Campagne 2012 – Chef d’Etat : Pour la remonter …, le président applique-t-il la méthode d’un certain Potemkine ?

 Nouvel Obs04-02-2012 EXTRAITS  Par Laurent Joffrin Directeur du Nouvel Observateur

 Petitesse et décadence du Sarko-show

 Le président de la république aurait-il embauché dans son équipe de campagne un certain Potemkine ?
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Grigori Potemkine était le favori de l’impératrice de Russie Catherine II. Il n’a pas seulement attaché son nom à un cuirassé immortalisé par Eisenstein. La légende – contestée – veut que ce ministre du début du 18e siècle faisait construire dans les villages traversés par la tzarine des façades de bois pimpantes qui cachaient les baraques délabrées dans lesquelles habitaient les misérables paysans russes. Ainsi Catherine II avait-elle le sentiment que la Sainte Russie était une nation prospère qui faisait le bien du peuple.
Figurants
Cette tactique de communication n’est pas nouvelle en sarkozie. Plusieurs fois, les journalistes s’étaient aperçus qu’une partie des foules enthousiastes qui accueillaient le président lors de ses déplacements étaient en fait composées pour partie de militants de l’UMP convoqués pour faire masse.
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Eléments de langage
Pour la remonter, le président a appliqué cette méthode dont tant de commentateurs nous ont expliqué qu’elle était redoutable, absolument moderne et hyper-professionnelle : saturation des écrans de télévision par une activité incessante ; définition systématique de l’agenda médiatique par le lancement à jet continu d’idées nouvelles, de polémiques inattendues, de décisions spectaculaires et surprenantes ; éléments de langage répétés partout par des ministres ou des députés changés en autant de perroquets cathodiques ; tirs groupés de « snipers » désignés à l’avance et maniant sans vergogne l’outrance la plus impudente, dont Nadine Morano est la plus caricaturale ; formules à l’emporte-pièce qu’on répète inlassablement de discours en discours, comme si le public n’avait aucune mémoire des paroles prononcées et comme si les journalistes ne gardaient aucune trace des discours précédents.
Fin d’une période
Que s’est-il passé pendant ces quatre années ? Rien. Quel a été l’effet de ce déferlement communicationnel ? Nul. La cote de popularité du président n’a jamais bougé. Pire, à force de mises en scène trop visibles et d’exagérations polémiques, la parole présidentielle est aujourd’hui totalement dévaluée. Comme dans un théâtre dont on verrait les coulisses et les cintres, le spectateur ne marche plus. Il va toujours au spectacle mais il sait que c’est chiqué. Trop de com tue la com.
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La politique spectacle arrive à sa limite. Le public préfère une certaine maladresse si elle est gage de sincérité. Les agences de com y perdront du chiffre d’affaires. Mais la démocratie y gagnera peut-être en qualité.
Laurent Joffrin
  Dessin Le Placide

 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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