« C’est la faute à la crise ! » qu’ils nous disent tous…

Altermonde sans frontières – 10 février 2012 –  Bernard Escudero
… Elle a bon dos la crise alors que certains se gavent jusqu’à l’indigestion, la France, n’est-elle pas le pays européen où il y a le plus de millionnaires ?… Il faut se serrer la ceinture, il faut faire des économies, mais quelles économies lorsque l’on n’a plus rien ? Alors on ajoute un cran de plus à la ceinture, mais à force de serrer, c’est l’étranglement qui guette. Un pauvre est mort étranglé dans son HLM… c’est la faute à la crise, il n’arrivait plus à joindre les deux bouts. On pourrait ainsi en rire, mais tout cela ne prête même plus à sourire…
Lorsqu’il y a quelques années en arrière, l’instituteur (et non le professeur des écoles !) nous racontait le Moyen Âge, il nous parlait de seigneurs, de vassaux et de serfs, des serfs opprimés par le seigneur tout puissant, des serfs qui vivaient dans la misère, des serfs qui subissaient l’hallali chaque jour… au fil des siècles, les choses ne se sont pas arrangées, le peuple toujours opprimé, a courbé l’échine sous le joug des plus riches avant que 1789 ne change quelque peu la donne ! Le peuple a fait sa révolution et quelle révolution !… une référence historique qui est restée dans les annales avec son patriotique 14 juillet et sa Déclaration des Droits de L’Homme et du Citoyen, notamment !!! Mais il faudra attendre 1968 et son mois de mai pour voir à nouveau les étudiants descendre dans la rue, les ouvriers se mettre en grève et le pays se paralyser sous les pavés… j’ai 15 ans et ce joli mois de mai s’enflamme, le BEPC n’est pour moi qu’une simple formalité, vidée de sa substance par les évènements. De Gaulle s’en va, la vie reprend et l’air du temps a le goût du renouveau… 42 ans plus tard, tout cela est bien retombé…un peu surannées, les libertés se sont repliées sur elles-mêmes et l’argent du CAC 40 règne en maître, surveillé du coin de l’oeil par toute une flopée d’agences de notation…les triples A vacillent et la pauvreté fait tâche d’huile !!! Alors pourquoi pas 2012 ? 2012, année présidentielle ou année de tous les dangers ! Et si tous les pauvres, les interdits bancaires, les surendettés, les demandeurs d’emploi, les bénéficiaires du RSA, les titulaires du minimum vieillesse descendaient dans la rue pour bousculer le capital, l’UMP shootée à la sarkozette, le CAC 40, les élus cumulards, l’omniprésidence d’un pantin désarticulé, le bling-bling du pouvoir, les salaires pharaoniques de nos chers politiques et autres grands patrons, « le tout pour les riches et rien pour les pauvres », les Bettencourt, les Proglio, les LVMH et autres Servier… Alors faites comme moi, révoltez-vous, ne laissez plus rien passer !
JE SUIS UN SENIOR…
Eh oui, je suis un senior, j’ai 58 ans… pas forcément le bel âge surtout lorsque l’on cherche du travail et que l’expérience ne fait rien à l’affaire ! Car comme le dit Confucius « L’expérience est une lanterne qui est accrochée dans le dos et qui n’éclaire que le chemin déjà parcouru… » Nous sommes ainsi quelques 19 millions avec je vous l’avoue des fortunes diverses. Il y a les seniors actifs, les retraités et les dépendants… Moi, je suis un senior encore dans la « force de l’âge », comme on dit ! Je dois encore travailler ou tout du moins essayer jusqu’à 62 ans, puisque l’âge de la retraite a reculé… mais je crois que j’irai beaucoup plus loin, il me manque encore beaucoup de trimestres pour espérer avoir une petite retraite décente, c’est-à-dire autour des 700 euros ! Cela vous semble peu, mais c’est pourtant une réalité. Il va désormais falloir apprendre à vivre sous le seuil de pauvreté ! Vous êtes-vous posé la question de savoir quelle retraite auront ceux qui démarrent leur vie professionnelle à 25 ans avec de nombreuses années de chômage à la clé ? Mais revenons aux seniors… si comme moi vous vous battez pour retrouver un emploi, vous vous êtes certainement rendu compte qu’être senior, c’est un handicap et j’irai même plus loin, une véritable discrimination ! Un senior reçoit trois fois moins de réponses positives qu’un jeune et sept fois moins, s’il postule pour un poste de cadre ! Édifiant, non ! La France est le mouton noir de l’Europe dans ce domaine et Xavier Bertrand, notre zélé Ministre de l’Emploi, sarkophile convaincu, aura beau s’agiter en niant l’évidence, il ne changera pas la donne… Peu d’entreprises jouent le jeu, elles ne veulent pas s’embarrasser de seniors, ils ne sont pas assez corvéables et leur expérience fait de l’ombre…
Lorsque vous êtes senior et que vous postulez pour un emploi, il vous faut tout d’abord beaucoup de persévérance pour obtenir une réponse, surtout si elle est négative, on ne vous dit rien, on préfère vous oublier, vous éluder. Quant au refus de votre candidature, il n’est jamais justifié, on vous ressert toujours les mêmes vieilles formules éculées « Pour l’heure, les postes correspondant à votre profil sont pourvus. Cependant, nous conservons votre CV et si de nouvelles perspectives se présentent, nous ne manquerons pas de vous en informer… ». Certes cela part d’un bon sentiment, mais ne vous faites pas d’illusion, on ne vous rappellera pas… votre CV va se perdre bêtement !!! C’est vrai, on ne vous dira jamais que vous être trop vieux et que vous avez trop d’expérience, mais certains poussent le vice jusqu’à introduire dans la formulation de leur offre d’emploi, des termes qui ne laissent aucun doute quand à l’âge du futur embauché « Vous intégrerez une équipe jeune et dynamique… » . Ce qui en clair, signifie qu’il n’y a pas de place pour un senior, on le sait, un senior, ce n’est pas dynamique, c’est plan-plan, sans idées, un senior, ce n’est pas « rock’n’roll »… Alors même si les publicitaires toujours en mal de cibles, caressent les seniors (nous sommes quand même 19 millions…) dans le sens du poil, en mettant en avant leur pouvoir d’achat et en « jeunissant leur image », les recruteurs restent toujours accrochés à un certain archaïsme caricatural, pour eux, les seniors c’est verveine et couches Tena !!! Donc il n’y a pas de place pour eux au sein de l’entreprise, ils sont bons pour la voie de garage, voire la casse… ils n’ont même pas droit au marché de l’occasion, ils ne sont plus côté à l’argus…
Je rêve de me retrouver un jour, lors d’un entretien d’embauche, en face de l’un de ses recruteurs qui me poserait la « Fameuse Question » : « Pourquoi voulezvous encore travailler ? », « J’ai quelques années à occuper avant ma retraite, alors j’ai pensé que vous pourriez m’embaucher… » ou encore « Que voulez-vous encore prouver à votre âge ? », « Que j’ai autant d’efficacité que vous !!! »… ce sont des questions qui sont très souvent posées aux candidats seniors par de jeunes cadres dynamiques qui ont fait de leur entreprise une religion intégriste… « Vous n’avancerez pas aussi vite que nous ! », « Nous avons besoin d’une vision d’avenir… ». Les entreprises françaises ont malgré tout une vision ambigüe de leur recrutement… elles veulent embaucher des jeunes possédant une expérience de senior… Ambigüe et complexe comme vision, vous ne trouvez pas ! En attendant, bon nombre de seniors ont perdu tout espoir de retrouver un emploi… et pourtant, ils sont dynamiques, pleins d’expérience et en pleine force de l’âge. Mais le marché du travail ne veut plus d’eux !!! On a bien envisagé l’idée d’offrir à certains seniors des postes de tuteurs au sein de l’entreprise, ils formeraient ainsi les jeunes… mais cette idée ne semble pas avoir trouvé un écho favorable auprès des recruteurs ! Le senior demandeur d’emploi est comme ce voyageur que l’on aurait obligé à descendre du bus pour attendre la prochaine correspondance et qui verrait défiler de longs cortèges de bus sans pouvoir en arrêter un, au motif qu’il est trop vieux pour voyager !
Vous vous en êtes certainement rendu compte, 2012 sera donc une année électorale et qui plus est une année annoncée comme celle de la fin du monde, tout du moins par les Mayas !!! Oups !!! C’est certain que si les électeurs plébiscitent à nouveau Nicolas Sarkozy, on aura tous les éléments d’un scénario-catastrophe, mais certainement pas la fin du monde. Mais bon, nous n’en sommes pas encore là ! La campagne n’a pas encore démarré que nous en sommes déjà à la guéguerre stérile des communiqués vindicatifs et autres petites phrases assassines… Chacun y allant de sa surenchère ! Avec d’un côté, le président sortant, ce président que l’on aimerait vraiment voir décamper, et sa bande de faux-jetons, tous piqués à la sarkozette… vous savez, cette drogue douce, quelquefois dure qui rend ministres et députés UMP euphoriques et souvent amnésiques. De l’autre, nous avons le candidat socialiste, un certain François Hollande, un croisement entre François Mitterrand et Calimero !!! Souvent sur la réserve, il décoche ses flèches avec un peu trop de parcimonie. Ce pourrait bien être lui, notre futur président, à moins qu’il ne nous roule dans la farine… tout du moins, c’est ce qu’en pensent les sondages. Et puis, il y a les écologistes, les verts… alors eux, ils ont fait le choix d’une candidature féminine… Eva Joly, ce pourrait presque être le nom de l’une des danseuses du Crazy Horse, mais la réalité est tout autre ! Derrière, ses emblématiques demi-lunes rouges se cache une femme qui a du mal à s’affirmer, une femme qui a du mal à asseoir véritablement sa candidature… En fait, les écologistes avaient le choix entre Ushuaia et Neutrogena ! Ils ont préféré la rigueur norvégienne aux vacances de Monsieur Hulot… Mais les écologistes ont un sale défaut, ils voient tout en vert, rien qu’en vert…si ce n’est pas vert, ce n’est pas bien ! Ils ne voient que par le nucléaire et sa dangerosité… Mais faites l’expérience, mettez-vous à la sortie des Restaurants du Coeur et demandez à tous les bénéficiaires ce qu’ils pensent de cet accord conclu entre les Verts et le PS, justement sur le nucléaire. Certains vous diront, « on s’en fout car ce n’est pas cela qui va nous faire manger et vivre… », d’autres vous répondront « Et si on s’intéressait un peu plus à tous ces gens qui vivent en dessous du seuil de pauvreté… », Certains mêmes iront jusqu’à vous répondre qu’ils ne connaissent pas cet accord. S’ils veulent être quelque peu crédibles, les Verts vont devoir revoir leur copie et revenir aux préoccupations du moment… Je ne veux pas dire pour autant que le nucléaire est à ignorer, il faut en parler, trouver des solutions, des énergies renouvelables… mais il faut savoir changer de temps en temps l’ordre des priorités. Je ne m’étendrai pas plus sur le candidat déclaré du centre, je veux parler de François Bayrou, lui il a pris un abonnement à vie à l’élection présidentielle, il n’est pas sans rappeler un certain Jean Lecanuet, éternelle médaille de bronze des présidentielles. François Bayrou, les pieds bien ancrés dans son terroir béarnais, oscille entre la gauche et la droite tout en jouant avec sa nouvelle marotte, le « Made in France »… Au centre, François Bayrou n’est plus seul, eh oui, vous savez le centre c’est très pratique, on picore des idées à droite, on picore des idées à gauche…vous connaissiez le Modem, il y a désormais le Nouveau Centre avec son candidat déclaré Hervé Morin, un sarkophile édulcoré, ancien Ministre de la Défense… il espère 1% ! Des miettes ! Hervé Morin devrait nous gratifier d’un programme aux relents sarkozystes. J’ai gardé le meilleur pour la fin, les gars de la Marine ont débarqué… non pas la Marine avec ses pompons rouges, mais la Marine avec ses relents racistes et ses faux-airs de Jeanne d’Arc… Oh, elle a de qui tenir la Marine Le Pen, son père a longtemps défrayé la chronique électorale avec ses bons mots et ses petites phrases assassines, il s’est même retrouvé au second tour en 2002 ! Pourtant aujourd’hui, beaucoup de Français se reconnaissent dans ce bleu Marine. Elle veut sortir de l’euro et joue la carte de la préférence nationale, certains disent même qu’elle parle au peuple de la rue. Nous n’avons certainement pas la même traduction ! Mais toujours est-il que les sondages la propulsent au second tour, elle éliminerait le pigeon voyageur de l’Élysée, le pote à Merkel. « Nicolas, prépare ton canot de sauvetage, la Marine va te couler !!! »
D’autres candidats sont également dans les starting-blocks, Dominique de Villepin, le solitaire solidaire, Nicolas Dupont-Aignan qui veut redresser la République, Christine Boutin « la porteuse des valeurs chrétiennes » ou encore, Jean-Luc Mélenchon et sa grande gueule de révolutionnaire réaliste, sans oublier Philipe Poutou et Nathalie Artaud, les trotskystes de service… Vous avez remarqué que la plupart des candidats sont des seniors en puissance… et pour eux, surtout pas de voie de garage ! Bien au contraire, ils estiment toujours être cotés ! Ils continuent de faire les unes de vos quotidiens ! Et surtout personne, ne trouve à y redire ! Ici, l’expérience fait tout ! On en demande et on en redemande ! Là encore, force est de constater qu’il y a le senior d’en haut et le senior d’en bas ! Nous sommes en février 2012 et déjà bon nombre de programmes se sont dévoilés… et à y regarder de plus près, il n’y a rien de prévu pour les seniors, et plus précisément pour les seniors en recherche d’emploi… on a oublié les seniors qui travaillent ou veulent travailler ! Certes, on a pensé à ceux qui sont à la retraite, mais ce n’est pas pour autant que l’on annonce une augmentation du minimum vieillesse… Il reste toujours en dessous du seuil de pauvreté ! Et je ne parle pas de certaines retraites ! Là, on frise le ridicule, l’indécent … Imaginez plutôt, vous avez travaillé toute votre vie, vous avez donné votre temps à l’État et celui-ci n’est même pas reconnaissant envers vous, pire encore, il vous paupérise…
Et je n’ose imaginer ce que percevront les retraités de demain, c’est-à-dire nos enfants ! Certaines retraites ne pourront plus être payées… je vous rassure les grosses retraites de nos politiques seront toujours payées, ils ne connaissent pas le sens du mot « partage ». Les efforts doivent venir d’en bas et non d’en haut ! Il n’y a qu’une chose que les politiques savent bien faire, c’est donner des leçons !!! Faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais… Nous avons le droit de cumuler, de percevoir plusieurs grosses retraites, de ne pas payer d’impôts, d’occuper des logements de fonction, de rouler au frais du contribuable… Bref, nous avons tous les droits ! Vous avez vu cette levée de boucliers, lorsque l’on a demandé aux députés de baisser leur salaire de 10 % ? Gauche comme droite, ils ont tous dit non… Édifiant, non et ce sont eux après qui viennent vous demander de faire des efforts, des économies, qui déremboursent certains médicaments, qui taxent à tour de bras… Alors oui, 2012 sera l’année de tous les dangers… sans doute pas celle de la fin du monde, mais elle pourrait bien être une année de révolte, de révolte de tous ceux qui souffrent, qui n’en peuvent plus et à qui on demande toujours plus… Petit peuple de la rue, serre-toi la ceinture, nous on change rien à nos habitudes. Petit peuple de la rue, il est temps de te révolter… Il y a fort à parier que l’actuel locataire de l’Élysée ne paraphera pas un nouveau bail « Carlita, fais les cartons, on déménage ! »… tout du moins en espérant que les Français auront compris la leçon, et qu’ils le renverront dans son fief de Neuilly, vous savez cette commune d’Ile-de-France où le nombre de riches au mètre carré bat tous les records, cette commune d’Ile-de-France où on ne construit pratiquement pas de logements sociaux… Pour quoi faire et pour qui ?
PAUVRE…
« Les riches souhaitent être de plus en plus riches. Les pauvres ont cessé d’accepter la pauvreté. D’où le malaise… » (Philippe BOUVARD) En plus d’être senior, je suis pauvre… Eh oui, vous avez bien entendu ! Nous vivons à deux sur la retraite de mon épouse soit 647,96 euros par mois… nettement en dessous du seuil de pauvreté ! Mais qui s’en soucie ? Nous n’avons pas eu besoin d’aller à l’école du cirque pour apprendre à jongler… tous les mois, il faut compter, aller au moins cher, chez le discounter d’à côté ou encore à l’épicerie sociale ou aux Restos du Coeur, car il faut manger tous les jours, certes on peut sauter un repas… mais était-ce la bonne solution ? Certains vont même encore plus loin, ils attendent la fin des marchés pour glaner les invendus, vous savez ces fruits et légumes que vous n’avez pas voulu parce qu’ils étaient trop mûrs ou tâchés… ces glaneurs, comme on les appelle, sont aujourd’hui menacés de sanctions par une bande de glandeurs politiques qui veulent à leur façon éradiquer la pauvreté de leurs villes. Glaneurs et glandeurs, vous n’avez pas les mêmes valeurs ! Ils nous arrivent très souvent de nous retrouver le 25 du mois avec seulement 10 euros en poche… Qu’est-ce que vous faites avec 10 euros ? Pas grand-chose. On ne vit pas, on survit … Le plus dur, c’est quand la période des fêtes de fin d’année… les grandes surfaces regorgent alors de marchandises, elles étalent foies gras, langoustes, champagnes, saumons fumés, chapons… Mais vous vous contentez de les savourer des yeux ou… sur papier glacé. Sans doute l’avez-vous constaté, le pauvre n’est pas fréquentable, d’ailleurs vos amis l’ont bien compris, vous ne les voyez plus et les invitations se font aussi rares que la neige au mois d’août ! Et lorsque par le plus grand des hasards, vous les croisez dans la rue, ils prennent un ton embarrassé en court-circuitant la conversation « Je n’ai pas le temps, je suis pressé… Autrement ça va toi ? », Vous n’avez même pas eu le temps de formuler votre réponse, qu’ils ont déjà tourné les talons. Les amis sont comme les banquiers, ce sont des gens qui vous prêtent un parapluie quand il fait beau et qui vous le reprennent quand il pleut… Il ne vous reste plus alors que la compagnie de votre chien, lui au moins ne vous juge pas ! La fidélité ne serait-elle qu’animale ?
Quand vous êtes pauvre, vous ne pouvez pas vous permettre le moindre écart, il vous faut sans arrêt compter et recompter le moindre centime… Vous entrez chez l’épicier avec 10 euros et vous devez en ressortir avec 10 euros de marchandise, c’est là toute la problématique du pauvre, il lui faut résister à la tentation, à l’appel des sens, à la vision surréaliste d’une abondance hors de portée… Vous ne savez pas ce que veut dire l’expression « faire chauffer la carte bleue… », la votre est toujours froide !!! Nos politiques appliquent à la lettre cette citation d’Alphonse Allais « Il faut prendre l’argent là où il se trouve : chez les pauvres. D’accord, ils n’en ont pas beaucoup, mais ils sont si nombreux… » Force est de constater que la pauvreté fait tache d’huile, pire encore, elle devient sournoise et se fond dans la masse, elle touche les travailleurs, les smicards… Vous ne la voyez pas venir, du jour au lendemain, elle peut vous surprendre et vous déstabiliser… Alors on a recours à l’assistanat du RSA, quand on y a droit !!! Car certains pauvres sont trop « riches » pour le percevoir ! Cette obole gouvernementale n’est qu’une maigre consolation qui permet à certains de ressortir de la zone rouge, de refranchir le seuil. Mais on n’en est pas plus riche pour autant ! Autrefois, le pauvre était sale, en guenilles, il mendiait et dormait dans la rue… on le reconnaissait ! Aujourd’hui, il en va tout autrement… le pauvre est rentré dans le rang, il ne se remarque plus. Certes, il y en a encore qui dorment dans la rue… on leur a trouvé un joli acronyme pudique pour les désigner, ce sont les SDF, les sans-domicile-fixe. Si certains continuent à faire la manche, d’autres en revanche, travaillent, perçoivent un salaire… mais dorment dans la rue. D’autres encore, sont un peu mieux lotis, ils ont un toit, ils dorment dans leur voiture ou dans un garage sans fenêtre et sans chauffage, au fond d’un parking… Les loyers sont trop chers et les propriétaires préfèrent ne pas louer plutôt que de cumuler les impayés et d’avoir à expulser leurs locataires, entre mars et octobre. Travailler n’est plus synonyme, de logement, de superflus et de fins de mois radieuses. Pour certains, travailler suffit juste à se nourrir, sans extra, le strict minimum. La pauvreté est désormais près de nous, elle nous guette, elle vous guette… elle m’a déjà rattrapé !
Alors les pauvres ne doivent plus se taire, se cacher ou avoir honte… Pauvres, révoltez-vous, n’écoutez pas les sarcasmes de Jean Anouilh « Mais enfin vous êtes pauvres, ne soyez pas emmerdants, par-dessus le marché ! » Dans leur grande mansuétude, les pouvoirs publics ont défini un seuil de pauvreté… en dessous de 900 euros par mois, vous êtes pauvres ! Comme si les pauvres avaient besoin d’un marqueur, pour vérifier qu’ils sont bien pauvres… cela ressemble beaucoup à de la stigmatisation déguisée. Vous êtes smicard, alors vous n’êtes pas pauvres, c’est la logique des chiffres et quelle logique ! Vous avez remarqué à l’inverse, il n’y a pas de seuil de richesse… Alors faut-il pour autant en déduire que la richesse commence lorsque vous avez franchi en sens inverse, le seuil de pauvreté ? C’est un raisonnement un peu simpliste, une déduction trop logique pour être crédible. Le saviez-vous, les fonctionnaires du Sénat perçoivent une prime annuelle de chauffage, en plus de leur salaire… elle était de 1 500 euros, elle vient d’être augmentée pour être portée à 4 035 euros !!! On le constate chaque jour, le fossé s’agrandit, d’ailleurs ce n’est plus un fossé, ce n’est même plus un fleuve… c’est un océan, un océan qui chaque jour, repousse un peu plus ses rivages. Les pauvres deviennent de plus en plus pauvres, les riches deviennent de plus en plus riches. C’est une évidence ! Alors qu’attendons-nous pour nous révolter ? Ce ne sont pas les riches qui vont nous dicter la marche à suivre, nous ne devons compter que sur nous…ils n’achèteront pas notre révolte, car elle n’a pas de prix ! Ne vous faites pas d’illusion, les riches ne se mettront pas à notre place, ne leur demandez pas non plus d’être un peu pauvre, de partager… ils ne savent pas ! Et surtout ne donnez pas crédit à Philippe Bouvard quand il déclare tout de go « Un jour viendra où, grâce aux progrès de la science, les riches essaieront de payer ceux qui n’ont pas de quoi vivre, pour qu’ils meurent à leur place… »
SURENDETTÉ…
Autrefois, on était « criblé de dettes » voire « couvert de dettes », mais aujourd’hui, le ton est plus technocratique, plus imagé, on est surendetté … Rassurez-vous un surendetté est toujours criblé de dettes sauf qu’aujourd’hui, il a la possibilité d’effacer ses dettes, de déposer le bilan… avec certes quelquefois, une liquidation judiciaire à la clé ! La générosité du législateur n’a pas de limites… Beaucoup de surendettés ont empilé sans compter les crédits, moi, le premier ! Crédits à la consommation ou crédits immobiliers… il faut dire que les organismes de crédit rivalisent de slogans racoleurs pour attirer dans leurs filets, les plus faibles, ceux qui ont des revenus à la limite et souhaitent un petit plus…pour Noël, par exemple ! « Tranches de crédit…Spécial Noël ! Avec Sofinco, Fêtez Noël… à Noël » ou encore « Avec Cofidis, vos projets n’ont jamais été aussi accessibles… », « Crédit à la consommation de la Caisse d’Epargne : un petit taux pour des fêtes en grand ! », « Avec Cetelem, profitez d’un crédit qui ne se cache pas derrière les fêtes. »
Les commissions de surendettement sont engorgées, les délais de jugement s’allongent et pourtant les organismes de crédit n’en continuent pas moins leur publicité éhontée. Cela devrait être interdit ! Le législateur ne fait pas son travail, à moins que quelque part, il y trouve un intérêt… Seul petit progrès, une mention obligatoire sur chaque publicité « Un crédit vous engage et doit être remboursé. Vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager. » Mais qui la lit ? D’autant plus que noyée dans la masse des informations, elle passe quasiment inaperçue. Le contractant ne voit que le taux et le montant empruntable, le publicitaire ayant judicieusement pris le soin de les écrire en beaucoup plus gros ! Mais cette mention obligatoire ne serait-elle pas quelque part un désengagement de responsabilité de la part des organismes de crédit… Ce ne sera plus de notre faute si vous êtes surendetté, on vous avait prévenu ! Astucieux, non… Il faut cependant reconnaitre l’effort consenti par les organismes de crédit qui ont supprimé de leur catalogue, le crédit revolving et ses taux exorbitants, véritable machine à surendettement, une tueuse de ménages. Combien de surendettés en ont été victimes ? Difficile à estimer, j’en fais partie. Lorsque vous êtes surendetté, il y a un moment où vous touchez le fond, vous ne pouvez plus aller plus loin, vous êtes au bout du bout, les portes se ferment, les huissiers cognent à la votre et les menaces de saisie vous font envisager des perspectives de dénuement voire un avenir de SDF… Alors, vous n’avez plus qu’une seule issue : la commission de surendettement… Vous étalez vos dettes sur le papier avant qu’elles ne soient étalées dans le temps, voire effacées… Tout est pris en compte, rien n’est laissé au hasard ! Puis vient l’heure du jugement… si vous avez encore un salaire, la commission détermine en fonction de vos charges, un montant de remboursement étalé sur plusieurs années avec à la clé une inscription pour 5 ans au fameux FICP, le Fichier des Incidents de remboursement des Crédits de Particuliers. À partir de ce moment-là, finis les crédits mais surtout finis huissiers et saisies ! Ouf !!! Drôle de métier que celui d’huissier, il vit du malheur des autres, il vide les logements de leurs meubles et en expulse les locataires, certes, ils ont d’autres attributions, mais comment peut-on embrasser une telle carrière ? Ce sont eux les exécuteurs de basses besognes, les « tueurs à gages » pour des créanciers « affamés » et pas toujours très honnêtes, … Mais revenons à notre surendettement, la commission peut demander un effacement pur et simple de vos dettes, avec ou sans liquidation judiciaire, surtout si vous vivez en dessous du seuil de pauvreté et si aucun redressement n’est possible. Vous pouvez ainsi repartir à zéro à la seule condition que vos créanciers acceptent cet effacement définitif, ce qui n’est pas toujours le cas, loin s’en faut… un sou reste un sou ! Bon, pour ce qui me concerne, c’est ce qu’il m’arrive avec un seul petit bémol, un de mes créanciers a refusé l’effacement de ses impayés, je vais donc devoir continuer à rembourser ma dette et ce sur plusieurs années.
Il y a quand même une justice du surendettement, c’est qu’il ne touche pas uniquement que les pauvres, les riches sont aussi concernés… avant l’argent coulait à flots, aujourd’hui, ils épongent leurs dettes ! Certes la consolation est maigre… Lorsqu’on a le statut de surendetté, là encore, toutes les portes se ferment et notamment celles des banques…certaines allant même jusqu’à ne plus vous donner de chéquier, voire même de carte bancaire… La légendaire frilosité des banquiers dans toute sa splendeur ! Avez-vous déjà vu un banquier « parier » sur un pauvre ? C’est un verbe qu’ils ont définitivement rayé de leur vocabulaire et ce n’est pas la crise qui les fera changer d’avis… Avoir des dettes, ce n’est pas forcément une maladie honteuse, cela peut arriver à tout le monde, pauvres comme riches, heureusement !… et puis comme le souligne avec ironie Jean Carmet « Avoir des dettes est le seul moyen de rester dans la mémoire des classes commerçantes… » Alors, j’en appelle à tous les surendettés, ne tombez pas dans la fatalité et révoltez-vous contre cet état d’esprit de bas étage, nous ne sommes pas des pestiférés, nous n’avons pas besoin d’être stigmatisés, nous n’avons pas besoin d’étoile jaune pour nous signaler, nous ne sommes pas contagieux, nous sommes des hommes et des femmes comme les autres, des hommes et des femmes qui à un moment de leur existence, se sont trouvés confrontés aux accidents de la vie. Attention, à ne pas nous sous-estimer, l’avenir pourrait vous donner tort !
INTERDIT BANCAIRE…
Toutes les banques devraient inscrire au frontispice de leurs agences, cette citation de Tristan Bernard « On ne prête qu’aux riches et on a bien raison, car les pauvres remboursent difficilement… »… Au moins, les choses auraient le mérite d’être claires. Interdit bancaire, voilà bien une expression qui n’a plus de raison d’être, elle est obsolète, il ne faut surtout pas la confondre avec l’exclusion bancaire, totalement différente, même si… stricto sensu, cela signifie « interdit de banque », or aujourd’hui, un interdit bancaire n’est forcément pas interdit de banque, il est interdit de chéquier… mais il peut bénéficier d’un compte et d’une carte bancaire, du moins si son banquier est bien luné et s’il possède encore une petite lueur d’humanité. La nuance a son importance ! Aujourd’hui, on ne peut malheureusement pas faire sans les banques, vos salaires, retraites, vos remboursements Sécurité Sociale y sont virées et vos impôts y sont mensualisés et prélevés. Donc, impossible de faire sans ! Et ceux qui sont aujourd’hui exclus de ce système bancaire du fait de leur précarité financière sont complètement marginalisés. L’exclusion bancaire renforce encore plus l’exclusion sociale. Lorsque vous dites que vous êtes interdit bancaire et donc privé de chéquier, on vous regarde bizarrement… l’image du chèque sans provision refait surface et qui dit chèque sans provision dit grivèlerie, la boucle est bouclée, vous êtes un délinquant !!! Triste à dire, mais bien réel. Il faut tout de même préciser qu’un chèque dit « sans provision » n’a pas forcément été émis en connaissance de cause, il ne faut pas nous coller l’étiquette d’escroc sans savoir… Il arrive quelquefois que des circonstances fortuites, totalement indépendantes de l’émetteur, soit la cause de cette absence de provision ou bien que le banquier ferme purement et simplement le robinet…
Mais pourquoi s’entête-t- on en France, à vouloir à tout prix, continuer à payer par chèque ? C’est le moins sûr des moyens de paiement !… alors que la carte bancaire, voire le paiement en espèces constituent des garanties de règlement beaucoup plus sûres. Imaginez que demain l’on décide de supprimer le chèque, les banquiers vont alors monter aux créneaux, quel manque à gagner pour eux !!! Ils ne pourront plus prélever des frais sur tous ceux qui émettent des chèques sans provision et ils sont nombreux. Croyez-moi, lorsqu’ils prélèvent, ils n’y vont pas avec le dos de la cuillère. Chez eux, la moindre prestation est payante, ils n’ont rien à faire, les clients le font pour eux… Il suffit pour vous en convaincre de consulter votre relevé bancaire et croyez-moi, moins votre compte tourne et plus ils se servent… Un prélèvement rejeté, vous passez à la caisse, l’envoi d’un simple courrier, vous passez à la caisse, un découvert dépassé de quelques centimes, vous passez à la caisse… Banquier, quel beau métier ! On gagne de l’argent sans rien faire… Les banques ont leurs bons et leurs mauvais clients…vous vous en doutez bien, les bons ce sont ceux qui ont des comptes bien garnis, des comptes qui bougent, des comptes où les crédits sont plus importants que les débits ! Moi, je fais partie des mauvais clients, petits revenus, débits trop importants, faibles crédits, interdit bancaire et surendettement, la totale ! Je ne suis pas fréquentable ! Quand il me voit, le banquier change de trottoir… C’est un fait, les banquiers pratiquent l’exclusion sans vergogne,…La preuve, lorsque j’ai malgré tout décidé de créer ma petite entreprise, le banquier m’a refusé l’ouverture d’un compte professionnel. Résultat des courses : mon compte personnel est devenu mon compte professionnel et vice versa avec de grosses complications à la clé ! J’ai même connu, il y a quelques années, un banquier qui m’a refusé l’ouverture d’un compte en me déclarant tout de go « Vous ne m’intéressez pas… », mes faibles revenus ne semblaient pas le faire « bander ». Et pourtant, lorsque je franchis le seuil de mon agence bancaire, je n’y vais pas souvent, je ne trouve pas l’endroit très fréquentable ! L’hypocrisie des slogans qui s’affichent sur les murs m’interpelle : « On est là pour vous aider !!! » ou encore « Ensemble, nous sommes plus forts… » et rapidement un grand moment de solitude m’envahit … je ne vois personne venir à ma rencontre alors que le client qui me précède a été accueilli avec force ronds de jambe, on lui a même servi un petit café ! Sans doute que le solde de son compte lui donnait droit à un tel avantage… Pour ma part, je n’ai eu droit qu’à de plates formules de politesse, sans même un sourire !!! Je suis reparti, mes quelques euros en poche, avec le sentiment d’être encore plus seul, voire même exclu ! Il y a là une forme de racisme pernicieux qui exclut définitivement les pauvres …
En France plus de 6 millions de personnes sont exclus du système bancaire au prétexte qu’ils n’ont pas d’adresse fixe, qu’ils touchent le RSA ou qu’ils sont interdits bancaires… J’ai eu, je vous l’avoue un peu plus de chance, malgré mon « pedigree », je bénéficie d’un compte courant et d’une carte bancaire… Mais tous n’ont pas ma chance, certains ont affaire à des banquiers plus retors, moins « sociaux »… Déjà, lorsque vous êtes déclarés « interdit bancaire », vous en prenez pour 5 ans. 5 ans c’est long d’autant plus si votre banquier vous exclut de son système… Certes c’était 10 ans, il y a quelques années mais aujourd’hui, je crois qu’un an suffirait largement… ne donnons pas plus de grain à moudre à la précarité ! J’ai presque purgé ma peine, excusez si je parle comme un taulard, mais c’est le sentiment que l’on a lorsque l’on reçoit la fameuse lettre recommandée qui vous annonce que vous êtes interdit bancaire pour une durée de 5 ans, vous avez tout d’un coup l’impression de basculer dans le monde de la délinquance !!! Pas toujours évident à vivre… Force est de constater qu’aujourd’hui l’argent fait et défait le monde… et si vous n’en avez pas ou si vous êtes un de ces « nouveaux » pauvres, parce que vos revenus sont descendus en dessous du seuil de pauvreté, les jours qui s’annoncent ne vont pas arranger les choses… Il y a de fortes chances pour que le banquier vous tourne le dos, pour que vos dettes s’accumulent et que vos amis déclinent vos invitations ! C’est vrai que nous sommes dans une société où l’ « être » n’a plus de valeur, seul le « paraître » compte… On juge hâtivement, sans concessions, à l’emportepièce. Nous avons oublié que l’habit ne faisait pas le moine…
Un récent sondage a établi qu’une majorité de Français allaient dépenser quelques 600 euros pour fêter Noël… Peut-être vous, mais certainement pas moi ! Ah, j’allais oublier, le gouvernement a récemment augmenté la Prime de Noël, elle est désormais de 152,45 euros. Royal !!! La Prime de Noël au cas où vous ne le sauriez pas, c’est cette allocation exceptionnelle qui est versée aux titulaires du RSA et autres précaires… Certainement que tous ces gens-là n’ont pas dépensé 600 euros pour les Fêtes de Fin d’Année, Ils se sont contentés d’huîtres discount et de jouets d’occasion. Si cela n’est pas de la stigmatisation déguisée, je veux bien être pendu en place publique. Les pauvres, les précaires sont montrés du doigt, on ne leur accorde aucune circonstance atténuante, ils ne sont pas fréquentables… comme si la pauvreté était contagieuse, la connerie humaine l’est certainement plus ! Certains précaires n’osent même pas pousser la porte des Restos du Coeur, de peur d’être vus et ainsi rejetés. Ils n’osent pas affirmer leur pauvreté, ils ont peur du regard des autres. Mais dans quel monde sommes-nous ? Pauvreté matérielle n’est pas forcément synonyme de pauvreté affective…
ET DEMANDEUR D’EMPLOI…
Je suis également un demandeur d’emploi, un privé d’emploi, plus prosaïquement, un chômeur… Quel drôle de « métier » que celui de chômeur, ne riez pas ! Car il s’agit bien d’un métier, si on le fait bien ! … certes très mal rémunéré et surtout peu coté. Pour beaucoup, le chômeur est un fainéant, payé à rien foutre quand il est indemnisé… mais nous ne sommes pas tous comme ça, ne nous mettez pas tous dans le même sac ! Car, il y a le chômeur qui perçoit des allocations parce qu’il a déjà travaillé et celui qui ne perçoit pratiquement rien et qui a droit aux minima sociaux, parce qu’il n’a jamais travaillé, parce qu’il a épuisé ses droits, parce qu’il a eu la riche idée de créer son entreprise et qu’il n’a pas su la faire prospérer… Je suis de ceux là, je suis un ancien créateur d’entreprise, j’ai déjà travaillé et j’ai épuisé mes droits au chômage, la totale ! Je n’ai décidément pas de chance ! Il y a aujourd’hui en France, plus de 5 millions de chômeurs, toutes catégories confondues ! Et ce n’est pas fini, ce chiffre devrait augmenter de façon exponentielle dans les mois et les années qui viennent, si rien n’est fait… Mais que faire, nos politiques, vous savez ceux qui sont grassement payés en cumulant les fonctions, n’ont aucune idée… Ils cherchent, mais ne trouvent pas ! Ils nous inventent des CAE, des CUI en invoquant les méfaits de la crise, ils nous parlent de former les chômeurs… pour en faire de meilleurs chômeurs !!! Imaginez plutôt le chômeur qui recherche un poste de jardinier, à qui on va proposer une formation dans la restauration au prétexte que c’est une branche qui recrute… Il va vite déchanter au bout de quelques mois car il n’aura juste servi qu’à dégraisser les chiffres du chômage !!!
Il y a quelques mois, notre culbuto préféré, vous savez celui qui n’en finit plus de s’agiter à chaque fois qu’on lui pose une question, a eu la riche idée d’unir pour le meilleur et surtout pour le pire, l’ANPE et les ASSEDIC. De cette union mal ficelée, est né PÔLE EMPLOI et c’est là que les choses se sont aggravées notamment par manque d’effectif. Aujourd’hui, les conseillers n’en peuvent plus, ils doivent faire face à un nombre croissant de chômeurs de plus en plus agressifs… On a bien essayé de les pousser à radier certains chômeurs, sans motif valable, mais ils ont dû se rendre à l’évidence… Ils n’étaient pas assez nombreux pour répondre à toutes les questions ! Sans parler des bugs informatiques qui ont mis bon nombre de chômeurs en difficulté. Rendez-vous compte, dans certaines villes, il y a un conseiller Pôle Emploi pour 200 chômeurs. Faisons ce calcul tout simple, si ce conseiller accorde 10 minutes à chaque chômeur et c’est bien peu ! il lui faut 5 jours ouvrables, soit une semaine pour tous les rencontrer en supposant que tout se passe bien et que certains chômeurs n’aient pas des problèmes insurmontables… Comment voulez-vous mettre en place un quelconque suivi, dans ces conditions-là ? C’est impossible ! Votre dossier se perd dans l’anonymat et votre conseiller ne sait plus si vous recherchez un poste de secrétaire ou de mécanicien… Pôle Emploi n’a pas le monopole des offres d’emploi… loin s’en faut et heureusement ! Car chez Pôle Emploi, c’est le foutoir, l’inefficacité au service des chômeurs…il ne faut rien attendre d’eux ! La preuve, j’ai passé plus de 3 ans au chômage et je n’ai jamais reçu la moindre proposition de Pôle Emploi !!! Alors lorsque j’entendais un certain Xavier Bertrand, le Ministre de l’Emploi, déclarer avec un aplomb surréaliste, mais très sarkozyste que tous les chômeurs qui refuseraient plus de deux offres d’emploi, seraient radiés, je n’ai jamais été inquiété… je ne pouvais m’empêcher de sourire ! Il ne sait pas de quoi il parle ! Il se fait mousser, il s’imagine qu’il va ainsi mettre tous les chômeurs à sa botte… Quelle vaste fumisterie ! Il réussira juste, une nouvelle fois, à donner du grain à moudre au moulin de la précarité.
Mais revenons à ce drôle de métier de chômeur… certes, je vous l’avoue, la formation se fait plutôt sur le tas et il n’y a aucun diplôme pour la sanctionner. Mais lorsque l’on prend à bras le corps une telle situation, la mobilisation est permanente voire obsessionnelle… Le but de votre vie se résume en quelques mots : retrouver un emploi ! Vous passez ainsi de longues heures, le regard rivé sur l’écran de votre ordinateur, vous y décortiquez soigneusement les offres d’emploi vous concernant, il vous arrive quelquefois de vous interroger sur le taux de renouvellement de ces annonces, un sentiment de déjà vu prédomine, mais vous insistez… Lorsque enfin, vous découvrez l’offre adéquate, celle dont vous avez toujours rêvé sans jamais oser l’espérer, c’est une véritable décharge d’adrénaline qui mobilise toute votre énergie en vous agitant frénétiquement… Un immense espoir vous envahit !!! Lettre de motivation et curriculum vitae ne sont alors que pures formalités, des formalités qui au fil du temps, se sont vidés de leur sens premier, tellement, elle sont devenues répétitives… des centaines de mots alignés sur une feuille blanche, souvent vous les avez cherchés ces foutus mots pour convaincre un recruteur, que vous avez imaginé croulant sous les candidatures, que vous êtes motivé, que ce travail, il est fait pour vous et que votre âge est un atout et votre expérience, une richesse !!! Même si comme le souligne Douglas Larson « L’ennui avec l’expérience, c’est qu’elle n’est pas sanctionné par des diplômes… » Quant au curriculum vitae, le résumé laconique de toute une vie professionnelle, vous lui avez fait subir une véritable cure d’amaigrissement pour lui éviter un classement vertical… vous l’avez rendu vivant, concis et dynamique en éludant certaines expériences et certains savoir-faire. Une fois votre candidature expédiée, commence alors une longue attente… vous guettez le moindre courrier, le moindre courriel, le moindre appel téléphonique, il vous faut faire preuve de patience et non d’impatience. Les mots de Vauvenargues prennent alors tout leur sens « La patience est l’art d’espérer… » Même si pour le demandeur d’emploi, la patience n’est plus un art, elle ne l’a d’ailleurs jamais été, c’est juste un mal nécessaire et stressant, une énergie pernicieuse qu’il faut canaliser jour après jour…
Cette patience forcenée est bien souvent mal récompensée, les réponses en bonne et due forme tiennent plus du Graal que des feuilles mortes en automne… De toute façon, vous connaissez déjà leur contenu, paroles et musique se ressemblent ! Il ne vous faut pas vous attendre à voir votre boîte aux lettres déborder de réponses… Cela fait aujourd’hui partie de l’ordre des choses, on ne répond plus aux candidats, ils sont trop nombreux ! Pôle Emploi sanctionne les chômeurs qui ne répondent pas à leurs offres, alors pourquoi ne sanctionnerait-elle pas les entreprises qui ne répondent pas aux demandeurs d’emploi, d’autant que la plupart de ces entreprises ont fait confiance à Pôle Emploi pour leur recrutement ? C’est alors facile de montrer les chômeurs du doigt, de dire qu’ils ne font rien, que ce sont des fainéants… Ce n’est pas qu’ils ne font rien, c’est qu’ils sont découragés, on ne tient même plus compte de leur candidature, de leurs efforts à retrouver un emploi, on ne daigne même plus leur répondre, on ne sait même plus argumenter un refus… ce sont toujours les mêmes mots insipides qui reviennent « Malgré tout l’intérêt de votre CV, nous ne pouvons lui donner une suite favorable… » Il suffisait de répondre « non » plutôt que d’alambiquer une suite de mots d’une banalité affligeante ! Quelle pauvreté ! Quel manque cruel d’imagination ! Messieurs les recruteurs, ne prenez pas les chômeurs pour ce qu’ils ne sont pas ! Force est de constater que les recruteurs ne savent pas ce qu’ils veulent, leurs critères de sélection frisent souvent le ridicule… ils veulent des jeunes possédant de l’expérience, mais ils ne veulent pas de seniors parce qu’ils ont trop d’expérience. Messieurs les recruteurs, c’est quoi votre problème ? Vous le savez sans doute la perfection n’est pas de ce monde et le candidat parfait n’est que pure utopie… Alors adaptez-vous ! Ne faites pas semblant de ne rien savoir…Vous avez été jeune et vous savez fort bien que ce n’était pas l’expérience qui vous étouffait, demain, vous serez senior, eh oui ! vous aussi, et vous ferez tout pour mettre votre expérience en avant !
Beaucoup parlent de chômage, mais peu l’ont connu… C’est notamment le cas de la plupart de nos politiques qui se posent en donneurs de leçons. Le chômage, ça vous tombe souvent dessus, sans crier gare ! Si les premiers jours ont un petit air de vacances malgré les démarches à accomplir, rapidement l’angoisse pernicieuse du lendemain s’installe, les repères temporels s’estompent, les amis s’éloignent, vous n’êtes plus fréquentable et le banquier vous tourne le dos… le cycle infernal est enclenché ! Le processus de désocialisation se met en marche. Vous regardez les autres, ceux qui ont la chance d’avoir un emploi, partir dans le petit matin, vous les voyez revenir, la nuit tombée… Entre temps, la journée s’est écoulée, monotone et sans saveur avec son cortège de langueurs et de désespoirs, les heures se sont arrachées lentement de leur torpeur… Vous finissez par envier les problèmes et la fatigue de ceux qui travaillent, ils vous parlent de leurs heures de labeur, vous taisez vos heures de désespoir ! Vous n’avez rien à raconter ! La vie d’un chômeur n’intéresse personne !!! Votre corps réagit de façon incohérente à ce stress quotidien, des perturbations psychosomatiques déstabilisent votre énergie, des douleurs nouvelles vous assaillent, votre système nerveux s’emballe … Vous êtes alors un autre homme, vous vous repliez sur vous-même, vous perdez tout contact avec l’extérieur, vous perdez lentement pied. Alors messieurs les politiques, avant de parler de chômage, renseignez-vous, écoutez ceux qui le vivent au quotidien, mesurez vos propos… ne soyez pas dithyrambique avec la misère des autres ! « Demain » un mot existentiel pour tous les chômeurs, il est synonyme de réponse positive, de nouveau départ, d’une autre vie… Mais demain, c’est déjà 2012… Les Mayas ou tout du moins leur calendrier, nous annoncent la fin du monde pour le 21 décembre prochain, mais avant il faudra aller voter, voter pour élire un nouveau président et de nouveaux députés !
Les chômeurs se posent la question « Doivent-ils espérer un lendemain meilleur et ce quel que soit le président élu ? ». Et si tous les chômeurs, les précaires, les seniors, les surendettés, les interdits bancaires faisaient la grève du bulletin de vote ? Et là, il n’y aura pas de service minimum… Il est certain que si le petit excité de l’Élysée renouvelle son bail, les choses ne changeront pas ! Pour les autres, il faudra voir, pas de chèque en blanc !… Nous ne sommes pas dupes, inutile de nous caresser dans le sens du poil, ça ne marchera pas ! Nous attendons des mesures concrètes sans toutefois nous faire d’illusion… Il n’y aura pas de miracle ! Le chômage va continuer sa progression, nous sommes sur un rythme journalier de 1 000 nouveaux chômeurs et ce n’est pas demain que nous reviendrons au plein emploi des 30 glorieuses… La preuve, la récession nous menace !!! Vous allez sans doute vous imaginer que je noircis le tableau, mais il n’en est rien !!! À ma manière, je suis un cumulard ! Un drôle de cumulard… Mais rien à voir avec nos politiques, vous savez ceux qui empilent fonctions, salaires et retraites comme on empile des serviettes… Ministre, Député, Maire, Président de Communauté de l’agglomération, Conseiller général, Conseiller régional et je ne vous parle pas de toutes ces commissions dont les présidences souvent fantomatiques sont sujettes à émoluments … Reconnaissons-le, nos politiques ont le don d’ubiquité ! Ils sont partout et qui plus est, ils connaissent tout ! Le chômage, les fins de mois difficiles, les minima sociaux, la pauvreté …
L’homo politicus ne vit pas dans les banlieues, il fréquente cocktails mondains et palais dorés tandis que l’homo pauperus n’arrive pas à boucler ses fins de mois en s’entassant dans des HLM d’un autre âge… L’homo politicus glande sur le banc des assemblées tandis que l’homo pauperus glane quelques légumes sur le carreau des marchés… L’homo politicus parle à l’homo pauperus, mais celui-ci ne le comprend pas, ils ne parlent pas la même langue… Alors faut-il encore croire à tous ces grands discours moralisateurs que nous servent nos politiques ? Camarades, serrez-vous la ceinture… Moi, je desserre la mienne, j’ai trop mangé ! Seniors, pauvres, surendettés, chômeurs, le chant des sirènes présidentielles résonne déjà ! Bouchez-vous les oreilles, cela vous évitera d’entendre les promesses éhontées de candidats racoleurs… ils vont tout faire pour vous séduire, ils vont vous caresser dans le sens du poil, vous promettre un SMIC à 1 500 euros, la hausse du pouvoir d’achat et la baisse du chômage, les 32 heures au lieu des 35 heures, le rebouchage du trou de la Sécu, la baisse de la TVA,… Tout va y passer ! Ils vont vous promettre un pays idyllique où il n’y aura plus de pauvres et de chômeurs, un pays où les bas salaires ne seront plus montrés du doigt ! Comment vont-ils faire ? Ne leur posez surtout pas la question, ils ne vous répondront pas… Tout simplement parce qu’ils n’ont pas la solution ! Parce que soi-disant, ils ne veulent promettre que ce qu’ils pourront tenir !!! Toutes ces promesses… Ils les font écrire par des « nègres » zélés, juste pour « noircir » leur profession de foi et pour vous donner l’illusion que vous avez fait le bon choix…
En attendant, ça se bouscule au portillon, chacun y va de sa candidature…À droite, à gauche, au centre…on ne sait plus où donner de la tête ! Attention, messieurs les politiques, trop de choix tue le choix !!! Bon je vous l’accorde, ils n’auront pas tous les 500 signatures…un mauvais coup pour la démocratie ! Certains maires, le doigt sur la couture du pantalon, vont se charger de mettre de l’ordre dans ce méli-mélo électoral… Vous avez remarqué, plus la commune est petite, voire rurale et plus la signature de son maire est recherchée… Le candidat de la ville chausse ses bottes en caoutchouc pour aller chercher la signature du maire des champs ! La campagne à la campagne, en quelque sorte !!! C’est marrant, mais tout d’un coup, on ne parle plus de désertification rurale… Le fumier a la couleur de l’encre et la plume du maire devient élyséenne… Quelle hypocrisie !!! On lui avait pourtant promis que La Poste resterait, mais elle s’en est allée et on n’a rien fait pour la retenir… et voilà qu’aujourd’hui, on revient lui soutirer une signature, en lui promettant le retour de La Poste ! Chômeurs, précaires nous ne sommes pas les héros de ce monde, on préfère nous cacher, nous mettre sous le tapis… Avez-vous remarqué que les médias nous oublient sciemment ? Pour eux, nous ne sommes plus que chiffres, courbes et pourcentages… Et l’homme dans tout ça ? Les médias ne s’attardent jamais sur notre sort, nous sommes des héros trop ordinaires dont l’histoire n’intéresse personne, nous ne faisons pas vendre ! On préfère parler de la grossesse de Carlita, des pérégrinations américaines de la « quéquette » à DSK ou des ennuis de santé de Johnny plutôt que du chômeur de longue durée qui vient de créer sa petite entreprise, sans l’aide des banques !!! Alors, allons-nous rester ainsi, résignés et amorphes ?
Chômeurs et précaires ne vous résignez pas, ouvrez-la, n’ayez plus peur des mots qui font mal, n’hésitez plus à mettre votre grain de sel dans ce grand bal d’hypocrites, n’écoutez pas tous ces candidats pour qui vous n’êtes qu’un bulletin de vote, tous ces candidats qui font tous les matins, une prière aux saints patrons du CAC 40 et cela même s’ils s’en défendent ! Avez-vous remarqué qu’il n’y a aucun candidat représentant les chômeurs et autres précaires alors qu’il y a un candidat qui représente les chasseurs et les pêcheurs !… Alors, bon sang qu’attendons-nous pour nous révolter, pour peser politiquement ? Nous aussi, nous avons droit à une vie meilleure, la pauvreté n’est pas une fatalité ! Le temps du « tout pour quelques-uns et rien pour le plus grand nombre… » doit être révolu ! Jean-Luc Mélenchon préconise une révolution citoyenne… allons encore plus loin et bousculons les préjugés, osons la révolution d’en bas !!! Nous ne sommes pas les moutons dociles de bergers corrompus !!! Arrêtons d’avoir peur, ne nous résignons pas, descendons dans la rue… Si en 2011, l’homme de la rue était résigné, en 2012, il sera révolté… J’en prends le pari !
Bernard Escudero  /  lecafedesrevoltes.com

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Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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