Tour de France présidentiel d’un candidat non déclaré : Ne pas laisser aux socialistes le monopole de la dénonciation des abus – Révélations d’Europe 1

Le Monde  03/02/2012

 La visite bien orchestrée de Sarkozy pour revendre sa « France de propriétaires »

Ce sont les visites à la rencontre des Français. Avec des échanges convenus, et leur florilège de petites phrases. Il fait froid ce matin sur ce chantier dans l’Essonne. « Travailler en plein air, ce doit être plus agréable en été qu’en hiver », déclare Nicolas Sarkozy. « Je préfère les journées comme cela que quand il pleut », ajoute le président, qui s’adresse plus tard à un travailleur noir : « Cela change du pays, quand il fait moins 8 ».
Le président continue sa ronde. On lui demande s’il va se présenter. « Candidat ou pas candidat ? Caméra ou pas caméra ? », demande M. Sarkozy, accompagné d’un pool de journalistes. « On se comprend, voilà », explique le chef de l’Etat poursuivant sa comédie. Enfin, il y a la vie de famille, toujours évoquée dans ces séquences de fausse intimité, depuis la naissance de sa fille Giulia. « On ne dort pas beaucoup », explique le président. Un ouvrier souhaite que son fils épouse un jour la fille du président. « C’est une demande en bonne et due forme ? » 
Europe 1 a révélé vendredi 3 février au matin que les ouvriers du chantier, vu le froid, n’aurait jamais dû travailler et sont rentrés chez eux dès la fin de la visite. Une bonne partie d’ailleurs ne travaillent pas d’habitude sur ce chantier : à la demande de l’Elysée, d’autres ouvriers des chantiers voisins, mais aussi des cadres et des fournisseurs étaient venus gonfler les effectifs.
Fin de la séquence relations humaines. Place au meeting de campagne dans le théâtre de Longjumeau, la ville de Nathalie Kosciusko-Morizet. La ministre de l’environnement est là, avec tous les élus de l’Essonne, dont Serge Dassault, maire invalidé de Corbeil-Essonne, et l’ancien ministre de la fonction publique et député de l’Essonne Georges Tron, mis en examen pour agression sexuelle. Le sujet, c’est le logement. Nicolas Sarkozy avait promis en 2007 une France de propriétaire. Mais la proportion de Français propriétaires croît trop lentement. « A ce rythme là, on n’arrivera pas à faire de la France une France de propriétaires », concède le président. La meilleure défense, c’est l’attaque. Il vante donc les logements sociaux construits, deux fois plus nombreux que sous Lionel Jospin. « Il ne suffit pas de se dire social pour faire du social », accuse M. Sarkozy.
Ne pas laisser aux socialistes le monopole de la dénonciation des abus
Sur le fond, le chef de l’Etat défend des thèse libérales, refuse de bloquer les loyers. On l’a fait deux fois, après les deux guerres mondiales et cela a conduit à la pénurie de logement. M. Sarkozy fait même le lien entre la loi de 1948 sur les loyers, et l’appel de l’abbé Pierre à l’hiver 1954. Il n’empêche, comme la veille, il ne faut pas laisser aux socialistes le monopole de la dénonciation des abus. La veille, il avait dénoncé les banques devant un public d’entrepreneurs. Là, il critique les loyers excessifs et vante, comme c’est l’usage, les Allemands qui ont « mis en place un système pour bloquer les loyers supérieurs à 20 % à la moyenne ». C’est aussi une proposition socialiste.
Mais, assure le président, pour « passer à vitesse supérieure, il faut massivement développer la construction ». « Je ne suis pas dupe de certaines réactions corporatistes. Cela fait trop longtemps que la France est sous perfusion d’avantages fiscaux. Mon objectif, c’est que les Français puissent se loger pour moins cher, en augmentant l’offre de logement. »
Le candidat de l’UMP note que l’Etat investit 40 milliards d’euro dans la construction : déductibilité des intérêts d’emprunts immobiliers aujourd’hui abandonnée, prêt à taux zéro, loi Scellier, etc. Tout cela n’a conduit qu’à la hausse des prix, y compris sous son quinquennat. « Je ne peux pas l’accepter », assène M. Sarkozy, reprenant une de ses phrases fétiches. Il a trouvé la martingale, faire baisse les prix de l’immobilier. « Il faut mettre les pieds dans le plat : la classe moyenne il y a quarante ans pouvait se payer un logement. » C’est devenu très difficile. « Nous avons décidé de faire baisser les prix », assure M. Sarkozy.
Manhattan, l’Île Saint-Louis, géographie immobilière du président 
Celui qui prônait le développement des crédit hypothécaires rechargeables, c’est à dire augmentés lorsque le prix du bien augmentait, a changé d’avis. « Nous ne devons pas inciter les Français à s’endetter d’avantage. » Il veut donc permettre de construire 30 % de plus sur le foncier. Il se réjouit de ce que les mairies sont assaillies de coups de téléphone pour savoir quand la mesure s’appliquera.
Le chef de l’Etat a un mot à la bouche : « densification ». « Souvent en France, quand on parle densification, on raisonne tours et quartiers épouvantables à vivre. » Nicolas Sarkozy n’est pas de cet avis, qui cite Céline découvrant New York dans Voyage au bout de la nuit : « Chez nous, les villes sont couchées, ici elles sont débout. » Ensuite, il évoque l’Ile Saint-Louis, au cœur de Paris, sans doute l’endroit le plus cher de France, pour expliquer que les rues n’ont que six mètres de large. Manhattan, l’Ile Saint-Louis, voici la géographie immobilière du président devant la population de banlieue parisienne. « Ce qui est laid, ce n’est pas la tour, c’est la tour laide », explique le président qui fustige l’excès de bureaucratie. « Nul n’est censé ignorer la loi : c’est une plaisanterie », explique le président.
Le chef de l’Etat veut aussi favoriser la mobilité des Français « Il faut que nous revoyons notre fiscalité immobilière », assène M. Sarkozy, qui ajoute : « Si un couple déménage, il paie 14 % de frais de mutation et de déménagement » et accuse la ville de Paris de toucher en passant un milliards d’euros par an pour financer des dépenses courantes.
A la fin du meeting, Nicolas Sarkozy pose la question : « Est-ce le rôle du président de la République d’entrer autant dans les détails ? » « Oui », répond-il sans hésiter. Le public convié sur invitation ne se posait pas la question : c’est le candidat qu’elle est venue écouter, en scandant à son arrivée « Nicolas ! Nicolas ! »
 Arnaud Leparmentier

 

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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