Les vœux du président sont hors de prix.

Le Canard Enchaîné du 1er février 2012- Didier Hassoux
6,5 millions d’euros ! C’est le coût estimé des onze cérémonies « décentralisées ». Jamais le chef de l’Etat ne s’était autant dépensé en janvier.
De Metz à Lanvéoc, de Lille à Marseille en passant par Cayenne, tout au long du mois de janvier, Sarkozy a pris son bâton de pèlerin de la bonne année. L’Elysée a organisé pas moins de onze cérémonies de vœux « décentralisés ». Sans compter les deux prestations télévisées des 1er et 29 janvier ni les cinq sauteries organisées au Château, où le Président a reçu successivement les parlementaires, les magistrats, les représentants des religions, on en oublie…
En province, il y en a eu pour tout le monde : enseignants, soldats, flics, pompiers, personnels soignants, paysans, chefs d’entreprise… et même les fans de Jeanne d’Arc ! Sarko ne s’était jamais au tant démené pour souhaiter une « bonne année » à ses « chers compatriotes ». On se demande bien pourquoi.
Officiellement, c’est le Président qui se déplaçait. Pas le « candidat présumé ». Même lorsqu’il moque les propositions de ses adversaires, où qu’il en tance un autre ? Quand le Conseil constitutionnel devra vérifier les comptes de campagne du candidat Sarkozy, il risque donc de souffrir. Mais, bon prince, Le Canard a décidé de l’aider en évaluant la facture de l’édition 2012 des vœux présidentiels. Bilan comptable : pas moins de 6,5 millions d’euros.
Petits fours et grands gouffres
C’est la quatrième année consécutive que Sarkozy « décentralise » ses vœux. Selon les rapports parlementaires consacrés à la gestion de l’Elysée, en 2009, il s’était déplacé à 5 reprises. Coût moyen de ces prestations hors transport : 17 000 euros. En 2010 la facture grimpe à 45 000 euros la cérémonie, toujours sans les déplacements. Les chiffres de l’édition 2011 ne sont pas officiels. Estimation prudente : le montant des amuse-gueules et du vin millésimé 2012 doit avoisiner les 50 000 euros par sauterie. Soir déjà 550 000 euros.
Manque, évidemment, le coût de chacun des déplacements – la plupart du temps aériens – du chef de l’Etat, de ses troupes, voire des journalistes qui les accompagnent. Manque aussi le montant des moyens humains et des matériels déployés pour chaque voyage.
Pour dix de ses allers et retours en province, Sarkozy a utilisé un Falcon 7X. Soit une vingtaine d’heures de vol au tarif unitaire de 5 000 euros (prix d’ami du ministère de la Défense). Pour se rendre en Guyane, il est monté à bord de son Airbus A330, les fameux « Air Sarko One ». Une quinzaine d’heures de vol facturées 20 000 euros l’unité. Le montant total des déplacements atteint donc 400 000 euros. Un chiffre qu’il faut au moins doubler si l’on ajoute le coût du « Spare » (l’avion de secours) et du zinc réservé à la piétaille : journalistes, conseillers présidentiels, ministériels et autres services de sécurité. Soit 800 000 euros. Une somme proche des estimations de la Cour de comptes. Les augustes magistrats de la Cour assurent que le coût moyen de la moindre balade élyséenne dans l’Hexagone dépasse les 90 000 euros, uniquement pour le transport.
Grâce aux 608 questions écrites posées au gouvernement et aux 449 réponses obtenues, le député (apparenté PS) René Dosière dispose d’une mine d’informations qu’il dévoile dans son livre « L’argent de l’Etat : un député mène l’enquête » (voir notre article à ce sujet). Il a ainsi établi le  coût du déploiement des forces de sécurité lors des déplacements élyséens. Pour quelques instants passés par Sarkozy sur le terrain, flics et gendarmes sont mobilisés une douzaine d’heures. En général, ils sont un millier à assurer la sécurité du chef de l’Etat et de sa cour. Soit 450 000 euros la prestation des pandores. Et donc, 4,9 millions pour onze cérémonies de vœux. A ce prix là, espérons que tous c ses vœux seront exaucés.
Et, puisque Sarkozy trouve que tout est mieux en Allemagne, il pourrait s’inspirer de l’exemple d’Angela Merkel. Quand la chancelière embarque son époux lors d’un déplacement officiel, celui-ci paie sa place au tarif d’un billet de 1ere classe.
La classe, non ?
 
Des ex bien choyées…
Même battu à la présidentielle, Sarkozy aura son confort assuré. C’est ce que précise la fameuse circulaire Fabius de 1985, pour la première fois publiée intégralement dans les annexes du bouquin du député René Dosière. Les ex-présidents bénéficient d’un appartement et d’un véhicule de fonction. Outre les deux fonctionnaires de police attachés en permanence à sa protection, l’Etat met à la disposition du retraité pas moins de six collaborateurs. Son conjoint à même droit à un(e) secrétaire.
Le couple présidentiel bénéficie de la gratuité de ses déplacements sur « l’ensemble des réseaux publics, ferroviaires et maritimes et dans la meilleure classe ». Affaires ?

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