Malade in France : soigner français ?

Charlie Hebdo du 8 février 2012 – Patrick Pelloux
Je n’arrive pas  savoir si la campagne présidentielle me gonfle ou me titille le neurone. Il y a quelques jours, des candidats se sont penchés sur l’échec  français, la désindustrialisation, découvrant que leurs collègues politiques, sur les conseils d’économistes, avaient fermé des usines. Un peu comme les crétins qui rasent les forêts et s’aperçoivent que les déserts qui en résultent vont les faire crever de chaud et de soif… Il nous a donc été réclamé d’acheter français !

Prenons l’exemple de l’hôpital : pourrions-nous soigner les malades en version made in France ?
Le brave malade a eu une douleur vive et brutale au ventre, comme un volcan en éruption. Sa femme a pris son portable fabriqué en Chine et téléphoné au SAMU. Le permanencier a répondu avec son téléphone fabriqué aussi en Chine et contrôlé son identification sur son ordinateur venu d’Asie. L’alerta a été donnée à l’équipe de secours grâce à des « bipeurs » fabriqués aux Etats-Unis. L’ambulance, fabriquée en France, est arrivée sur place. Sur le brancard importé de Floride, dans un matelas fabriqué en Espagne, le malade est installé avec une couverture de survie venue de Chine.
Arrivé aux urgences, le patient était inquiet. Il était perf usé avec du matériel fabriqué aux Etats-Unis. Du sérum salé coulait dans son sang avec un antalgique. Ces produits sont fabriqués en Allemagne. Sa pression artérielle, sa fréquence cardiaque, et d’autres paramètres sont surveillés par un appareil de très haute technologie, allemand aussi. Tout le matériel jetable, les petites électrodes, les gels, les capteurs, viennent de différents pays d’Europe et de Chine. Il n’y a que les compresses qui viennent de France.
Il faut lui faire un scanner en urgence. Dans un appareil de radiologie fabriqué en Allemagne, nous avons vu, sur les écrans venus du Japon, son infection digestive.

Malades in France
Sur son brancard, fabriqué en Amérique, donc, le malade est transporté dans une chambre. On lui a mis un pyjama en papier venu d’Italie. Seuls les draps du lit semblent être made in France.
Dans les heures qui ont suivi, un chirurgien au narcissisme rayonnant bien de chez nous est venu le voir. Et, très vite, le malade est transporté en direction du bloc, où tout vient des Etats-Unis, sauf la musique que l’équipe écoute en opérant : du Mozart. Dis-moi ce que l’équipe écoute et je te dirais comment ils t’ont opéré.
L’opération a été une réussite et, en  salle de réveil, c’est toute la haute technologie allemande qui l’a surveillé, de l’appareil d’échographie, aux capteurs, en passant par les écrans. Même le « bipé, bipé » a l’accent Allemand. Le « bip » français n’est plus présent en réanimation.
Mais l’état du malade s’est un peu compliqué et il a fallu lui faire une dialyse. Son rien artificiel, c’est une sorte de force multinationale de l’ONU : filtre américain, machine allemande, matériel jetable italien et roumain. Seule l’arrivée d’eau est assurée par un plombier français… La Pologne n’est plus ce qu’elle était.
Le malade s’en est sorti grâce à la compétence, l’empathie et la volonté des équipes soignantes, tous français mais d’origine différente : l’interne est australien, le réanimateur libanais, l’urgentiste tunisien…
Donc, acheter français pour les hôpitaux équivaut à tuer des malades. Ne faites travailler que les personnels de santé aux ADN strictement made in France et les malades seront seuls ! Quant à produire français, de la compresse aux matériels stériles, il faudra attendre pendant des années que les usines compétentes soient reconstruites. Et éviter les escrocs comme le fabriquant de prothèses mammaires PIP.
Soigner avec du matériel acheté en France aujourd’hui ? Bonne Chance !

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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