De plus en plus de labels, de moins en moins de librairies ?

Localtis.info – 17 janvier – Jean-Noël Escudié  

Frédéric Mitterrand a annoncé le 13 janvier l’attribution du label de « librairie de référence » à 24 nouveaux établissements. Créé dans le prolongement du rapport d’Antoine Gallimard sur la librairie indépendante en 2007, ce label a été mis en place par un décret du 8 avril 2009 (voir notre article ci-contre du 16 avril 2009). Le dispositif a été amendé par un récent décret du 25 août 2011 (voir notre article ci-contre du même jour) qui ajoute au label initial – « librairie indépendante de référence » (LIR) – un nouveau label « librairie de référence » (LR) permettant de distinguer également les librairies en réseau (Fontaine, L’Arbre à Livres…) qui effectuent néanmoins un travail de qualité en faveur de la lecture. Ces deux labels sont attribués pour une durée de trois ans par le ministre de la Culture sur proposition du président du Centre national du livre (CNL) et après délibération d’une commission rassemblant des professionnels du livre et des représentants de l’Etat et des collectivités territoriales. La présence de ces dernières s’explique par le fait qu’elles assument la réalité de l’aide financière aux librairies. Les établissements distingués peuvent en effet bénéficier, après délibération de la collectivité concernée, d’une exonération des cotisations composant la contribution économique territoriale (l’ex-taxe professionnelle). Avec les 24 nominations du 13 janvier, la France compte désormais 538 librairies de référence LIR ou LR.

Si l’on ne peut qu’adhérer à un dispositif qui « vise à maintenir un réseau de librairies de qualité dense et diversifié dans le centre des grandes villes comme dans les zones rurales, ou encore dans les petites et moyennes communes », la question se pose aujourd’hui de savoir s’il restera encore des librairies à distinguer. Plusieurs affaires récentes ne laissent pas d’inquiéter sur l’avenir de ce secteur, face notamment au développement des libraires en ligne et à la hausse de l’immobilier. A Toulouse, par exemple, la librairie Castéla – une institution emblématique de 1.800 m2 et 30 salariés, fondée en 1917 et installée place du Capitole – va sans doute disparaître définitivement en février (après avoir fermé ses portes en décembre), évincée par son propriétaire au profit probable d’une agence d’un grand opérateur de téléphonie mobile.
20 fermetures de librairies sur le territoire
La situation n’est pas meilleure à Paris. Après les fermetures de la tout aussi emblématique librairie des PUF (Presses universitaires de France) place de la Sorbonne – remplacée par un magasin de vêtements – et la liquidation de la librairie anglo-saxonne Brentano’s – incapable de faire face à la hausse brutale de son loyer imposée par son propriétaire, une grande banque nationale -, le journal Le Figaro relate, dans son édition du 13 janvier, la mésaventure identique d’une petite librairie du 12e arrondissement, sauvée de justesse par l’intervention d’un généreux mécène. Pour sa part, Marseille a connu neuf fermetures de librairies depuis 2004. Au plan national, le journal professionnel Livres hebdo annonçait, en mars dernier, la fermeture de 20 librairies sur tout le territoire.
Face à ces menaces ou à ces disparitions, les villes sont plutôt désarmées. Dans un premier temps, interrogée par la Dépêche du Midi en novembre dernier, l’adjointe au maire de Toulouse chargée du commerce et de l’artisanat avait indiqué que « hélas, la ville n’a pas de moyen d’action dans cette affaire, puisqu’il n’y a pas de transaction immobilière diffusée publiquement. En clair, la mairie ne peut pas préempter ce bâtiment et appliquer les règles du périmètre de sauvegarde que nous avons déterminé en centre-ville ». Face aux réactions indignées des Toulousains, Pierre Cohen, le maire de Toulouse, a toutefois rectifié le tir, mais sans pouvoir promettre grand chose de concret faute de leviers juridiques. Intervenant au début du mois de janvier devant la communauté urbaine, il a néanmoins indiqué qu' »on fera tout pour éviter qu’un certain type de commerces s’installe place du Capitole ». Dernière précision : la librairie Castéla était titulaire du label LIR…

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans Culture, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.