Le pessimisme d’un militant UMP – La stratégie du vide

Le Monde blog – 04/01/2012 par Françoise Fressoz journaliste

Le syndrome Giscard

Appelons le « Philippe » pour ne pas le gêner. « Philippe » est un bénévole UMP qui connaît la maison comme sa poche. Il a côtoyé le « grand Jacques » et le « petit Nicolas ». Il en est à sa septième campagne présidentielle et ce qu’il sent dans ses déplacements en province ne lui dit rien qui vaille. « Que voulez-vous madame, ils n’en veulent plus ! », s’exclame-t-il quand on l’interroge sur les raisons de son pessimisme.
Le rejet personnel dont souffre Nicolas Sarkozy, sa cote de popularité historiquement basse pour un président sortant – 38 % en décembre 2011, selon une étude de l’institut CSA pour Les Echos –, est un sujet complètement tabou à droite. Il a en revanche été parfaitement intégré par ses adversaires. A commencer par François Hollande qui, depuis deux ans, ne cesse de comparer la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy à celle du septennat de Valéry Giscard d’Estaing.
« Comme VGE, Nicolas Sarkozy a été élu sur une espérance réformatrice mais s’est crispé sur des mesures d’austérité et une politique conservatrice », observait l’ancien premier secrétaire du PS en janvier 2010. « Sarkozy est dans la situation de Giscard avant 1981 », répétait encore le candidat socialiste en novembre, en évoquant « la crise dans laquelle s’enfonce la France et les affaires qui discréditent le pouvoir en place ».
« Je parle aux Français, je suis convaincant mais ils ne m’entendent plus », avait déploré  Valéry Giscard d’Estaing au début de l’année 1981, avant de se lancer dans la bataille électorale. Le même syndrome guette Nicolas Sarkozy, dont l’activisme cet automne se paie de peu résultats. Le président sortant souffre d’avoir trop promis et beaucoup bousculé, y compris son propre camp. On lui reproche son style autant que son bilan. La gauche veut le pousser dehors, une partie de la droite s’en méfie. Le désamour qu’il subit, conjugué aux difficultés économiques, pousse ses adversaires à mener une campagne très  particulière, une campagne à l’économie, où il s’agit moins d’avancer des propositions concrètes que d’affirmer un style et des valeurs.
François Hollande invoque « la vérité, la volonté, la justice, l’espérance » ; François Bayrou  veut incarner « la politique honnête » et « la fierté nationale ». Tant qu’ils pourront tenir sur cette ligne, ils tiendront car ils sont conscients l’un et l’autre qu’il n’y a rien à promettre.  Face à cette stratégie du vide, Nicolas Sarkozy joue le contraste, l’action jusqu’au bout avec son projet de TVA sociale, qu’il a ressorti du chapeau lors de ses vœux aux Français et qu’il veut faire adopter au forceps avant son élection. C’est son ultime prise de risque, conforme au personnage.

 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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