Logement – Annonce présidentielle – Un effet d’aubaine pour les promoteurs; une manière de compenser la disparition de la loi Scellier : le lapin sorti du chapeau

  Nouvel Obs  01-02-2012
 Par Patrick Doutreligne Fondation Abbé Pierre
Sarkozy et le logement : son constat est le bon mais sa solution est vaine
 Alors que la Fondation Abbé Pierre publie ce mercredi son 17ème rapport sur le mal-logement en France, son délégué général, Patrick Doutreligne, revient sur la proposition annoncée dimanche par Nicolas Sarkozy de relever le « droit à construire » de 30%. Une mesure qu’il juge insuffisante.
 Le relèvement du « droit à construire » de 30%, annoncé dimanche 29 janvier par le président de la République, ne suffira pas à mettre fin à la pénurie de logements qui touche notre pays.
  La France se doit de construire chaque année 350.000 nouveaux logements pour répondre aux besoins des nouveaux ménages. Il manque déjà aujourd’hui 800.000 à 900.000 logements en France. Pour résoudre cette crise, nous avons donc besoin d’un plan massif de construction et non d’une mesure homéopathique.
 Favoriser la construction de logements supplémentaires au cours des trois prochaines années en relevant de 30% les droits à construire sur les habitations ne suffira pas à résoudre cette situation désastreuse. La mesure annoncée par Nicolas Sarkozy aura autant d’impact qu’un pansement sur une blessure importante…
  Un effet d’aubaine pour les promoteurs
  Le constat du président est le bon. La crise du logement que connait notre pays provient du profond déséquilibre entre l’offre et la demande. Mais relever ce « droit à construire » est insuffisant puisqu’il conduira tout au plus à la création de 10.000 à 20.000 logements supplémentaires. Bien loin des besoins indispensables au delà des 350.000 nécessaires chaque année. Ces quelques constructions ne suffiront pas non plus à elles seules à faire baisser les prix du marché. Un impact d’autant plus limité qu’il existe déjà une dérogation sur le « droit à construire » de 20% pour le logement social.
  Cette mesure est donc insuffisante.
 Ses maigres effets se feront sentir uniquement à moyen et long terme car pour la mettre en place, les communes vont devoir modifier leur plan d’urbanisme. Cela prendra au moins un an. Il faudra ensuite encore trois ou quatre ans pour que les travaux aboutissent. Un étalement trop long dans le temps pour si peu de logements supplémentaires à la clé. Ce dont nous avons réellement besoin, c’est d’un investissement massif dans la création de logements et dans un temps réduit.
  La mesure présentée par le président de la République est un effet d’aubaine pour les promoteurs, confrontés à des obstacles importants en termes de construction et à la suppression de la loi Scellier qui octroyait un avantage fiscal aux investisseurs achetant des logements neufs. Tout indique que cette mesure n’est en fait qu’une manière de compenser la disparition de la loi Scellier. 
  Les promoteurs immobiliers, pourtant relativement critiques eux aussi à l’égard de cette mesure, bénéficient visiblement auprès du président d’une écoute que nous n’avons pas
 

Logement : « Les 30% de Sarkozy ? Un lapin sorti du chapeau ! »

Nouvel Obs  01-02-2012
 Interpellé sur l’annonce du président de la République, le secrétaire d’Etat au Logement a défendu la politique du gouvernement. Reportage au Parc des Expositions.
La proposition de Nicolas Sarkozy d’augmenter de 30% les possibilités de construction en France a occupé une bonne part des échanges de la journée consacrée à l’état du mal-logement en France par la Fondation Abbé Pierre, mercredi 1er février, à l’occasion de la présentation du 17e rapport annuel de l’association.
« Dans quel délai le premier mètre carré va-t-il être construit ? », demande un participant au secrétaire d’Etat au Logement, Benoist Apparu. « On a l’impression qu’il s’agit d’un lapin sorti du chapeau avant les élections alors qu’il existe déjà des lois comme la loi SRU qu’il faudrait commencer par faire appliquer dans toutes les communes », ajoute-t-il. La loi SRU doit obtenir un saut qualitatif et quantitatif, confirme Patrick Doutreligne, délégué général de la Fondation.
Plus dur avec les collectivités qui ne respectent pas la loi SRU
Au sujet de cette loi, Benoist Apparu « partage l’analyse de la Fondation : il faut être plus dur avec les collectivités qui ne respectent pas leurs engagements. « Pour défendre celles qui jouent le jeu, il a pourtant insisté sur le fait qu’il s’agit d’une « bonne loi. La majorité actuelle l’avait critiqué à tort. »
L’importance que prend le logement dans ce début de campagne présidentielle réjouit le secrétaire d’Etat au Logement, « c’est déjà un succès », a-t-il estimé lors de son intervention. S’étonnant des critiques quant à un désengagement du gouvernement, il s’est ensuite empressé de rappeler l’effort de l’Etat en faveur du logement : 42 milliards euros dont 24 milliards pour le logement social.
Benoist Apparu a reconnu des difficultés mais a surtout insisté sur les avancées avec les chiffres de la construction de logements sociaux : 130.000 en 2010, 125.000 en 2011 contre 50.000 par an entre 1978 et 2004, « je prends volontairement une période large, avec des gouvernements de gauche comme de droite. »
Une machine à exclure
« Le logement est devenu une machine à exclure, une machine à augmenter les inégalités », lance Christophe Robert, délégué adjoint de la Fondation, depuis la tribune. « Les politiques doivent intervenir », rappelle-t-il à Benoist Apparu.
Ce dernier a répondu en rappelant l’annonce de Nicolas Sarkozy sur le « fameux 30% » qui doit permettre la production de logements, notamment en Ile de France : « il nous faut nous mobiliser, il faut une mobilisation des fonciers et du foncier public, l’Etat se doit de montrer l’exemple. » Le secrétaire d’Etat défend ainsi la densification des zones construites : « le foncier est une denrée rare et chère, il faut mieux l’utiliser en construisant plus de mètres carrés par mètre carré constructible. »
Pour lui, l’augmentation de 30% de la construction répond aux attentes de la Fondation et place chaque commune face à ses responsabilités : « Avec ces 30% opposables, les collectivités devront assumer le fait qu’elles refusent de s’engager. »
Par Louis Morice Journaliste

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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