Béarn – Oloron sainte Marie : Redressement judiciaire de Béatex, la dernière fabrique française de bérets

Sud-Ouest  21/12/2011

Inquiétude sous les bérets

Béatex, la dernière fabrique française de bérets installée à Oloron-Sainte-Marie, est au bord du redressement judiciaire. Mais le patron se veut encore confiant.
Les salariés de Béatex devront patienter jusqu’à vendredi pour être fixés sur le sort de leur entreprise. (PHOTO THIERRY SUIRE/«Sud Ouest »)
Serait-ce le début de la fin ? Difficile à dire, hier, à la sortie du tribunal de commerce de Pau, où les juges ont longuement entendu le patron de Béatex parler des comptes et des perspectives de sa société. À l’issue de l’audience, les magistrats consulaires se sont donné jusqu’à vendredi pour dire s’ils décident, ou non, du redressement judiciaire de la fabrique de bérets installée à Oloron-Sainte-Marie.
Pierre Lemoine, PDG de Béatex, et son avocat, Me Lefebvre, du barreau de Bayonne, se voulaient, eux, rassurants. « Nous avons donné des éléments de preuves que l’entreprise a les capacités de poursuivre son activité. Et nous avons trouvé un tribunal à l’écoute », déclarait l’avocat, quand le patron ajoutait : « Je voudrais voir une année 2012 en progression pour nous, et pas en récession. »
La perplexité des salariés
Reste que le procureur de la République a demandé le redressement judiciaire immédiat de la société, au regard de ses dettes…
Les salariés, de leur côté, affichaient au minimum une certaine perplexité face à ces déclarations. « On nous dit qu’il n’y a pas de dettes, mais nous n’avons aucune visibilité sur les comptes. On nous paie désormais au 15 du mois, et il a fallu aller aux prud’hommes pour obtenir la prime qui nous était due », rappelait hier le délégué du personnel, Jean-René Riart. De fait, si le PDG se veut encore optimiste et rappelle qu’il peut aller prospecter tout le marché de l’Otan pour ses bérets militaires, la société n’en est pas à ses premiers déboires.
Depuis plusieurs mois, Pierre Lemoine, qui a repris la vieille entreprise Laulhère en 2008, ne cache pas qu’il manque de trésorerie. Tout en rappelant qu’il a déjà investi plus de 1 million d’euros dans l’affaire. À plusieurs reprises, par voie de presse, il a interpellé les pouvoirs publics pour l’aider. C’est la Région Aquitaine qui a été sollicitée, laquelle a précisé qu’elle ne pourrait verser des subventions que lorsque l’entreprise serait à jour de ses cotisations sociales.
Tout un symbole
Or, on évoque un passif de 160 000 euros vis-à-vis de l’Urssaf, passif qui a déclenché un premier audit auprès d’un administrateur judiciaire. C’est aussi l’État que le patron a ensuite interpellé pour décrocher des aides des banques, qui ne sont pas venues.
À chaque fois, le patron béarnais n’oublie pas de mettre en avant qu’il est le dernier fabricant de bérets français. Tout un symbole ! Et hier encore, il énumérait les armées qu’il fournit, de la France à l’Espagne en passant par la Hollande ou la Pologne…
Certes, et la nouvelle avait largement été relayée dans la presse début 2011, Pierre Lemoine croyait avoir décroché le Graal avec une homologation de l’Otan pour ses bérets afin de coiffer bien des dizaines de militaires européens, voire au-delà.
Oloron… ou l’Espagne
À l’entendre encore aujourd’hui, les marchés sont là, mais il lui manque la trésorerie pour joindre les deux bouts. Les salariés, de leur côté, se montrent de plus en plus dubitatifs. « Il parle de carnets de commandes pleins, mais nous, nous ne voyons rien venir. On nous demande parfois de fabriquer 2 000 pièces au jour le jour et c’est tout », dit un salarié, qui raconte que, les dernières séries de laine de Mazamet nécessaires à la fabrication des bérets, « nous sommes allés les chercher en voiture ».
Les mêmes n’ignorent pas qu’en 2011 une partie de la fabrication des bérets a été assurée de l’autre côté des Pyrénées, en Aragon. À l’époque, le PDG accusait les banques de ne pas le suivre suffisamment, estimant qu’il gênait à Oloron pour cause de projet immobilier sur le site de Béatex. Aujourd’hui, quand on l’interroge sur ces marchés prometteurs et la réticence des banques, c’est son avocat, Me Lefebvre, qui répond. « On sait que les banques elles-mêmes ont des difficultés de trésorerie en ce moment », déclare-t-il pour relativiser.
Reste à savoir qui voudra investir dans l’avenir des bérets d’Oloron, les derniers « made in France », comme il convient de le rappeler à chaque fois.
 

A propos kozett

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