Livre – Mélanie Delattre : « Un quinquennat à 500 milliards »

France Info 20 janvier 2012 – Interwiev
« Un quinquennat à 500 milliards »
Mélanie Delattre, Emmanuel Lévy Date de Parution : 18/01/2012 – Collection : Documents – Prix public TTC : 19,00 € – Code ISBN / EAN : 9782755505870 / hachette : 4206280 – Format (135 x 215) – Nombre de pages : 378
Il s’était présenté comme le candidat de l’« État modeste », l’homme qui allait faire baisser les impôts des Français et gérer nos finances en bon père de famille. En janvier 2007, l’estimation la plus haute de son programme excédait à peine les 50 milliards d’euros. Cinq ans plus tard, alors que Nicolas Sarkozy remet son mandat en jeu, l’heure du bilan a sonné.

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Jean Leymarie : En ce moment, on nous parle beaucoup de la dette publique de la France, dette qui est très élevée : plus de 1 700 milliards d’euros. Nous allons essayez de comprendre ensemble comment nous en sommes arrivés là.
Bonjour Mélanie Delattre.  Vous publiez avec Emmanuel Lévy « Un quinquennat à 500 milliards » édité chez Mille et une nuits. Vous avez regardé des chiffres précis, alors ma première question sera simple : sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, de combien la dette publique a t- elle augmenté ?
Mélanie Delattre : Pendant ces cinq ans, la dette a augmenté au total, d’un peu plus de 600 milliards, 630 exactement. Le président a beaucoup dit que cette dette pharamineuse était de la faute de la crise, mais en fait, en regardant bien, la crise coûte 100 milliards sur les 630 au total. Dont reste le solde, plus de 500 milliards imputables au président Sarkozy. Là, on peut détailler en deux volets …
J. L. : et on va le faire, mais avant dites nous comment vous avez travaillé, car des batailles de chiffres, il y en a sans arrêt. D’où viennent ces chiffres ?  
M. D. : Nous avons fait une très longue enquête de neuf mois et nous nous sommes plongés dans des rapports fastidieux, car quasiment tous nos chiffres sont publics. Ce sont les rapports de la Cour des comptes, ceux de la commission du Sénat, de l’Assemblée… Ensuite, pour mieux connaître les évènements qu’il y avait derrière les choix politiques, on a nourri cela avec des entretiens des députés, des gens de l’Elysée, des économistes afin de comprendre comment on en est arrivé là.
J. L. : Donc, au-delà des invectives et des batailles entre la droite et la gauche, nous sommes dans les faits avérés !
M. D. : Oui car ce n’était pas du tout une démarche polémique. Nous voulions dire aux français ce qui s’était passé durant ce quinquennat et quel bilan en retirer.
J. L. : Donc, d’après vos calculs, une perte de plus de 500 milliards à cause des choix politiques ? Seulement les choix de Nicolas Sarkozy ou aussi ceux des dirigeants précédents ?
M. D. : C’est vrai qu’il peut y avoir un petit débat car nous imputons à Nicolas Sarkozy la non correction des choix du passé. Pourquoi ?  Parce que c’était le président déclaré de la rupture. Donc, dans un bilan de rupture il ne peut pas s’affranchir des erreurs du passé, s’il ne fait rien pour les  modifier. Ce n’est donc pas un président de rupture et ensuite, lui-même aggrave la situation de 150 milliards par ses choix personnels, ce qui est énorme.
J. L. : Les choix du passé, c’est de la dette qui vient s’ajouter au présent ?
M. D. : Par exemple, on a une TVA à 5,5%  sur les travaux que l’on fait chez soi, si Sarkozy avait décidé de la remonter à 8, tout de suite cela réduite le déficit. En revanche, quand il décide de réduire la TVA restauration à 5,5 c’est son choix à lui et cela aggrave le déficit puisque l’on perd des recettes.
 J. L. : Et donc l’aggravation que vous imputez au chef de l’Etat c’est combien ?
M. D. : C’est 150 milliards si on ne prend que ce qui lui est directement imputable.
J. L. : Ce sont des sommes considérables ! La dedans, qu’est ce qui coûte cher et comment en arrive t-on à cette montagne de dettes ?
M. D. : Les grandes masses sont constituées de cadeaux fiscaux aux personnes. Il y a eu le bouclier fiscal dont on a beaucoup entendu parler mais qui fait 3 milliards. Mais si on prend tout TEPA (le « paquet fiscal » – grande loi votée en 2007 qui devait relancer l’économie et la croissance et qui s’est avérée complètement inappropriée …) au lieu, par exemple, de renoncer aux 35 heures comme il en avait parlé, il a fait une grande réforme sur la défiscalisation des heures supplémentaires. Cela coûte 10 milliards d’exonération ce qui est considérable. Souvent plutôt que de faire des réformes « cash », Sarkozy a choisi de biaiser avec des exonérations ponctuelles. C’est cela qui coûte cher, de ne pas choisir une voie de réforme extrêmement claire et de s’y tenir pendant tout le mandat au lieu d’un continuel va et vient.
J. L. : Le paquet fiscal dont vous avez commencé à parler c’est combien en tout ?
M. D. : 50 milliards en tout. Déjà on est dans de très grosses masses d’argent.
J. L. : Qu’est-ce qui coûte cher encore ?
M. D. : On a aussi eu les cadeaux aux entreprises. Par exemple, la réforme de la taxe professionnelle qui devait aider les entreprises à moins délocaliser : 20 milliards ! Cela pouvait être une mesure utile pour soutenir les entreprises mais elle a été très mal exécutée. Nicolas Sarkozy fait son annonce sans avoir préparé la réforme, les boulons ne sont pas serrés derrière et cela coûte une fortune. Il n’a pas de solutions pour les collectivités locales qui ont besoin d’argent et se mettent à réclamer dans l’urgence et au final cela coûte très cher.  
J. L. : vous avez regardé la composition de cette dette dans les détails, est-ce que vous avez eu des surprises ?
M. D. : C’est plutôt dans les petites dépenses, mais qui, cumulées deviennent de grosses sommes. Par exemple, on a pour 40 millions le fait de rendre gratuit les lycées pour les français de l’étranger. On peut se demander si cela avait un  intérêt économique d’aider ces gens qui le sont déjà par leurs entreprises.
J. L. : Vous avez aussi trouvé quelques dépenses plus exotiques ? L’achat d’une salle de spectacle, par exemple ?
M. D. C’est un cadeau aux amis de Sarkozy, ou on se rend compte que pour faire plaisir au frère de Cécilia, ou à un chef d’orchestre, l’Etat rachète la salle Pleyel. On a à la fois de très grandes masses monétaires et puis beaucoup de petites lignes de budget, millions par ci et millions par là qui, à la fin misent bout à bout  finissent par faire ce chiffre incroyable de 300 milliards.
J. L. : Le mot « rigueur » est maintenant officiellement annoncé, est-ce que vous y croyez après votre longue enquête ?
M. D. On a souvent vu Nicolas Sarkozy  hésiter entre la relance, la rigueur, c’est à la fois Zorro, c’est à la fois Thatcher, donc c’est difficile d’y croire tellement il a été mouvant dans ses choix. Et on se dit : est-ce que la prochaine fois il va tenir un cap, proposer une ligne et chiffrer son mandat avant de se lancer dans la campagne.

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