L’année du désastre imminent

Le Canard Enchaîné du mercredi 4 janvier 2012 – Jean-Luc Porquet
 Cette année, ça ne va pas cesser d’ «immimer ». Plus encore que l’année dernière, la catastrophe ne va pas cesser de nous pendre au nez ! Tous les jours on nous tiendra en haleine : le AAA va-t-il passer la nuit ? Les agences de notation ont-elles froncé le sourcil ? L’euro tiendra-t-il jusqu’à demain matin ? L’Europe va-t-elle exploser en vol dans cinq minutes ? Et la dette, mon bon monsieur, qu’est si grave ? Et l’Iran qui se nucléarise ! Etc…

C’en est troublant : ceux qui se moquaient des écolos pour leur penchant préféré à prédire l’apocalypse se sont tous transformés en écumants prophètes Philippulus. Ce qui est le meilleur moyen pour nous tétaniser : quand le désastre immine, on ne réfléchit plus, on stocke du sucre et on se planque à la cave, non ?
Surtout que Sarkozy en rajoute. Les abominables fraudeurs-profiteurs-glandeurs ! Les étrangers malpolis qui nous parasitent ! Les écolos irresponsables qui veulent le retour à la bougie ! Les grévistes qui prennent le bon peuple en otage ! Le PS qui ne veut pas signer la règle d’or ! La racaille, les récidivistes, les voyous ! Manquerait plus qu’une ou deux émeutes par là-dessus… 2012, année électorale, ressemblera donc furieusement à 2007, en pire : ce sera l’année sécuritaire de tous les boucs émissaires.
Ce sera aussi l’année de toutes les poudres aux yeux. On va, notamment, nous mitrailler de chiffres. Normal, certes, dans un monde dominé par la finance, le commerce et la technologie, qui ne sait plus raisonner que calculette à la main. Déjà, chaque jour, on nous inonde de pourcentages, de taux, de milliards d’euros à rembourser.
Vous souvenez-vous du chiffrage des programmes des candidats en 2007 ? L’idée était de désigner le moins coûteux, donc prétendument le meilleur : une idée de comptable pur sucre. Et c’était évidemment celui de Sarkozy qui avait été jugé le plus solide. Bilan : un déficit mahousse, une dette record, un chômage historique et un chiffrage explosé. Cela n’empêche pas nos joyeux comptables de remettre ça : ce n’est pas moins de quatre instituts der sondages autoproclamés qui vont, pour la présidentielle, se lancer dans l’aventure. On en rigole déjà : « Ainsi pour la création de 60 000 postes dans l’Education nationale qu’il a proposé en septembre, François Hollande avançait le chiffre de 2,5 milliards d’euros. L’Institut Montaigne, 1,9 milliards, l’Ifrap 9 milliards, et la ministre du Budget, Valérie Pécresse, 100 milliards. Aucun de ces chiffres n’était faux puisque tous les raisonnements à l’appui étaient justes. (Le Monde 1/12). » Bon gag.
Voilà, ils vont se lancer des chiffres à la tête jusqu’à l’écœurement. Une vraie bataille de chiffonniers. « On va aboutir, par la terreur des chiffres, à faire en sorte que l’élection présidentielle soit sans enjeu », note l’économiste Jean-Paul Fitoussi.
Va falloir tenir bon. Bonne année !

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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