera resté, dans l’âme, un dissident. Quelques jours avant sa mort, amaigri et affaibli par la maladie, il avait trouvé la force de se lever pour rencontrer le dalaï-lama et avait encore signé un appel demandant à l’opposition russe de s’unir contre les manipulations du régime de Vladimir Poutine.
Havel ne se trompait pas d’ennemi. Avec courage et obstination, il n’a jamais cessé de combattre le totalitarisme, de gauche ou de droite, n’a jamais marchandé son soutien à tous ceux qui s’engageaient contre la dictature, l’autoritarisme ou l’obscurantisme, même loin, très loin de chez lui. Sa disparition, dimanche 18 décembre, vingt ans tout juste après l’effondrement de l’URSS, au terme d’une année qui a vu tant de soulèvements populaires dans d’autres parties du monde, et au moment où l’Europe se débat dans une crise existentielle, rappelle à quel point l’audace et la vision de quelques individus peuvent, parfois, bouger des montagnes. Et souligne cruellement à quel point l’absence de ces aventuriers de la démocratie, visionnaires humanistes, ouverts et éclairés, nous pénalise aujourd’hui.
La mainmise communiste sur la Tchécoslovaquie puis l’intervention soviétique en 1968, pour écraser le  » printemps de Prague « , avaient révolté Vaclav Havel. De cette révolte mûrie est née, en 1977, la Charte 77, créée avec une poignée de dissidents. Dans les années qui suivirent, de rencontres clandestines en échanges parfois favorisés par des amis occidentaux, le lien se fit avec d’autres combattants de la liberté du bloc de l’Est, les Michnik et Kuron de Solidarnosc en Pologne, les Sakharov d’URSS, les amis hongrois plus fortunés, car un peu moins durement réprimés. Internet et Facebook n’existaient pas, la police politique exerçait une surveillance de chaque instant. Les contacts étaient risqués – ils payèrent tous leur activisme par des séjours en prison.
C’est ce corps de résistants, solidement ancrés dans l’idée démocratique, qui a permis à l’Europe de l’Est, une fois libérée, d’opérer une transition ordonnée et pacifique vers l’économie de marché et la démocratie. Lorsque les régimes communistes et prosoviétiques se sont effondrés, la relève était prête, les objectifs établis. Dignement. Aux dizaines de milliers de Tchécoslovaques venus l’acclamer dans le froid glacial de décembre 1989, place Venceslas à Prague, Vaclav Havel criait  » Nous ne sommes pas comme eux ! «  : sa stratégie à lui, c’était  » le pouvoir des sans-pouvoir « , la résistance non violente et le refus des règlements de comptes. Combien de protagonistes du  » printemps arabe  » auraient rêvé de tels leaders !
Esprit libre, vif et subtil, Vaclav Havel fut aussi un grand européen. La réunification de notre continent divisé par la guerre froide lui doit beaucoup. Grâce à lui, la République tchèque fait aujourd’hui partie de l’Union européenne. Son successeur, le président Vaclav Klaus, n’a, malheureusement, pas la même hauteur de vues : un peu partout en Europe, les héritiers de la génération Havel se font attendre. Il nous manque. Terriblement.
Paru dans l’Edition du 20 décembre 2011 © Le Monde

 
 
 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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