neuf-quinze : Impressions en rafales

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Impressions et souvenirs en rafales
09h15 – Enfin vendus, ces avions de chasse ! Enfin fourgués à l’Inde (disons, presque (1)). Cocorico ! De tous côtés, ça exulte. Sur France Inter, le chroniqueur économique Philippe Lefébure se félicite: c’est une bonne chose, explique-t-il, d’abord (petit un) pour Dassault, qui cessera d’être victime de « railleries », ensuite (petit deux) pour la France qui exporte sa haute technologie, et enfin (petit trois) pour l’emploi. C’est ce classement, qui en dit long sur le tropisme des journalistes économiques. Au premier rang, ils voient l’entreprise, son patron, et l’ego de son patron. En deuxième, la politique. Et sur la troisième marche du podium, médaille de bronze, assez loin derrière, le social. Vous me direz que je suis dur pour Lefébure, qui n’est pas le pire journaliste économique, loin de là, et souvent très intéressant; vous me direz qu’il a troussé son papier en dix minutes, aux petites heures de la matinée, sans réfléchir particulièrement à ce classement; vous me direz que j’encje cherche la petite bête. Mais c’est justement parce que ce classement n’a pas été mûrement réfléchi, parce qu’il lui est venu spontanément à l’esprit, qu’il est significatif d’une hiérarchie implicite, et qu’il trahit une représentation inconsciente du monde, dans laquelle les usines et les bleus de travail sont loin derrière.
On ne saurait faire ce reproche à Mélenchon, invité de la Matinale, à qui Patrick Cohen pose d’emblée la question: « peut-on être favorable au désarmement, et se féliciter de la vente d’avions de chasse ? » Et Mélenchon de ressortir tel quel le vieil argumentaire communiste, rodé par des décennies de défense des usines d’armement tricolores: que les Russes et les Américains commencent à désarmer, et après on en reparlera. La France, elle, n’agresse personne ! (C’est bien connu, en effet, elle ne fait la guerre ni en Afghanistan, ni en Côte d’Ivoire, ni en Libye).
S’ensuit, entre Cohen et son invité, un assez long échange sur la sympathie personnelle entre Mélenchon et Serge Dassault. Cette sympathie vient d’être révélée par une biographie de Mélenchon (2). C’est notamment elle, cette sympathie, qui a poussé Mélenchon à s’abstenir, lors d’un vote au Sénat sur le point de savoir si le mandat de sénateur était compatible avec le statut d’industriel dépendant des commandes de l’Etat. Sur les raisons de cette abstention, Mélenchon, d’habitude si clair sur d’autres sujets, s’embrouille légèrement, sans que l’on comprenne bien s’il est favorable à l’incompatibilité tout en y étant opposé, ou l’inverse. Ces sinuosités laisseront sans doute perplexes les jeunes matinautes. Mais elles rappelleront aux plus anciens la trouble inclination que nourrissaient les uns pour les autres, tout au long de la guerre froide, gaullistes et communistes, meilleurs ennemis réciproques, sur fond de nationalisme farouche et d’anti-atlantisme. Les vieilles lignes de front ont la vie dure.
 (1) http://www.arretsurimages.net/vite-dit.php#13022
(2) http://gauche.blog.lemonde.fr/2012/01/23/ladmiration-de-melenchon-pour-dassault-ce-grand-industriel/
Daniel Schneidermann
  

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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