Police en France – Une nouvelle affaire vient nourrir le soupçon sur l’impartialité des autorités policières de ce pays

Editorial du « Monde » 12.01.12

Police des polices : opacité et impunité

Ya-t-il quelque chose de pourri au royaume de Sarkozy ? Y a-t-il quelque chose de profondément contraire aux lois élémentaires de la vérité et de la justice, dans cette « République irréprochable » que le chef de l’Etat appelait de ses voeux, il y a cinq ans presque jour pour jour, dans son discours fondateur de candidat ? Depuis des mois, hélas !, on est obligé de poser ces questions.
Hier, le 17 octobre 2011, c’était le directeur central du renseignement intérieur, Bernard Squarcini, qui était mis en examen pour avoir fait surveiller un journaliste du Monde »par un moyen frauduleux, déloyal et illicite », au mépris de la loi sur la protection des sources des journalistes. Mise en examen ne signifie pas culpabilité. Evidemment. Mais fallait-il que les charges soient claires et nettes pour convaincre une juge d’instruction de mettre en cause l’un des plus hauts responsables de la police nationale !
Aujourd’hui, une nouvelle affaire vient nourrir le soupçon sur l’impartialité des autorités policières de ce pays. Selon les informations publiées hier dans ces colonnes, l’Inspection générale des services (IGS), la « police des polices », a sciemment truqué, en 2007, une enquête sur un pseudo-trafic de titres de séjour accordés à des étrangers par des agents du bureau des affaires réservées de la Préfecture de police de Paris.
Au total, quatre fonctionnaires ont été suspendus et poursuivis devant la justice ; leur supérieur, Yannick Blanc, alors directeur de la police générale, a été écarté de ses fonctions par un décret du président de la République, en janvier 2008. Non seulement il était proche de la gauche, mais, en 2006, il avait publiquement contredit le ministre de l’intérieur – Nicolas Sarkozy à l’époque – sur la politique menée en matière de régularisation d’étrangers.
En janvier 2011, la cour d’appel de Paris a totalement innocenté les quatre fonctionnaires poursuivis. Depuis, pas moins de quatre juges instruisent les plaintes qu’ils ont à leur tour déposées. Et mettent au jour les irrégularités – les illégalités – de l’enquête de l’IGS : procès-verbaux modifiés et mensongers, écoutes téléphoniques caviardées, signatures fallacieuses, expertises pour le moins orientées… Au point d’avoir déjà jugé nécessaire d’entendre le préfet de police de Paris et le patron de l’IGS.
Eléments d’enquête « tronqués », s’est insurgé, hier, le ministre de l’intérieur, Claude Guéant, alors directeur du cabinet de M. Sarkozy place Beauvau. Pour l’heure, c’est cette enquête de l’IGS qui apparaît non seulement tronquée, mais truquée. Sans que le ministre juge utile, à tout le moins, d’ouvrir une enquête administrative sur cette affaire. Sans qu’il juge évident de réintégrer les fonctionnaires, dont trois d’entre eux sont toujours suspendus un an après le non-lieu dont ils ont bénéficié.
« Si l’Etat veut être respecté, il doit être respectable », assurait Nicolas Sarkozy le 14 janvier 2007. Il n’avait que trop raison. Cela suppose de ne pas couvrir de détestables affaires qui gangrènent l’autorité publique, dans l’opacité et l’impunité.
dessin Le Placide

http://www.leplacide.com/archive.php

 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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