Education Nationale : ce radoteur de l’Elysée…

Charlie Hebdo du mercredi  11 janvier 2012
Voilà déjà plusieurs semaines que les commentateurs politiques qui ont du temps à perdre, s’interrogent sur le moment que choisira le président de la République pour se déclarer officiellement candidat à sa réélection. Le plus tard sera le mieux, car tout porte à croire que sa campagne sera d’un pesant ennui. On peut  certes lui faire confiance, ainsi qu’à, sa meute de pitbulls, pour multiplier les polémiques. Mais, sur le  fond, nous n’aurons droit qu’à une rediffusion de ce que le candidat Sarkozy proposait déjà en 2007.
Prenons, par exemple, son programme pour l’éducation. Il nous en a donné un rapide aperçu la semaine dernière, lors de ses vœux aux acteurs de l’enseignement et de la recherche, parqués pour l’occasion dans le site du Futuroscope en attendant d’être pour de bon expédiés sur la lune dans la fusée Jules Verne.
Avec des accents presque « villepiniens », sa chevelure crantée offerte au vent du Poitou, Nicolas Sarkozy s’est enflammé sur l’éducation, qui, à ses yeux, constitue « pour la France un formidable moyen de reprendre son destin en mains ». Le destin, la France… Nous voilà fixés ! Les élèves sauront qui est Jeanne d’Arc. Pour la princesse de Clèves, en revanche, ce sera plus compliqué.
Une fois mis de côté les fondamentaux du modèle libéral d’instruction obligatoire, à savoir l’autonomie des établissements – autrement dit le désengagement de l’Etat -, la professionnalisation des parcours scolaires dès la quatrième – en attendant l’installation d’ateliers de confection textile en petite section de maternelle – et l’évaluation des professeurs par les chefs d’établissement transformés en gestionnaires de stocks humains, la vision sarkozyste de l’école française de demain tient en une formule : « redéfinition du métier d’enseignant ». Perspective qui laisse songeur quand on voit comment il a lui-même redéfini le métier de président…  
Résumons. Après le dynamitage de la carte scolaire qui a contribué à renforcer les inégalités, après la suppression de 70 000 postes d’enseignants que les rectorats sont désormais obligés d’aller recruter au boncoin.fr, après la réforme de la formation des maîtres qui a réussi l’exploit d’envoyer au casse-pipe des étudiants encore moins préparés qu’avant, voilà que, maintenant, Sarkozy veut « redéfinir » le métier. Histoire, sans doute, de décourager définitivement les ultimes vocations – rappelons qu’au dernier concours du CAPES, dans certaines académies et pour certaines matières, il y avait plus de postes à pourvoir que de postulants…
En quoi consiste au juste cette « redéfinition » révolutionnaire sur laquelle reposera l’éducation des générations futures ? Rien de bien sorcier : il faut que les profs « acceptent de nouvelles manières de travailler, d’être plus présents dans les établissements […] Mais en  contrepartie, leur rémunération devra être considérablement augmentée ». Bref, revoilà le « travailler plus pour gagner plus ». Programme d’autant plus réchauffé qu’en 2007, dans sa Lettre aux éducateurs, Sarkozy promettait déjà une mirifique augmentation de traitement aux professeurs. Ils l’attendent toujours, tout comme ils attendront celle-ci.
« Il y a un beau débat qui s’ouvre sur l’Education nationale dans notre pays ». Ca c’est François Hollande qui le dit. Il est optimiste.
Pour l’Education comme pour le reste, il ne faut attendre aucune nouveauté du candidat-président. Il nous resservira es même salades et les mêmes formules chocs, simplement repeintes aux couleurs de la crise, c’est-à-dire avec un peu moins de bling-bling et beaucoup plus de nationalisme. Et s’il est réélu, Sarkozy ne fera rien d’autre – ce qui ne veut pas forcément dire rien de pire… – que ce qu’il a  fait depuis cinq ans. La seule variante, c’est que, ce coup ci, les ministres d’ouverture seront du Front national.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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